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Vingt-cinq jeunes Ahuntsicois à Kiskissink

Apprendre à jouer dehors

Publié le 06/01/2019
par Jules Couturier

Ancien camp de trappeur dans la ZEC Kiskissink (Photo: réseau des ZEC du Québec) – La photo de la une est de Claudie Girard qui nous présente la ZEC enneigée déjà en novembre dernier (Page Facebook de la ZEC)

En février prochain, environ 25 jeunes de 4e et 5e secondaire de l’école Sophie-Barat prendront le train vers « le Shack à Réal », une petite cabane située dans la ZEC Kiskissink à 100 km au nord de La Tuque, en Haute-Mauricie. À dormir dehors tous les soirs pendant 10 jours et à tisser des liens d’amitié, d’entraide et de leadership, ils y vivront là l’expérience d’une vie. C’est ce que nous assurent le professeur de plein air et guide d’aventure Éric Laforest ainsi que Gaelle, Alice, Aubert et Hugo, des étudiants de secondaire 5 ayant vécu l’expérience l’an dernier et impatients de renfiler leurs vêtements les plus chauds pour revivre l’expérience une deuxième fois. Le Journaldesvoisins.com les a rencontrés.

« Le Shack à Réal » est une activité qui date de presque 20 ans. Il y a 26 ans, Éric Laforest était embauché à l’école Sophie-Barat comme professeur d’éducation physique.

« Lorsque je suis arrivé à Sophie-Barat, aucun cours d’éducation physique ne se faisait à l’extérieur. Moi j’y ai tout de suite vu un potentiel », nous dit le professeur de plein air.

Véritable monument en éducation physique à Sophie-Barat, Réal Savard a pris Éric Laforest sous son aile. Il est devenu un important mentor pour lui. Avec les années, leur relation s’est développée et les deux hommes sont devenus de bons amis.

« Cet homme m’a tellement appris », nous confie Éric.

Un projet qui ne cesse d’évoluer

Ensemble, ils ont fondé le club de plein air de Sophie-Barat en 1998 puis en 1999, ils ont créé l’option « plein air et leadership » pour les élèves de secondaire 5. En 2000, Réal a lancé l’idée d’amener des élèves à son camp de chasse. En automne, ils sont partis avec six élèves, trois filles et trois garçons, et ont dormi dans le chalet.

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Au fil des années, les choses ont beaucoup changé. Le club de plein air a pris de l’envergure. En 2003, Réal a pris sa retraite et Éric est devenu le doyen de l’option plein air. La même année le jeune professeur d’éducation physique a pris une année sabbatique pour suivre un cours de guide en tourisme d’aventure au Cégep Saint-Laurent. Son cours lui a permis de développer des compétences en camping d’hiver, ce qui lui a donné l’idée de dormir dehors plutôt que dans le chalet. Et maintenant, ils sont environ 30 lors du voyage au chalet chaque année.

Réal, une icône du plein air

Grand amoureux de la nature et de l’éducation, Réal est toujours de la partie lors du voyage, malgré ses 76 ans. Et pour Éric ainsi que pour les élèves, c’est un grand plaisir de le voir fidèle au poste chaque année.

Gaelle nous dit :

« Avant de le rencontrer, Réal était une légende pour moi. J’avais hâte de le voir enfin en vrai. Il a été à la hauteur de mes attentes : un homme drôle, fin, doux, gentil et ouvert d’esprit ».

Aubert ajoute :

« Réal se souvient de tous nos noms et tout ce qu’on lui dit. Moi par exemple, je fais du ski de fond. Au Shack l’an dernier on en a parlé un peu, mais il y avait 30 autres élèves qui lui ont également parlé. Cette année, on s’est recroisé et il m’a demandé comment allait le ski, comme quoi chaque personne et chaque conversation sont importantes pour lui ».

Prouver sa motivation

L’engouement pour le voyage au Shack grandissant, Réal a eu l’idée de demander aux élèves de rédiger une lettre de motivation expliquant pourquoi ils désiraient faire partie de l’aventure. Les élèves commencent à réfléchir au voyage et à la rédaction de leur lettre très tôt puisqu’ils entendent parler de cette aventure tout au long de leur secondaire. Gaelle avait écrit une lettre de motivation à Éric en secondaire 3 alors qu’elle n’était pas encore admissible à l’activité tandis que la lettre de motivation d’Aubert était déjà écrite l’été dernier pour le voyage de cet hiver. Sur les 44 lettres reçues cette année, Éric sélectionne 25 élèves.

« Ces lettres sont de véritables trésors, confie Éric. Dans sa lettre cette année, Hugo s’est ouvert à moi, en me demandant de garder ça personnel. Je me sens privilégié qu’il m’ait confié son secret, je sais maintenant où il s’en va dans sa vie, ce qu’il cherche. »

Une fois la lettre de motivation transmise, les élèves doivent faire signer leur professeur. À la mi-décembre, ils partent quatre jours et trois nuits durant lesquels Éric va les pousser au maximum pour savoir de quoi ils sont capables. À Noël, le professeur prête du matériel pour le congé et les jeunes se pratiquent, ils dorment dehors, ils demandent des équipements de plein air comme cadeaux de Noël. À la fin janvier, dans le grand froid, une semaine avant de partir, ils dorment tous une dernière fois à l’extérieur derrière l’école.

Le Shack, un voyage inoubliable

Hugo nous raconte le voyage au Shack :

« On part de la gare Ahuntsic pour un voyage de train de sept à huit heures. Le train s’arrête dans le milieu de nulle part et on débarque notre équipement le plus rapidement possible pour ne pas déranger les passagers. Une fois sur place, on ne dort pas en tente, mais sous des toiles. La première nuit, on les monte rapidement et on améliore l’abri durant le séjour. Le matin, on se lève, on déjeune, on embarque sur nos skis de fond ou nos raquettes, ou bien on déblaie la patinoire pour un tournoi de ballon-balai. On nous répartit en petites équipes de tâches, notamment pour la vaisselle, la cuisine, le feu, l’eau potable. Après le souper, l’équipe vaisselle embarque. Les autres vont faire une petite marche sur le lac, regarder les étoiles, jaser de la vie. Après on rentre au chalet, on s’installe sur de grands matelas, divans, tapis d’éducation physique. On est 30 dans un tout petit espace. Le poêle à bois fournit. Chanson, massage, jeux de cartes, c’est très relax. Ensuite, on retourne dehors dormir. Ça crée une routine, une mini-société ».

« Les moments que l’on passe ensemble sont très importants, ajoute Alice. Avant le Shack, on ne se connaît pas tous,  malgré le fait qu’on fréquente la même école depuis quatre ans. Au Shack, en 10 jours, on apprend à se connaître en profondeur. En revenant, plus personne n’est pareil. »

Également de l’aventure, Christian est le père d’un ancien élève et ami d’Éric. Son fils Jérôme a fait l’activité lors de son passage à Sophie-Barat et étudie maintenant au Cégep de Gaspé pour devenir guide d’aventure. Le père témoigne :

« Le Shack à Réal a changé mon garçon. Lorsqu’on voit descendre les jeunes du train à leur retour, on dirait que ça fait un an qu’il sont ensemble; ils se connaissent et s’apprécient. Ce sont des liens qui resteront pour la vie ».

Pourquoi y retourner?

Autant Gaelle qu’Aubert, Alice ou Hugo, tous veulent revenir pour une deuxième année au Shack. On leur a demandé pourquoi.

« Pour prendre le temps de prendre le temps, explique Gaelle. Pour moi, le plein air c’est nécessaire. La vie va vite et peut être tellement stressante. J’ai besoin de m’arrêter, respirer, regarder le soleil, la neige tomber, me recentrer sur moi-même, me poser des questions. Ce sontt des choses qu’on n’a pas le temps de faire en ville. »

Pour Alice, le Shack a causé chez elle une « dépendance » au plein air. Plus rien d’autre pour elle n’existait.

« Les parents ont tendance à croire que les passions de leurs adolescents sont éphémères, mais le goût du plein air m’est resté et je voudrais que ce soit pour toute ma vie ».

Hugo partage l’idée de Gaelle : le Shack lui permet de décrocher du stress de la ville, de profiter des grands espaces et de bouger. Surtout, il veut retrouver la mini-société qu’ils ont créée et les liens si forts qui les unissent.

Aubert pour sa part veut retourner au Shack, car c’est un endroit où il se sent chez lui, plus qu’à la maison familiale.

À la suite de cette activité, Eric Laforest souhaite  que les jeunes continuent d’aller dehors à leur façon, et ce, pour toute leur vie. Et il aimerait que ces jeunes-là transmettent à leurs enfants ce désir de jouer dehors.

Cet article a d’abord été publié dans le mag papier de décembre 2018, en version courte.

(Source: Google Maps)