Bien que la deuxième vague de la COVID-19 semble être relativement sous contrôle, le Syndicat des travailleurs et des travailleuses du CIUSSS du Nord-de-l’Île de Montréal s’inquiète de l’épuisement du personnel et des relations difficiles avec l’employeur.

Après une progression marquée des cas en septembre, la situation s’est stabilisée depuis environ deux semaines, mais la pression sur le réseau demeure forte.

Pas d’impact sur les services, dit le CIUSSS

Le Centre intégré universitaire de Santé et de Services sociaux (CIUSSS) du Nord-de-l’Île de Montréal assure que la résurgence de la pandémie ne pose pas d’enjeux particuliers dans les établissements d’Ahuntsic-Cartierville.

Le CIUSSS a ouvert le 18 octobre un site de dépistage fixe et sur rendez-vous situé aux Galeries Normandie (2798, rue de Salaberry). Il poursuit par ailleurs ses efforts de dépistage sans rendez-vous par le biais des cliniques mobiles, dont une sera déployée dans Ahuntsic du 6 novembre au 12 novembre, de 10 h à 18 h dans le stationnement de l’édifice Louvain (9600, rue Saint-Denis).

Clinique de dépistage COVID-19 au 9600 rue St-Denis (Photo : jdv – Philippe Rachiele)

À compter du 2 novembre, il prévoit ouvrir progressivement les nouvelles unités modulaires à Sacré-Cœur, lesquelles devraient permettre de poursuivre le rattrapage causé par le délestage des activités non urgentes durant la première vague, en particulier pour les chirurgies complexes qui demandent une hospitalisation post-opératoire.

Pour ce qui est des chirurgies d’un jour, certains patients sont opérés à la clinique Rockland MD afin d’Accélérer le rattrapage.,

Le CIUSSS rapporte d’ailleurs une situation relativement stable au chapitre des hospitalisations en lien avec la COVID-19, avec 8 patients atteints de la COVID-19 qui étaient hospitalisés à l’Hôpital-du-Sacré-Coeur en date du 30 octobre.

« Nos CHSLD ne comptent aucun cas », fait par ailleurs savoir Marie-Hélène Giguère, conseillère-cadre au bureau des relations avec les médias et affaires publiques au CIUSSS.

Le président par intérim du Syndicat des travailleuses et travailleurs du CIUSSS du NÎM (STT CIUSSS NIM-CSN), Alexandre Paquet, confirme que la situation est plutôt stable au chapitre des soins et des services offerts dans les établissements du CIUSSS.

Le milieu essoufflé, prévient le syndicat

Il souligne toutefois que les travailleurs et travailleuses sont à bout de souffle.

« Il y a un découragement qui s’installe sur le terrain, même si tout le monde travaille fort, dit-il. Il y a un essoufflement qui s’installe. Les travailleurs sont vraiment épuisés. »

Le premier ministre Legault a récemment reconnu que le réseau est fragile, une situation connue depuis longtemps et que la pandémie n’a fait qu’accentuer, localement comme à l’échelle du Québec.

La première vague « a tiré beaucoup de jus à tout le monde », souligne Alexandre Paquet, et les travailleurs et travailleuses ont « de la misère à voir le bout de la deuxième vague ».

Le déferlement consécutif de deux vagues de COVID sur le réseau de la santé n’est pas sans causer des ressacs et des remous importants.

« Les travailleurs sont fatigués, sont épuisés, avertit le président du STT CIUSSS NIM. Il y a eu énormément de départs depuis la première vague. Tous ceux qui ont pu partir sont partis. »

Il n’a pas été possible de savoir combien d’employés, au total, ont quitté leur poste. Interrogé à ce sujet vendredi dernier par le JDV, le CIUSSS a indiqué ne pas être en mesure de fournir cette information pour toutes les catégories d’emploi et nous a référé en accès à l’information.

Le CIUSSS rapportait au début octobre avoir embauché quelque 250 PAB formés dans le cadre d’un programme subventionné mis sur pied par le gouvernement du Québec au printemps. La semaine dernière, il indiquait que 241 étaient entrés en poste. C’est donc dire qu’au moins une dizaine de nouveaux préposés ont déjà quitté.

La vague de départs, observée à l’échelle du Québec, ne fait qu’ajouter de la pression sur le personnel qui demeure dans le réseau de la santé. Même si elle est bienvenue, l’entrée en poste de nouveaux préposés aux bénéficiaires (PAB) ne règle pas tout.

« L’arrivée des PAB boursiers a aidé beaucoup dans le secteur, mais le réseau de la santé ce n’est pas juste les préposés aux bénéficiaires, signale Alexandre Paquet. Il y a plein d’autres types d’emplois dans ce réseau-là, et je pourrais vous assurer qu’il y a pas mal une pénurie dans tous les autres secteurs aussi, ajoute-t-il. C’est bien d’avoir partiellement réglé le problème dans un type d’emploi, mais ce serait bien de s’attarder à tout le reste du problème. On sent qu’il y a un énorme besoin. »

Un climat de négociation difficile

L’intégration des nouveaux PAB ne se fait par ailleurs pas sans difficulté, notamment car les salaires promis par le gouvernement Legault ne sont pas au rendez-vous dès l’entrée en poste.

Les PAB récemment embauchés « ne sont pas contents de ne toujours pas avoir le salaire qu’on leur avait promis », souligne le représentant syndical.

Ralenties par la pandémie, les négociations pour le renouvellement des conventions collectives du secteur de la santé piétinent.

Le syndicat dénonce l’« entêtement » du gouvernement à la table de négociation et critique l’hypocrisie du discours du premier ministre qui remercie les « anges gardiens » en public, mais refuse de faire des concessions en privé.

« On ne nous offre vraiment pas grand-chose », déplore Alexandre Paquet qui lance que la reconnaissance témoignée régulièrement par François Legault envers le personnel de la santé dans les médias ne se « ressent vraiment pas sur le terrain ».

Des tensions locales

Le syndicat en a également contre le CIUSSS qu’il accuse de manquer de transparence envers ses employés en refusant de dévoiler des informations sur les cas d’employés contaminés par installation.

« Nous, ce qu’on aurait besoin de savoir pour rassurer nos membres, pour les tenir informés, c’est de savoir si — dans l’installation où ils sont appelés à travailler — si la situation est stable, s’il y a eu des cas positifs ou non », fait valoir le président par intérim du syndicat.

Or, le CIUSSS se contente de fournir le nombre de cas positifs par unité d’accréditation pour l’ensemble du CIUSSS et refuse de fournir le nombre de cas par installation.

Le CIUSSS confirme qu’il ne fournit pas ces données par installation au syndicat parce que les employés travaillent pour le CIUSSS et non pour chacune des installations.

« Nous, on aurait vraiment besoin de savoir ça pour rassurer les gens, lance Alexandre Paquet. Je crois que nos travailleurs se doivent de savoir si le milieu où ils travaillent c’est sécuritaire, ou s’il y a des mesures additionnelles à prendre pour se protéger. »

Selon des données fournies au journaldesvoisins.com par la Direction régionale de la santé publique, près de 580 travailleurs de la santé ont été contaminés dans Ahuntsic-Cartierville, dont 21 dans les trois dernières semaines.

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