Le Café Le Petit Flore, où l’auteur Nicolas Bourdon situe le début de sa nouvelle racontant une histoire d’amour assez particulière. (Photo: Eloi Fournier, archives JDV)

Mon ami et moi achevions un excellent repas au Petit Flore. Il devait être pas loin de 21 heures; on venait de tamiser les lumières.

Il était question d’amour. Nous parlions de l’hécatombe de la quarantaine. Pratiquement aucun couple de nos connaissances n’était parvenu à survivre. Nous regardions ce désastre avec la hauteur de grands seigneurs. Mon ami est un avocat prospère et, quant à moi, j’ai un très bon travail dans une agence de communication. Nos femmes font aussi un excellent salaire.

Mon ami m’avait parlé longuement d’un homme qui avait laissé sa femme pour partir avec sa maîtresse. Il était convaincu que la vie allait désormais lui sourire. Quelques mois plus tard, il suppliait pour qu’on le sorte de cet «enfer». «C’est un supplice! C’est une véritable torture! C’est pire qu’avec mon ancienne femme!»

«La morale de cette histoire, comme de bien d’autres, c’est de se contenter de ce qu’on a, c’est de pratiquer l’amor fati. Le désir de changer de vie n’apporte que du malheur.»

La cause était entendue. Les arguments de mon ami étaient puissants, voire irréfutables. Et pourtant, pour le contredire, j’eus envie de lui raconter l’histoire extraordinaire d’un homme qui est un de mes très bons amis et qu’il connaît un peu.

Comme tu le sais peut-être, François Lamoureux est marié depuis douze ans à une femme extraordinaire, douce, attentionnée… Enfin, on pourrait lui donner toutes les qualités. Ce François, comme tu le sais, est un drôle de type. Il nous a suivis dans notre désir de constance et de stabilité, mais en apparence seulement.

Il travaille comme assistant dans une étude de notaire d’Ahuntsic. Ce n’est qu’un boulot alimentaire. «Quatre jours sur cinq! Et des journées courtes en plus! Le reste de mon temps, je le consacre à l’aventure de l’esprit.»

Il a percé dans le milieu littéraire… mais timidement percé. Il n’est connu que d’un petit cénacle, celui qui gravite autour de l’excellente revue Texte et contexte. C’est une revue grave, sérieuse. De longs textes qui vont au fond des choses. Bien sûr, pas de photos, aucune image! Pas de quoi faire courir les foules lobotomisées par Twitter et Facebook. Aux lancements, de longs discours, beaucoup de mots, peu d’invités, un peu de vin, mais pas trop: le budget de la revue ne le permet pas!

C’est à un de ces lancements que la vie de mon ami prend un détour inattendu. François a quarante-deux ans; il a du vécu. Dans sa jeunesse, il tombait en amour au moins une fois par jour! Mais c’est du passé! Il a une famille; deux filles de quatre et sept ans. Sa femme, une pharmacienne, qui ramène bien plus d’argent que lui à la maison, est pour lui «un roc de Gibraltar». Bien plus encore! Elle croit en lui et admire sa plume. Elle est le modèle même de la fidélité et de la constance. «Comment puis-je craindre quelque chose d’une femme qui passe sa soie dentaire tous les jours?» me dit-il souvent avec fierté.

Mesures-tu bien la force de Cupidon? C’est un dieu qu’on serait tenté de négliger. Il n’arrive pas à la cheville de Jupiter ou de Mars. C’est un bébé, un poupon ingénu, inoffensif! Mais ce chérubin joue avec des flèches…

Cupidon. (Photo: Volodymyr Tokar, courtoisie unsplash.com)

Il y avait à ce lancement une vingtaine de personnes tout au plus, à peu près tous des hommes, mais il y avait aussi une jeune femme très belle dont la présence à cet événement était inusitée, voire même incongrue. Elle semblait s’en être aperçue et lançait autour d’elle des regards furtifs.

C’était le début de l’automne et la journée avait été anormalement chaude. On entendait la stridulation des grillons comme si on avait été en plein été. Elle portait une robe courte, mais tout de même convenable; elle affichait un air ingénu et en même temps elle semblait avoir une conscience aiguë de sa beauté.

Peut-être à cause de sa timidité, la jeune femme parlait d’une voix douce, une voix faible; pour mieux l’entendre il dut s’approcher et leurs deux corps se touchèrent presque. Elle s’appelait Andréanne de Montigny. «Quel nom pompeux! se dit François. Comme si elle était issue de la noblesse française!»

«J’habite dans le Vieux-Montréal dans un immeuble patrimonial du milieu du XIXe siècle qui appartient à mes parents. Je leur loue pour un prix dérisoire tout le haut de l’immeuble.»

Elle lui apprit aussi qu’elle a fait des études au Conservatoire d’art dramatique; son rêve était de jouer au théâtre. «Mais plus personne ne va au théâtre! Que veux-tu, ajouta-t-elle avec une moue de dédain, les gens regardent la télé. Maintenant, je joue seulement pour le plaisir. J’ai un tout petit rôle dans le Cœur de Camille chez Duceppe. C’est une comédie dramatique sur le révolutionnaire français Camille Desmoulins. La première est dans trois jours, mais la pièce est mauvaise; tu ne veux pas voir ça!»

Bien sûr, trois jours plus tard, il s’engouffre dans la bouche du métro Sauvé le cœur battant. Il a menti à sa femme; il a dit qu’il allait chez un ami.

Elle a vraiment un tout petit rôle, mais après l’entracte, après pratiquement deux heures d’attente, elle fait enfin son apparition! Elle est toute déguenillée, ses beaux cheveux sont ébouriffés, son visage est maculé de boue. Elle est la leader d’un groupe de poissardes; elle leur crie: «Ça suffit! Paris ne mange plus depuis une semaine. Allez mes amies! Allons chercher le roi. À Versailles!

– À Versailles!» répondent en cœur les poissardes.

«Elle est merveilleuse! me dit-il, alors que le lendemain, nous prenions un café ensemble chez Mamie Clafoutis. Si tu l’avais vue: c’est une grande bourgeoise, mais elle réussit à la perfection à jouer une femme du peuple. «Allez mes amies! À Versailles!» Son ton est parfait!

– Tu ne serais pas tombé amoureux?

– Amoureux? Non! J’aime bien trop ma femme!»

Mais je voyais que mon ami rougissait de honte…

Pendant un bon mois, ils échangent sur Messenger. François pense qu’elle va rapidement l’oublier, mais non, elle répond à chacun de ses messages!

François ne va pas bien; il dort très mal. Il décide d’aller voir La Concrète, c’est le surnom qu’il a donné à sa thérapeute, une femme très connue dans Ahuntsic. Cette femme fait des miracles! Pas de divagations sans fin sur les rêves de ses patients comme en psychanalyse. Juste du pragmatique, juste du concret!

Elle écoute attentivement François pendant dix minutes et lui dit ensuite d’un ton péremptoire: «Il faut tout arrêter si tu tiens à ton couple! C’est un coup de foudre. Le coup de foudre, c’est un château de cartes. La passion dure jusqu’à ce qu’on doive faire la vaisselle.»

Séance chez la psychologue. (Photo: Cottonbro studio, courtoisie pexels.com)

Il aime beaucoup cet axiome et le répète comme un mantra: «La passion dure jusqu’à ce qu’on doive faire la vaisselle! La passion dure jusqu’à ce qu’on doive faire la vaisselle!» Le problème, c’est que François aime théoriquement les sages conseils de La Concrète. Il continue à écrire à Andréanne.

C’est pendant ce temps que mon ami écrit un des textes les plus poignants qu’il a jamais écrits: «Le dernier printemps de Marie». C’est l’histoire d’une femme qui fait la rencontre d’un jeune homme et en tombe éperdument amoureuse, mais elle est âgée et mariée et leur amour est impossible. En fait, c’est une confidence déguisée, c’est une lettre d’amour maquillée en texte de fiction. Il est bien sûr la femme âgée et Andréanne est le jeune homme!

Il hésite longtemps avant de lui envoyer! Il se souviendra toujours de ce moment. Il est dans son bureau, devant son ordinateur; il se sent coupable de faire ça à sa femme qui l’aime et qui ne lui ferait jamais une telle chose! Mais sur un coup de tête, il finit par lui envoyer sa «lettre d’amour».

Et aussitôt, il est accablé par le remords. Il veut se délester de sa culpabilité en parlant de la jeune femme à sa femme; il pense aussi qu’il va ainsi pouvoir plus facilement mettre fin à cette folle relation. Sa femme lit dans le salon; il doit prendre son courage à deux mains, aller la voir et lui dire: «Est-ce que je peux te parler deux minutes?»

Il ouvre la porte de son bureau et tombe nez-à-nez avec sa femme qui lui dit: «Est-ce que je peux te parler deux minutes?»

Une semaine a passé. Nous retrouvons François en train de traverser l’île de Montréal dans sa largeur. Il a traversé Ahuntsic et Villeray; il longe maintenant les flancs du Mont-Royal, mais les couleurs de l’automne sont voilées par un épais nuage. Une pensée tourne sans cesse dans sa tête: «Comment est-ce qu’une femme qui passe sa soie dentaire chaque jour peut me laisser? C’est impossible!»

Il a songé à annuler le rendez-vous, mais il était trop impatient de la voir! C’est épuisé et dans une sorte d’état second qu’il fait son entrée dans le Vieux-Montréal. Sa femme le quitte pour un autre homme! Il n’y croit pas encore. Il a pleuré une bonne partie de la nuit.

Andréanne l’accueille froidement; elle veut d’abord lui serrer la main, mais il approche son visage du sien; ses lèvres peuvent à peine effleurer ses joues et déjà ils sont en marche!

Sans doute pour atténuer leur différence d’âge, pour ne pas que leur relation soit celle du maître âgé qui impressionne sa jeune élève, François a dit à Andréanne qu’il ne connaissait rien au Vieux-Montréal et qu’elle serait donc son guide pendant leur promenade.

Elle a accepté et elle tient rigoureusement sa promesse! Elle marche rapidement et ils enfilent à une vitesse affolante les sites historiques. «Voici le marché Bonsecours, la cathédrale Notre-Dame, l’hôtel de Ville, le Palais de justice!» Tous des lieux qu’il connaît!

François visite le Vieux-Montréal avec Andréanne. Marina et quai de l’Horloge, avec le pont Jacques-Cartier en arrière-plan, vus du haut de la Grande roue de Montréal. (Photo: Anne Marie Parent, JDV)

Elle parle et elle marche à une vitesse folle. Ils font leur entrée dans le Vieux-Port. Ils se sont immobilisés un moment au bout du Quai de l’Horloge. Le nuage qui plane sur Montréal ne se dissipe toujours pas; il laisse tout de même passer quelques rayons qui s’éteignent, au nord-est, sur la structure vert mat du pont Jacques-Cartier.

Ils reprennent leur marche endiablée, mais à la fontaine du Bassin, il réussit à lui dire: «Veux-tu t’asseoir deux minutes?» Il prend son courage à deux mains et lui demande si elle a lu la nouvelle qu’il lui a envoyée. «Non, lui répond-elle. En ce moment, je lis l’Iliade. Dès que j’ai fini, je me mets à ta nouvelle.»

– Si tu me demandais d’aller te voir ne serait-ce que pour une apparition d’une minute dans une pièce de trois heures, j’irais, c’est certain! “Allons mes amies! À Versailles!” Tu es formidable!»

– C’est pas vrai. Tu as vu la pièce! C’était tellement mauvais.» Et elle se lève d’un coup pour poursuivre sa marche folle.

Après quatre heures de marche et de discussion, Andréanne regarde un message qu’elle vient de recevoir sur son cellulaire et lui dit: «Est-ce que ça te dérange si je m’en vais? Une amie veut qu’on aille voir un film ensemble, mais si je veux arriver en temps, je dois courir.» Ils se quittent au métro Square-Victoria. Il a seulement le temps de lui dire: «Tu me donneras des nouvelles quand tu auras terminé de lire l’Iliade! Maudite Iliade!» Puis, elle disparaît.

Pendant toute une année, on le voit errer à travers Ahuntsic et «errer» est un bon terme. C’est un être habituellement attentif à la beauté des choses, mais maintenant il marche dans son quartier sans rien voir. Il marche dans le parc Ahuntsic sans voir la beauté des arbres centenaires; il marche au parc de l’Île-de-la-Visitation sans voir la rivière des Prairies.

La nuit, lorsque nos facultés logiques s’amenuisent, lorsque notre esprit erre entre la veille et le sommeil, il songeait que son amour était si puissant qu’Andréanne allait l’aimer. Elle allait sentir la force de son amour par une espèce de communication magique! «Mais, si par miracle, elle m’aime, cet amour ne durera pas; il faudra un jour ou l’autre faire la vaisselle!» Mais sa passion est trop forte et il se dit aussi: «Si au moins, elle lisait mon histoire. Maudite Iliade

Mais que se passait-il pendant ce temps dans le cœur d’Andréanne? La veille même de leur rencontre, elle avait rencontré un jeune homme dans la fin vingtaine qui avait fait la une de la revue Droit et société; on le présentait comme un des «Espoirs du Barreau». Il faisait déjà beaucoup d’argent dans un grand bureau d’avocats. Il était beau, élancé et il portait des souliers vernis. Andréanne pensait très peu à François. Il était un vague souvenir qui refaisait parfois surface dans son esprit et elle songeait avec le sourire un peu ironique d’une femme qui se sait aimer: « J’aime ses yeux, c’est vrai. De beaux yeux intelligents. Mais il est fou de penser que je pourrais l’aimer un jour!»

Mon ami passe par une longue période de deuil, mais à la fin de l’été il en ressort comme «un homme nouveau»; ce sont ses propres mots. Il réalise qu’il «aime être aimé!» me dit-il. «C’est un gouffre sans fond, un abîme. Je n’avais pas assez de l’amour de ma femme; je voulais être aimé par tout le monde, et même par cette jeune femme.»

Il supprime son compte Facebook: «Adieu narcissisme, je ne te regretterai pas!» Et le plus important de tout: il décide de ne plus jamais écrire à Andréanne. «Adieu passion, je ne te regretterai pas!»

Longtemps, il a eu la tentation de décrire leur rencontre avec encore plus de force et de poésie qu’il ne l’a fait dans «Le dernier printemps de Marie» et de lui envoyer ce récit dans l’espoir de conquérir son cœur, mais il a enfin réussi à faire le deuil de cette idée. «Je peux enfin écrire ce que j’ai vécu maintenant, que je ne veux plus revivre ce que j’ai vécu.»

On est en septembre. Les soirées fraîchissent et les arbres malades affichent déjà quelques couleurs. C’est la date anniversaire de leur promenade dans le Vieux-Montréal.

Que se passe-t-il dans le cœur d’Andréanne? Cupidon, qui s’était endormi pendant tout ce temps ou qui était occupé comme toujours à quelques-unes de ses facéties, se souvient soudain d’elle et lui décoche une flèche en plein cœur.

Le jeune homme aux souliers vernis, l’Espoir du Barreau, l’avait quittée à la fin de l’été. «Il m’a laissée sans aucun état d’âme, comme si j’étais une vieille guenille sale.» Un soir de septembre, elle est seule à la maison et elle s’ennuie. Pour une rare fois depuis très longtemps, elle ne fait rien; elle est seule dans le silence de son vaste appartement du Vieux-Montréal.

Elle se souvient enfin de la nouvelle que François lui a envoyée. Elle l’avait sauvegardée dans son ordinateur pour la lire un jour, peut-être, quand elle en aurait fini avec L’Iliade. Elle ouvre son ordinateur et la lit d’une traite. Elle est stupéfaite, interdite. «Il écrit merveilleusement bien! Et si je comprends bien, ce n’est pas qu’une fiction, c’est une lettre d’amour. Il m’aime, mon Dieu, il m’aime comme ce n’est pas possible d’aimer!»

Elle veut immédiatement lui écrire sur Messenger, mais il a supprimé son compte Facebook. Elle cherche son numéro dans Canada 411; il n’y est pas. LinkedIn ? Rien. Elle sait qu’il travaille dans une étude de notaire, mais quelle étude? Il y en a des centaines à Montréal. Deux semaines se passent ainsi sans que ses recherches n’aboutissent.

Elle se souvient enfin qu’il lui a dit qu’il a déjà enseigné la littérature au Collège Ahuntsic il y a très longtemps. Elle est allée à Barcelone, à Rome, à Paris et à Honolulu, mais elle n’est jamais allée dans le nord de Montréal. Elle y court! Entre dans cet immense cégep, trouve le département de français, interroge quelques professeurs. Personne ne sait ce qu’il advient de lui. Une professeure dans la cinquantaine, les yeux cernés par la correction, lui dit toutefois d’attendre qu’un professeur de philosophie revienne de son cours, que lui a peut-être gardé contact avec François.

Collège Ahuntsic. (Photo: Anne Marie Parent, JDV)

Elle voit arriver le professeur dans le corridor. «Je pense que c’est mon dernier espoir!» C’est un homme dans la soixantaine à l’air fatigué qui semble s’être résigné à son sort: son existence aura été partagée entre ses corrections, une femme acariâtre et des élèves qui détestent la philosophie. Andréanne lui demande avec une nervosité qui fait trembler sa voix: «Est-ce que vous connaissez François Lamoureux? Oui! Eh bien j’aimerais savoir dans quelle étude de notaire il travaille.» Il lui donne un nom, Caouette et Fauteux, qu’elle répète trois fois à haute voix, puis elle détale, mais se retourne après quelques pas. «Merci! Je vous aime!» lance-t-elle au professeur éberlué. Elle est dans un état de fébrilité extrême, mais elle s’est trouvé une réplique pour se donner une contenance: «J’ai fini l’Iliade

Elle court à l’étude. Elle la trouve sur une petite rue tranquille qui croise le boulevard Gouin. C’est une grande maison victorienne qui lui semble étrangement encore plus vieille que les maisons du Vieux-Montréal. Deux grands érables aux feuilles écarlates ombragent son immense balcon.

Elle ouvre la porte et c’est comme si elle pénétrait au XIXe siècle. Sur un tapis près de l’entrée, des couvre-chaussures en caoutchouc, deux toiles de Krieghoff dans la salle d’attente, un escalier massif, en bois de chêne, mène à l’étage, un épais tapis aux fleurs défraîchies recouvre le plancher, et tous les bruits sont assourdis. «Mon Dieu! Qu’est-ce que je fais ici?» Mais elle demande François Lamoureux. On lui pointe une porte au fond d’un long corridor.

François passe une belle journée. Je l’ai déjà dit: il a bien dormi, mais plus encore il a retrouvé «le goût de jouer». C’est ce qu’il ne cesse de se dire. «Est-ce que les enfants ont toujours besoin d’être admirés? Ils jouent, ils créent sans arrêt; le dessin qu’ils ont fait, ils l’oublient rapidement pour en faire un autre. Je suis enfin prêt à me remettre à l’écriture.» Andréanne avait cessé d’être une personne en chair et en os; elle s’était dématérialisée, elle était devenue un personnage de fiction.

Il est dans son petit bureau, la tête penchée sur un dossier. Il travaille présentement sur l’achat d’un bloc à logements sur la rue Lajeunesse, mais il entend un faible bruit, comme un murmure; il se relève et la voit.

Il croit pendant quelques secondes à une apparition, puis il crie tout en riant: «Pourquoi est-ce que la secrétaire l’a laissée passer! Faites-la sortir!» C’est une blague. Mais est-ce vraiment une blague? Quant à elle, la comédienne, la future avocate, la brillante jeune femme jamais à court de répliques, elle hésite, bégaye, trébuche, mais finit par dire: «J’ai fini l’Iliade.

– As-tu commencé l’Odyssée

Les jours qui suivent sont merveilleux. Je croise par hasard mon ami au parc Ahuntsic. Il est dans un rêve. Je ne le vois plus (il est tout à son amour), mais je le recroise deux mois plus tard sur la rue Fleury. Il est encore au «septième ciel», mais il y a une nuance d’inquiétude dans sa voix: «Bien sûr, c’est extraordinaire ce que nous vivons, mais pour éviter de faire la vaisselle, on va souvent au restaurant.»

L’auteur de ce texte de fiction, Nicolas Bourdon, est professeur, auteur et collaborateur au Journal des voisins. Il tient la chronique «Dans la tête du prof» dans la version imprimée du JDV, le Mag papier



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