Julien Bourdeau à proximité d’un rotenticide (la petite boîte noire en bas à gauche). On en trouve un peu partout près des édifices du Boulevard Gouin. (Photo: François Robert-Durand)

Julien Bourdeau, étudiant au Cégep Saint-Laurent, a lancé une pétition en novembre 2020 réclamant l’interdiction de l’usage des rodenticides, un poison à vermine particulièrement néfaste pour la biodiversité, près des parcs ou des zones boisées. La pétition s’est terminée en février 2021. Son travail visait principalement le Technoparc dans Saint-Laurent. Durant sa recherche, toutefois, il a découvert que ces poisons seraient aussi utilisés par des compagnies dans d’autres endroits, notamment à proximité du parc-nature de l’Île-de-la-Visitation à Ahuntsic-Cartierville. La Ville de Montréal prépare un nouveau règlement encadrant de manière plus sévère l’utilisation des pesticides sur son territoire.

Une dangereuse proximité

« La Ville de Montréal n’utilise pas de rodenticides dans le parc-nature de l’Île-de-la-Visitation ou tout autre territoire sous sa juridiction. Nous ne sommes pas en mesure de confirmer leur utilisation par les propriétaires privés voisins », affirme d’entrée de jeu Fabienne Papin, relationniste à la Ville de Montréal, lorsque questionné par Journaldesvoisins.com.

Julien Bourdeau confirme que ce n’est pas la Ville qui utilise des rodenticides dans son réseau de grands parcs. Ce sont plutôt les propriétaires d’entreprises ou encore les propriétaires immobiliers à proximité, tels des résidences pour personnes âgées par exemple, qui en font usage.

Faisant une tournée sur le boulevard Gouin avec le photographe du JDV, Julien Bourdeau a reconnu des boîtes noires que sont les rodenticides (notre photo).

La relationniste de la Ville indique que l’utilisation de rodenticides est uniquement autorisée à l’extérieur des bâtiments en cas d’infestation ou de présence de vermines, et ce, pour les entrepôts alimentaires ou pharmaceutiques.

Danger des rodenticides

Julien Bourdeau a été sensibilisé au problème des rodenticides alors qu’il militait pour le Parti vert du Canada aux élections fédérales de 2019.

Georgia Kokotsis, la candidate du Parti vert dans Saint-Laurent, militait pour la protection du Technoparc, 212 hectares de milieux humidex, de boisés et de prés à proximité de l’aéroport de Montréal. C’est une des plus grandes concentrations d’oiseaux à Montréal et c’est un endroit menacé, notamment par les rodenticides.

Les rodenticides sont des pesticides visant l’élimination des rongeurs. On en place des petites boîtes au sol jusqu’à ce que leur contenu soit mangé par un animal. Il connaît une mort souffrante en quelques jours par hémorragie interne. Le problème est que les rodenticides sont la source d’une contamination secondaire. Ils se transmettent d’une proie à son prédateur, souvent des oiseaux, lorsqu’elle se fait manger, vivante ou non.

Le rodenticide peut rester jusqu’à 100 jours dans le corps d’un animal.

Julien Bourdeau y voit un grave problème pour la biodiversité. Et même pour les humains…

« En 2017, selon l’Association américaine des centres antipoison, on a enregistré 10 000 empoisonnements d’enfants américains par rodenticides. Au moins 11 % des Grands-ducs d’Amérique sont à risque de mourir à cause du poison. On retrouve des traces de rodenticide dans 90 % des buses à queue rousse », indique-t-il.

La Ville de Montréal ne le voit pas du même œil. Fabienne Papin assure que la Ville n’a actuellement aucune information indiquant une contamination avérée d’espèces sauvages par des rodenticides ou d’un impact documenté sur la biodiversité.

Pourtant les études et articles scientifiques ne manquent pas.

La pétition

La pétition que le jeune homme a lancée en novembre dernier avait comme objectif de faire bannir les rodenticides dans un rayon d’un kilomètre des habitats de grande biodiversité comme le Technoparc. Elle demandait qu’une consultation publique soit tenue à cet effet par la Ville de Montréal. Elle réclamait aussi que les entreprises en faisant usage soient sensibilisées à ces méfaits.

Le jeune militant visait 15 000 signatures, ce qu’il n’a pas obtenu. Il n’y aura pas de consultation publique sur les rodenticides.

« Je voulais surtout sensibiliser les gens à la cause des rodenticides pour que plus de personnes sachent ce que c’est », admet-il.

Le combat continue

Il continue maintenant à militer en informant des entreprises des solutions autres que les rodenticides qu’elles peuvent utiliser. Il leur explique comment c’est dangereux pour la biodiversité. Il contacte également des élus et des médias pour faire de la sensibilisation.

Montréal travaille actuellement à la modification du règlement sur les pesticides (les pesticides incluent les rodenticides) et prépare un nouveau règlement encadrant de manière plus sévère l’utilisation des pesticides sur le territoire de la Ville. Ce règlement devrait être adopté en 2021.

Julien Bourdeau s’en réjouit. Quand ce sera chose faite, il s’engage à poursuivre son travail de sensibilisation dans les villes voisines.

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Lachapelle Pierre

Félicitations à ce jeune homme pour son combat. Il faut être vigilant et ne pas hésiter à poser des questions sur la place publique quand il est question d’environnement et de santé publique.

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