L’entrée de l’antenne montréalaise du cégep de Gaspésie et des Îles, tout à côté des portes d’entrée du métro Henri-Bourassa. (Photo: jdv A. Martineau)

Les autorités du Cégep de la Gaspésie et des Îles ne croyaient pas faire autant de vagues… Le cégep, dont le siège social est à Gaspé, à plus de 900 km à l’Est de Montréal, compte plusieurs campus en Gaspésie, mais il en a un aussi dans la métropole québécoise. Après quatre ans sur la rue Sherbrooke, son satellite montréalais a, depuis septembre dernier, pignon sur rue dans Ahuntsic. Et peu de gens ici étaient au courant….

Le campus de Montréal a toutefois une particularité qui en fait tiquer plusieurs. Il offre des cours en anglais seulement à des jeunes provenant surtout de l’Inde et de la Chine (plus de 80% des 2200 inscrits). Mais c’est légal, le cégep ayant un statut bilingue,  compte tenu qu’il offre des services à une clientèle anglophone en Gaspésie

À Québec, le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, a invité l’administration collégiale à mettre du français sur le volet international de son site Internet et à parler aussi du Québec comme d’un État francophone. M. Roberge a également dit souhaiter qu’il y ait des cours de français dans chaque parcours.

Cette affaire révélée par le quotidien Le Devoir et le média de gauche souverainiste l’Aut’journal remet à jour la question du financement des cégeps.

Le ministre Roberge a fait allusion aux compressions effectuées par les gouvernements antérieurs, en rappelant que le programme anglophone à Montréal avait été approuvé sous la gouvernance libérale en 2015.

À Montréal, le cégep offre neuf programmes avec en bout de piste une attestation d’études collégiales. Les cours sont donnés dans 28 locaux situés au 577, boulevard Henri-Bourassa Est, juste au-dessus de la sortie nord de la station de métro du même nom (Henri-Bourassa-Cégep de la Gaspésie et des Iles).

Matrix: recruteur et propriétaire ontarien

Il y a quelques années, cet édifice abritait des bureaux de Revenu Québec. L’immeuble appartenait à la Société immobilière du Québec (SIQ) jusqu’en 2017, alors qu’il a été acheté par le Groupe Hermès dont le propriétaire –ontarien– , selon le Registre des entreprises du Québec (REQ), est le même que pour le Groupe Matrix qui assure le recrutement des étudiants étrangers pour le campus montréalais du cégep de Gaspésie et des Îles, recrutement sous-traité, notamment, à une autre entreprise basée en banlieue de Toronto, Rehill Services inc.

Il en coûte environ 14 000 $ par année pour un étudiant pour suivre les cours. Cela permet au Cégep d’aller chercher un profit d’un million $, somme réinvestie dans le collège.

Mais des groupes nationalistes ainsi que l’Opposition à l’Assemblée nationale ont tiré à boulets rouges sur le gouvernement Legault qui a pris acte de la situation.

L’administration du collège gaspésien apportera des corrections en offrant certains cours dans la langue de Félix Leclerc, traduira en français son site Web visant la clientèle étrangère, et son bâtiment loué à son partenaire aura un affichage bien visible.

Corrections-Français

La directrice générale du cégep de Gaspésie et des Îles, Yolaine Arseneau, était de passage à Montréal, cette semaine. (Photo: jdv A Martineau)

Lors de notre visite mercredi après-midi (5 février),  journaldesvoisins.com a pu s’entretenir avec Yolaine Arseneau, la directrice générale de ce cégep gaspésien, qui était de passage à Montréal.

Mme Arseneau a ainsi justifié la présence de l’anglais sur son site :

« Nos étudiants visés et recrutés, c’est une clientèle anglophone. Et on a un statut de cégep bilingue, avec un secteur francophone et un secteur anglophone. Mais l’on comprend la demande du ministre et on traduira [en français] la page [qui est] en anglais sur notre site », a-t-elle promis.

Par ailleurs, à la surprise de certains, rien n’identifie le cégep gaspésien à l’entrée du bâtiment qui jouxte la Brasserie du métro à vendre au coin d’Henri-Bourassa et Lajeunesse, avec le gros projet immobilier Henri-B, au nord. De plus, même les affiches de sécurité incendie sont en anglais. Le temps a manqué mais on promet de corriger bientôt.

« Depuis septembre dernier, on s’est concentré, avec notre partenaire propriétaire de l’immeuble, sur les équipements, et les locaux afin qu’ils soient adéquats. Là, on s’occupera du site internet et de l’affichage extérieur. Ce sont les les dernières choses à faire pour terminer les installations avec un peu de déco », a-t-elle précisé à jdv.

Tollé-surprise

Il faut dire que le «tollé»’’ qui a suivi les révélations à la une du Devoir a surpris les autorités du Cégep.

« Oui, c’est un peu surprenant, car on ne s’est jamais caché de ça quand on a signé une entente avec Matrix [ndlr: le partenaire  pour le recrutement et propriétaire de l’immeuble présentement poursuivi dans ce dossier par un sous-traitant, révélait La Presse+ le 6 février] en juin, a insisté la dg du cégep. Un communiqué de presse avait été émis. L’inauguration ici a eu lieu en septembre avec encore un communiqué expliquant le partenariat. Nous avions affirmé qu’il y avait 35 étudiants au début (en 2015) et que l’on atteindrait 2500 dans la prochaine année. Le ministère est au courant, on ne s’est caché de rien. Mais on peut comprendre le questionnement soulevé pour l’anglais. Il y a aussi des étudiants étrangers qui étudient ailleurs dans d’autres cégeps. On a les autorisations et on a la légitimité pour avoir des étudiants anglophones », a plaidé la dg.

Toutefois, la direction entend se plier aux suggestions du ministre Roberge.

« On va travailler avec le ministère pour que projet soit bien accepté, avec la plus grande ouverture et transparence possibles. Il y a toutefois ici une bonne occasion d’affaires, un effet de levier important pour l’ensemble de notre cégep. Le tout se fait avec les services de formation en continu qui sont autofinancés partout. Cela nous permet d’aller plus loin dans des projets d’envergures », a-t-elle mentionné.

Il est donc fort probable que «tout rentre dans l’ordre» dans les prochaines semaines et que pour la rentrée de septembre prochain, on donne quelques cours en français.

« C’était déjà amorcé d’avoir un développement des marchés francophones, notamment au Vietnam. On anticipe un ou deux groupes en français. Avec des cohortes d’étudiants pour la formation éducation à l’enfance. Parallèlement, on réfléchit à des actions pour promouvoir le fait français, quoi faire pour amener les aspects du français ici. Si on forme des étudiants en français, on améliore leur employabilité et leur capacité à s’intégrer dans la communauté et sur le marché du travail », a conclu Mme Arseneau.

Pour l’instant, on ignore combien d’étudiants de l’étranger restent au Québec après des cours au campus Ahuntsic. Mais on promet de faire un suivi pour savoir notamment combien retournent en Inde…

Réactions-Ahuntsic

Au bureau de la députée de Maurice-Richard, Marie Montpetit, on a indiqué ne pas avoir été au courant de la présence de l’antenne du Cégep de la Gaspésie et des Îles à Montréal.

« Nous n’avons reçu aucune communication de leur part depuis leur installation dans le quartier », a fait savoir Jonathan Boursier, attaché politique et responsable du bureau de circonscription de la députée libérale réélue en 2018.

Un résidant d’Ahuntsic qui se porte candidat à la présidence de la Société Saint-Jean-Baptiste Nicolas-Viel, Jean Rémillard, estime que cette affaire démontre rien de moins  l’abandon graduel et constant du français par les Québécois francophones eux-mêmes.

« Cette histoire de CEGEP totalement anglophone dans Ahuntsic, officiellement destiné à des immigrants qui payent le plein prix et devraient aller ailleurs dans le monde après leurs études, cela ne semble pas se démontrer, plusieurs, restant au Québec par la suite, vont grossir la minorité anglophone qui ne cesse de croître », a indiqué M. Rémillard, pour qui l’anglais, dans une cinquantaine d’années, sera majoritaire.

Celui qui a été candidat du NPD dans Ahuntsic-Cartierville à la dernière élection fédérale a fait la mise en garde suivante:

« Au regard de cette réalité, l’antenne anglophone du CEGEP de Gaspé est une affaire mineure; mais potentiellement très dangereuse, dit-il, si elle croît fortement, ce qui est déjà le cas, ou si elle est imitée par d’autres cégeps francophones », a-t-il averti.

 

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2 commentaires
    1. Je suis parfaitement d’accord avec celui qui écrivait plutôt son propre commentaire. Tout ceci démontre l’extrême urgence qu’il y aurait à étendre une fois pour toute la loi 101 au niveau des CEGEP.

      André Parizeau
      Candidat du Bloc québécois lors des dernières élections fédérales dans Ahuntsic-Cartierville

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