Une réunion de l’incubateur chez Muntu. (Photo: courtoisie Cathia Cariotte)

La création, l’art, l’innovation, l’autonomie et l’intégration sont au cœur de la démarche de Muntu pour aider les jeunes de la diversité ethnoculturelle à prendre leur avenir en main et à s’impliquer socialement.

Muntu signifie «être humain» en swahili et c’est exactement ce qui est au cœur de la mission que Cathia Cariotte, la fondatrice, s’est donné il y a 13 ans. Muntu est un regroupement d’artistes et d’acteurs de changement dont le but est de soulager, de soutenir et d’améliorer les conditions de vie des jeunes en difficulté.

Sa mission est d’accompagner les jeunes de la diversité ethnoculturelle par plusieurs moyens pour développer chez eux l’autonomie, l’autogestion, l’innovation, l’intégration sociale et l’entrepreneuriat social. Muntu utilise la créativité et l’art, pour que ces jeunes développent une estime de soi, un sentiment d’appartenance à leur milieu et à leur pays.

«Nous désirons créer des ponts entre les jeunes de la diversité d’ici et d’ailleurs, entre le Nord et le Sud. La créativité et les arts sont notre façon d’aborder les activités et les projets, car nous croyons que ça mène aux nouvelles idées», indique Cathia Cariotte au Journal des voisins.

Muntu d’hier à aujourd’hui

D’abord installée au centre-ville de Montréal puis sur le Plateau-Mont-Royal, Cathia a décidé de déménager dans Ahuntsic-Cartierville et plus particulièrement dans le District Central. Elle voulait être près d’autres organismes membres du même regroupement que Muntu, dont 12 sont logés au 555, rue Chabanel (où se trouve également la mairie d’arrondissement).

Tout au début, Muntu fonctionnait avec des bénévoles uniquement. Ses activités étaient concentrées sur l’entrepreneuriat créatif et culturel, mais depuis 2016, l’organisme a changé sa mission. Il offre désormais non seulement des ateliers créatifs et culturels qui s’adressent aux artistes, mais aussi d’autres activités en entrepreneuriat social.

«Pendant ces années, nous allions souvent sur le continent africain pour les activités culturelles et créatives, explique la fondatrice. Nous avons donc élaboré des partenariats avec le Sud et créé des liens avec des ambassadeurs, ce qui fait que maintenant nos groupes cibles de jeunes se retrouvent ici, à hauteur de 75 %, contre 25 % à l’international. Les liens entre le Nord et le Sud permettent aux jeunes entrepreneurs de la génération montante d’avoir des liens établis avec le continent africain ou l’Amérique du Sud. Cela facilite leur tâche, s’ils veulent développer leur entreprise à l’international.»

Les jeunes qui veulent participer aux activités de Muntu ont le choix de plusieurs formations en vue de les aider à réaliser leurs objectifs.

L’arbre à palabres, une tradition vieille de plus de 100 ans. (Photo: courtoisie Vincent Marchessault)

Arbre à palabres

En Afrique et en Amérique du Sud, l’arbre à palabres est une tradition vieille de plus de 100 ans qui réunissait les gens du village sous un arbre pour discuter des sujets de l’heure. «On l’a adapté en mélangeant l’art traditionnel africain ou d’autres pays afro-descendants et l’art urbain. C’est un espace sécuritaire qui permet aux jeunes et moins jeunes de s’exprimer sur les enjeux qui sont vécus par tous, comme la discrimination, l’inclusion, le vivre ensemble ou le racisme», soutient Cathia Cariotte.

«On tente de comprendre, mais on s’attarde aux pistes de solution, continue-t-elle. Dans le public, il y a des experts qui stimulent la conversation pour que ce soit constructif et positif. La communauté trouve ses propres solutions pour les problématiques auxquelles elle fait face au quotidien. Les jeunes deviennent alors proactifs pour développer leurs projets ponctuels ou créer des entreprises d’économie ou d’innovation sociale.»

Le slam, une activité phare

Chaque année, le slam prend une place importante dans les activités de l’arbre à palabres et est parrainé par l’artiste slameur sénégalais Adama Moussa Sy, mieux connu sous le nom de Double Servo.

Il s’implique depuis deux ans avec des organismes canadiens, dont Muntu. Il travaille avec le Collectif slam Muntu pour donner une voix aux gens marginalisés, aux silencieux, à ceux qui veulent passer un message pour susciter la réflexion.

Adama Moussa Sy, slameur sénégalais connu sous le nom de Double Servo. (Photo: courtoisie)

«Je travaille aussi avec ceux qui ont l’ambition d’une carrière internationale ou qui désirent avoir plus de visibilité et développer leur plan de carrière. J’ai les contacts qu’il faut à l’international, au Sénégal, en Europe et en Amérique pour aider les jeunes passionnés», affirme Adama.

Le Collectif slam Muntu est plus qu’une simple performance: il suscite des prises de conscience et provoque des conversations significatives. Selon Cathia, il est souvent plus facile de s’exprimer à travers l’art.

L’incubateur

Muntu offre aussi un incubateur pour les jeunes entrepreneurs d’économie sociale, une valeur ajoutée qui s’adresse à la diversité ethnoculturelle. Celui-ci a comme particularité de promouvoir le bien-être et la santé mentale ainsi que la guérison sociale, en plus des formations pour renforcer les compétences en entrepreneuriat social, en leadership et en gestion.

«L’entrepreneuriat social n’est pas la même chose qu’une entreprise commerciale qui doit avant tout faire des profits. On pense plutôt à créer un impact social dans notre communauté et après, bien entendu, à faire des profits. Ce genre d’entreprise fait appel à beaucoup de don de soi; c’est pourquoi il est important, selon nous, de prendre soin de nous, de notre bien-être, avant tout», souligne la fondatrice.

L’implication pour des projets marquants, selon Cathia Cariotte: «À Muntu, on prône l’implication à plusieurs niveaux pour l’émergence de projets innovants qui auront un impact dans leur milieu. Le mentorat, le coaching, le bénévolat sont des actions concrètes menant à une société où la réussite passe par l’engagement social et citoyen.»

Le dialogue Nord-Sud

Les voyages et la participation aux événements internationaux font aussi partie des activités formatrices de Muntu. Le regroupement a participé au Forum mondial de l’économie sociale et solidaire à Dakar, au Sénégal, l’an dernier (en mai 2023).

Cette année il participera au Forum africain sur l’économie sociale et solidaire. Muntu voyage avec une délégation de jeunes et de moins jeunes intéressés au sujet abordé dans ces rencontres internationales.

Le dialogue Nord-Sud établit une conversation virtuelle avec les jeunes sur les continents africains, en Amérique du Sud ou en Haïti. Cathia nous donne l’exemple d’un sujet qui touche particulièrement les jeunes: le déplacement des populations dû aux changements climatiques qui a mené à un projet ponctuel en Haïti après l’ouragan Matthew.

Dans le cadre de ces échanges, Muntu a invité deux experts modérateurs à venir discuter pour trouver des pistes de solution à la construction de maisons plus résistantes aux ouragans. Le projet vient du Sud vers le Nord et non le contraire, ce qui fait du Sud un partenaire égalitaire.

Projet en cours

Des ateliers de gestion de projet avec bénévoles experts sont offerts pour préparer ces jeunes à travailler ensemble et à mettre en place le projet. L’Université de Montréal et son département d’ingénierie sont partenaires de Muntu dans ce projet inspirant.

Des maisons autosuffisantes ont été construites avec du matériel antisismique et anticyclone. Des jeunes d’ici et d’Haïti en ont réalisé les plans. «Il n’est pas nécessaire de savoir construire des maisons pour y arriver», déclare Cathia.

«Toutes les instructions sont colligées dans un manuel en français, en créole et bientôt illustré pour que les analphabètes y aient accès. Je sais que c’est faisable, j’y suis allée et je l’ai fait», confie-t-elle.



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