Une partie des appareils de fabrication de Top Glaciers (Photo: site Web)

C’est l’histoire de David contre Goliath. Top Glaciers affronte directement les multinationales dans les épiceries québécoises. Et le succès est au rendez-vous!

La PME établie rue Saint-Urbain, juste au sud de Sauvé, connaît une croissance effrénée depuis ses débuts en 2017. Sa dernière expansion? Une extrudeuse à barres glacées, dont l’installation aura coûté près de deux millions. Cette machine permet de produire jusqu’à 15 millions de barres de crème glacée trempée dans le chocolat ou de barres de sorbet glacé enrobé d’une couche fruitée.

Le projet créera à terme huit emplois, qui s’ajouteront à la trentaine que compte la PME d’Ahuntsic. Top Glaciers est la seule entreprise à détenir une telle machine, qui vient d’Italie, en sol québécois.

« Les barres glacées sont de plus en plus populaires, explique Pierre Morin, cofondateur de Top Glaciers. Chez l’épicier de mon quartier, les congélateurs de produits glacés comptent six portes pour la crème glacée et huit autres de divers produits, dont les barres. »

L’édifice de Top Glaciers, sur Saint-Urbain, au sud de Sauvé (Photo: Google Maps)

Top Glaciers est reconnu pour ses marques iconiques haut de gamme, comme Bilboquet, Solo Fruits, Lambert et Hudson. Les nouvelles barres seront vendues sous la marque Bilboquet pour la crème glacée et Lambert pour les sorbets biologiques, des produits pratiquement inconnus au pays.

« Les barres de sorbet bio sont incroyablement rafraîchissantes et santé, poursuit M. Morin. Nous allons initialement les vendre dans les supermarchés. On regarde aussi les dépanneurs, mais c’est un marché difficile à percer, car il est outrageusement dominé par les grandes multinationales comme Nestlé ou Unilever. »

Les produits glacés sont la chasse gardée des multinationales, mais les gens de Top Glaciers ont déjà fait leur place. Et elle grandit chaque semaine, notamment à cause de l’achat local.

« Plus de 90% de nos fournisseurs sont basés au Québec, comme la crème, le lait, certains petits fruits, ainsi que nos comptables, nos transporteurs, nos distributeurs, reprend M. Morin. Même notre chocolat, on l’achète à Saint-Hyacinthe, tout comme le sirop d’érable, qui vient de Plessisville. On importe que le café ou les fruits, comme la mangue, la lime ou le citron, qui ne poussent pas sous nos latitudes. »

Renaissance de Lambert

Le mois dernier, Top Glaciers relançait la marque Lambert, une entreprise disparue en 2016. Lambert, qui a vu le jour en 1956, est bien connue des Québécois, car elle vendait entre 500 000 et 600 000 bûches de Noël chaque année.

La renaissance de cette marque est le fruit d’une stratégie longuement réfléchie : Top Glaciers affronte le marché des marques populaires avec un pot de 500 ml se vendant entre 2,99$ et 3,99$, alors que les concurrents du même format Haagen Daz ou Ben & Jerry’s se vendent entre 5,99$ et 6,99$.

« Alors que 60 % des Québécois vivent seuls ou en couple, les plus importants fabricants proposent des contenants de 1,5 à 2 litres, reprend M. Morin. Les jeunes du bureau nous ont allumés sur cette réalité : ces formats sont trop gros pour leurs besoins ou leurs congélateurs ! Ils ne les achètent pas. On s’est dit qu’on allait offrir un produit populaire dans un format de marque de luxe. »

Outre les saveurs classiques comme la vanille, Top Glaciers s’est servi de son expertise dans les produits haut de gamme pour appliquer ses recettes originales et amusantes au marché grand public de la crème et du yogourt glacé : tarte aux pommes et caramel, cappuccino et fudge, fraises et crème, fruit de la passion et pêche….

La PME s’est associée au géant Métro pour vendre Lambert en exclusivité pendant un an. La bannière a mis le paquet pour relancer la marque, notamment par ses réseaux sociaux qui comptent 350 000 abonnés, par le site web, la circulaire et l’affichage.

« Dans la seule semaine de Pâques, on a vendu 40 000 pots, révèle Pierre Morin. On ne s’est pas donné d’objectifs de vente, mais s’il le faut, notre usine peut produire des millions de pots. » Pour le moment, la marque n’est vendue qu’au Québec.

Une aventure

En 2016, Top Glaciers a vu le jour quand cinq associés qui vendaient au même épicier ont réalisé qu’ils partageaient les problèmes de production et d’approvisionnement.

« Séparément, on allait droit dans un mur, explique Bernard Duchesne, cofondateur. Il nous fallait une usine à la fine pointe de la technologie, dotée des meilleures certifications de l’industrie. On a rapidement décidé de se faire confiance. Cinq indépendants qui se liguent pour affronter les multinationales, c’était du jamais vu dans l’agroalimentaire québécois. »

L’entreprise connaît depuis une croissance fulgurante en commercialisant ses marques haut de gamme de crème, de barres, de produits végétaux (avoine, amandes, noix de coco) et de sorbets glacés, mais aussi en produisant des marques privées, comme celles de la Suédoise Oatly. Plusieurs de ces clients vendent des pots issus de l’usine de la rue Saint-Urbain partout au pays, aux États-Unis et ailleurs dans le monde, jusqu’en Australie.

L’usine est passée de 10 000 à 39 000 pieds carrés. Sa capacité a explosé : de 200 à 30 000 litres par jour. Une deuxième chaîne de production démarrait l’an dernier et une troisième est presque installée. Les associés y ont investi sept millions. La PME affichera cette année son premier profit. De quoi assurer l’expansion déjà planifiée au Canada et à l’international…

Top Glaciers vend aussi ses produits dans des écoles, des hôpitaux, pour le transporteur aérien Lufthansa et pour le chocolatier franco-belge Jeff de Bruges. Elle est connue pour ses franchises Bilboquet d’Outremont, du Plateau-Mont-Royal et de Pointe-Claire, et pour ses comptoirs au CUSM, au Biodôme et au Planétarium Rio-Tinto. En juin 2020, elle ouvrait une franchise boulevard Saint-Laurent, voisine de chez Schwartz, et, tout récemment, une autre boulevard Décarie, dans l’arrondissement de Saint-Laurent, près du cégep. Une expansion à Québec est aussi dans les cartons.

Ses principaux concurrents sont Nestlé (chiffres d’affaires de 121 milliards – marque Häagen-Dazs), Unilever (72 milliards de dollars – Ben & Jerry’s), Agropur (6,4 milliards – Québon, Natrel) et Laiterie Coaticook (environ 20 millions).

 

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Deschamps, julie
Deschamps, julie
6 Mois

Quelle belle histoire de succès local. Pouvons nous acheter direcrement de l’usine, question d’encourager l’achat local?

Morin, Pierre
Morin, Pierre
6 Mois
Répondre à  Deschamps, julie

Bonjour Julie!
Nos magasins Bilboquet tiennent une bonne variété des plus de 60 saveurs que nous produisons ici près du Marché Central. Vous retrouverez des crèmes glacées, sorbets, desserts glacés à consommer sur des cornets ou alors en pots pour consommation à la naison! Nous n’avons pas pour le moment de magasin d’usine.

André Parizeau
André Parizeau
6 Mois

Ce qui est raconté dans cet article est un aspect seulement de ce que vous appelez le succès de l’entreprise ” Top Glaciers “. L’autre aspect qui n’est pas mentionné, mais qui aurait dû l’être, en toute objectivité, est le fait que la création même de cette entreprise, des suites d’une fusion des opérations des différentes sociétés d’origine, qui permit ensuite la création de cette entreprise, se fit sur le dos de bien des travailleurs qui œuvraient auparavant pour ces mêmes sociétés.

Et encore aujourd’hui, malgré le développement assez fulgurant du chiffre d’affaires de ” Top Glaciers “, le nombre d’employés, œuvrant sur la rue Saint-Urbain, ne représente toujours qu’une fraction du nombre de travailleurs, au total, qui avaient un emploi avant, quand les sociétés d’origine existaient encore.

On me dira qu’il s’agit d’un phénomène normal et incontournable. Moi, je dis qu’il n’y a rien de normal quand quelqu’un finit par perdre son emploi pour ensuite être plus remplacé par des robots ou des machines toutes automatisées … et qu’on ne peut en même temps s’arranger pour les replacer ailleurs. Le furent-ils d’ailleurs ?

Ce qui me désole en même temps est de voir que nos propres élus ne firent en même temps que très peu, sinon que pour louer la ” vision ” des nouveaux propriétaires de ” Top Glaciers “.

André Parizeau
Résidant d’Ahuntsic-Cartierville

Stéphane Desjardins
Stéphane Desjardins
6 Mois
Répondre à  André Parizeau

Bonjour M. Parizeau. Merci de lire mes articles. Je me demande tout de même auprès de quelle source vous vous êtes abreuvé lorsque vous affirmez que “le nombre d’employés, rue Saint-Urbain, ne représente qu’une fraction du nombre de travailleurs, au total, qui avaient un emploi avant, quand les sociétés d’origine existaient encore”. Votre affirmation est fausse. Avant la fusion des entreprises, Bilboquet employait 8 personnes, Essence 5, SoloFruit 2 et Hudson aucune. Lambert a fait faillite en mars 2017 et TopGlaciers a racheté la raison sociale uniquement. Ce matin, l’entreprise me confiait qu’elle venait d’embaucher vendredi son 38e employé. Le nombre d’employés a plus que doublé depuis la création de cette société, dont l’usine a désormais une certification Ecocert. Les produits fabriqués dans Ahuntsic se retrouvent désormais aux États-Unis, en Australie et au Moyen-Orient. Les dirigeants de TopGlaciers m’ont répété que s’ils avaient poursuivi leur chemin séparément, ils ne seraient peut-être plus en affaires aujourd’hui. Au lieu de détruire des emplois, l’ajout de machinerie a permis d’en créer, et ces employés travaillent dans un environnement bien meilleur que l’ancienne usine de Bilboquet, que j’ai visitée. Enfin, les dirigeants de TopGlaciers planifient plusieurs autres embauches au cours des prochains mois. Si, dans de nombreux dossiers de fusions/acquisitions d’entreprises, la destruction d’emplois est au menu, dans ce cas-ci, c’est plutôt le contraire qui s’est produit. Et ça se passe avec une PME située dans Ahuntsic-Cartierville. Pas avec des joueurs dont les décisions de prennent en Suisse ou à Londres.

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