Dans la région de Montréal, c’est au printemps et en automne que l’on a plus de chance d’observer le Bruant fauve. (Photo: Jean Poitras)

Durant quelques jours, en novembre dernier, j’ai eu le plaisir d’avoir ce visiteur dans ma cour arrière. Je dis visiteur, mais on pourrait aussi dire touriste, puisqu’il ne se pointe dans nos régions que lors de ses migrations.

Le Bruant fauve (Fox Sparrow – Passerella iliaca) est classé dans le genre Melospiza, qui comprend aussi le Bruant de Lincoln, le Bruant chanteur et le Bruant des marais.

Il présente une variété de plumages selon les régions de son aire nord-américaine, mais la forme «fauve» est celle que nous pouvons observer à lest des Rocheuses.

Cet oiseau, dune longueur de 18 cm, se remarque par sa longue queue rousse, ses zones grises et fauve sur la tête et le dos, ainsi que par sa poitrine blanche striée de taches rousses qui peuvent s’étendre jusquau ventre.

On note aussi deux minces bandes alaires blanches ainsi quun faible cercle oculaire. Son bec est bicolore, jaune dessous et gris dessus, avec une pointe noire. Des pattes brunes complètent le tout. Mâle et femelle ont un plumage identique.

Comportement et alimentation

Le Bruant fauve se nourrit dinsectes, de larves et de graines quil trouve au sol. Il débusque sa pitance en déplaçant les feuilles mortes dune façon particulière. Il exécute un petit saut en projetant les feuilles vers larrière avec ses pattes. Le Tohi à flancs roux montre un comportement similaire.

Ce bruant est plutôt secret et farouche bien que son chant puissant révèle sa présence; cest un «Tuuuîi-tî-tituu-touîii-izz» clair avec des variations. En période de nidification, le mâle chante du matin jusquau soir, perché dans un conifère ou un buisson.

Habitat et nidification

Il préfère de loin les régions darbustes ou de fourrés bas et denses, souvent inaccessibles pour lhomme, ce qui fait que son nid est difficile à repérer. Le célèbre ornithologue John James Audubon a été le premier à découvrir et à décrire un nid dans la région de Natashquan en 1833.

Ce genre dhabitat se retrouve au Québec dans les conifères rabougris et les forêts broussailleuses de la Côte-Nord, de certaines îles de lestuaire du Saint-Laurent, dans les massifs montagneux de Charlevoix, de la Gaspésie et à lîle Anticosti. La taïga et les forêts qui la bordent lui conviennent parfaitement.

Il construit son nid au sol bien à labri du feuillage, ou alors bas dans un buisson ou un petit arbre. Celui-ci est composé de mousses, de lichens et dherbages et sera renforcé à la base par des brindilles sil est construit en hauteur.

Le Bruant fauve est considéré comme un nicheur migrateur peu commun. (Photo: Jean Poitras)

Sa période de nidification débute entre la fin davril et la fin de mai. La femelle y pond de deux à cinq œufs, quelle couvera seule pendant une douzaine de jours. Les oisillons demeurent une dizaine de jours au nid et sont nourris par les deux parents. Après lenvol, ils resteront dépendants des parents pendant encore trois semaines, ce qui nous mène au début daoût.

On croit le Bruant fauve monogame, mais on a peu de données sur ce fait ni sur sa longévité. Comme décrit précédemment, son habitat préférentiel le rend difficile à étudier.

Territoire et migration

Le Bruant fauve niche dans une large bande de forêt subarctique et de taïga, qui s’étend de Terre-Neuve et Labrador jusqu’à lAlaska. Cette population est celle qui est de coloration rousse-fauve. Un autre groupe de sous-espèces plus grises niche quant à lui le long des Rocheuses.

La sous-espèce rousse migre en octobre et en novembre vers le sud-est des États-Unis, du Texas à la Virginie sans toutefois inclure le centre et le sud de la Floride. Les sous-espèces grises se retrouvent en hiver le long de la côte du Pacifique, du Yukon au Mexique.

Dans la région de Montréal, cest au printemps et en automne que lon a plus de chances de lobserver. En vérifiant sur le site eBird, jai noté quen 2022, cest à la fin davril et au début de mai, puis ensuite durant les derniers jours doctobre et les deux premières semaines de novembre que ce bruant a été signalé. Les deux occasions, distantes de quelques années, où jai pu le voir dans ma cour arrière, étaient effectivement en automne. 

Une autre observation me vient en mémoire, effectuée au site viking terre-neuvien de lAnse-aux-Meadows au début de juin 2017. Il se trouvait alors en plein dans son territoire et sa période de nidification.

Abondance et tendance

Selon lAtlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional, le Bruant fauve est considéré comme un nicheur migrateur peu commun. Il y a deux raisons majeures à cela; la principale partie de son territoire de nidification se trouve hors des zones étudiées par les équipes de lAtlas et son habitat de prédilection est difficilement accessible pour les ornithologues.

Par contre, en comparant les résultats compilés pour les deux périodes des Atlas, leurs auteurs en concluent que son aire est stable et que sa population serait peut-être en augmentation. 

Tant mieux! On aura peut-être loccasion de lobserver au printemps ou à lautomne prochain!

Cet article est paru dans la version imprimée du Journal des voisins, le Mag papier de février 2023, à la page 27.



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