Image tirée de l’entrevue d’Anne Bhéreur sur la chaîne YouTube de personnes atteintes de la COVID longue (@COVIDlongueQuebecLongCOVID).

Nous reproduisons l’article d’Anne Marie Parent primé aux Grands prix du journalisme indépendant de l’Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ) le mercredi 31 mai 2023. Elle a reçu le prix du meilleur article dans la catégorie «Médias communautaires et médias étudiants» pour son article sur Anne Bhéreur: médecin en lutte contre la COVID longue.

Petite, cette Lavalloise traversait la rivière des Prairies tous les jours de la semaine pour aller à l’école primaire Augustin Roscelli à Cartierville, puis au Collège Regina Assumpta au secondaire, à Ahuntsic.

En 2003, année de l’obtention de son diplôme en médecine, Anne Bhéreur emménage avec son conjoint déjà résidant d’Ahuntsic: c’est comme si elle était prédestinée à prendre racine dans le quartier et à y travailler! En effet, elle est médecin de famille et en soins palliatifs au CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, notamment à l’hôpital du Sacré-Cœur.

Le couple a deux enfants de 11 et 14 ans qui étudient dans le quartier. «Ma fille va à l’école Atelier», précise Mme Bhéreur. C’est une école primaire alternative, prônant une vision de l’éducation à la pédagogie ouverte et interactive, où les parents s’investissent beaucoup. D’ailleurs, en tant que parent, elle siège au conseil d’établissement.

La famille fréquente beaucoup les commerces du quartier. Les premiers qui lui viennent en tête sont la Petite Boulangerie, à côté du Fouvrac, et la pâtisserie Mamie Clafoutis, mais aussi la boutique Casa Luca, l’épicerie Rachelle-Berry, l’épicerie de produits biologiques Curieux de nature, la poissonnerie Fou des Îles, la glacerie artisanale Havre-aux-Glaces, sans oublier la chocolaterie Bonneau!

La médecin renchérit avec la chance qu’ils ont d’avoir des espaces de nature près de la maison: «Les parcs Nicolas-Viel et Maurice-Richard sont des endroits magnifiques pour se promener près de la rivière», raconte-t-elle, rappelant combien elle aimait profiter de ces lieux en marchant ou en y faisant du vélo…

2020: année de la COVID

Eh oui, Anne Bhéreur parle au passé. Parce que comme bien des gens sur la planète, sa vie a été scindée en deux: l’avant-pandémie… et maintenant (nous y sommes encore, malheureusement!). Dans son cas, la COVID-19 a frappé fort. Non seulement la médecin a travaillé d’arrache-pied, depuis mars 2020, majoritairement en soins palliatifs, à l’hôpital et en CHSLD, mais elle a elle-même attrapé la maladie, en décembre 2020, dans un des milieux de soins palliatifs où il y a eu plusieurs éclosions.

Comble de malchance, Dre Bhéreur ne s’est jamais rétablie, plus d’un an plus tard! Toujours en arrêt de travail, elle est atteinte du syndrome post-COVID, ou affections post-COVID-19, qu’on appelle couramment la «COVID longue». Les estimés les plus conservateurs indiquent qu’un minimum de 10 % des gens qui ont attrapé la COVID vont voir les symptômes de ce virus perdurer plus de trois mois.

«En fait, la majorité vont développer des symptômes supplémentaires après l’infection initiale, qui peut avoir été asymptomatique, ou même avoir des symptômes complètement différents», prévient la médecin, en connaissance de cause. Même que ceux-ci pourraient ne pas s’estomper avant longtemps… ou même ne jamais disparaître.

COVID-19, une pandémie mondiale. (Image: Gerd Altmann, courtoisie de pixabay.com)

Face cachée de la pandémie

«La COVID longue représente la face cachée de la pandémie, déclare Anne Bhéreur. Le gouvernement parle presque exclusivement des décès et des guérisons, mais très rarement de la situation entre les deux, soit des gens qui ont des symptômes persistants et des séquelles de la COVID-19. C’est important de poser un bon diagnostic et de repérer tous les symptômes afin d’y répondre avec les traitements appropriés.»

Les conséquences peuvent être aussi graves que des problèmes cardiovasculaires, des troubles cognitifs, des difficultés respiratoires, de l’insuffisance rénale, des lésions neurologiques… Le spectre de symptômes est très vaste et plusieurs d’entre eux peuvent déjà être améliorés au quotidien avec certains traitements, lorsque la prise en charge est adéquate.

Dre Bhéreur explique aussi qu’un bon nombre de personnes atteintes de la COVID longue ont des symptômes semblables à ceux de l’encéphalomyélite myalgique, ou EM en abrégé, qu’on appelait avant le syndrome de fatigue chronique. «Le phénomène s’appelle “malaise post-effort” et il faut le reconnaître pour pouvoir l’éviter», précise-t-elle en donnant le Portail Santé Montérégie en référence (fiche d’autogestion des symptômes de la COVID longue, dont celle sur le malaise post-effort).

On observe entre autres une très grande fatigue à peine soulagée par le repos et le sommeil, un brouillard mental (difficulté à se concentrer, dysfonction cognitive), une exacerbation des symptômes après l’effort – être épuisé à faire une activité quotidienne auparavant très simple, comme prendre une douche, aller marcher, lire, écrire…

Anne Bhéreur l’illustre par son cas: l’an dernier, elle ne pouvait pas lire plus de 5 minutes sans aller se reposer au minimum une heure, et elle n’arrivait pas à marcher 150 mètres en moins de 20 minutes. Elle est encore incapable de faire plus d’une tâche à la fois, ou quelques petites tâches par jour, de manière morcelée, mais elle progresse tout doucement. Sa rééducation, elle la fait en étant très attentive à ne pas dépasser le seuil qui déclenche les malaises post-effort et en allant marcher dans sa ruelle qui ne débouche pas: ce cul-de-sac est une merveilleuse oasis de nature au voisinage si bienveillant.

Sensibilisation et éducation

Grâce à l’aide de son conjoint – qui fait tout dans la maison, dit-elle avec gratitude! –, de ses enfants, de ses parents habitant tout près et de ses amis et voisins, la médecin en convalescence est bien épaulée et entourée. Elle peut ainsi se concentrer sur sa récupération nécessitant énormément de repos et sur son dada depuis un an: mieux comprendre la COVID longue pour l’expliquer aux gens, faire connaître l’importance de se protéger pour ne pas l’attraper et sensibiliser le gouvernement à ce qu’il y ait des soins adéquats pour les personnes qui en sont atteintes.

Pour ce faire, Dre Bhéreur collabore au collectif COVID-STOP et à l’initiative Protégeons notre province – POP Québec, qui visent à informer la population et à diffuser des moyens concrets à adopter pour diminuer les risques d’infection. Elle espère que l’afflux de patients stimule la recherche sur les syndromes post-viraux, trop longtemps négligés.

S’insurgeant contre le fait que les malades atteints de la COVID longue sont laissés à eux-mêmes, pour ne pas dire carrément ignorés, Anne Bhéreur les encourage à s’inscrire au groupe de soutien québécois dans Facebook.

Toutes ces actions entreprises depuis un an ne lui font pas oublier qu’elle ne guérira peut-être jamais de la COVID longue, mais elle a espoir d’aller de mieux en mieux. Il lui tarde de recommencer à profiter de son quartier – «On a tellement de bons restaurants à Ahuntsic!» – et à refaire du vélo sur le bord de la rivière des Prairies. On le lui souhaite fortement!

Cet article de la chronique Belle rencontre est paru dans la version imprimée du Journal des voisins, le Mag papier de février 2022, à la page 16.



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