Photo: Jules Couturier, jdv

Le mois dernier, la rue Amherst est devenue la rue Atateken pour faire honneur aux Mohawks que le général Amherst voulait plutôt anéantir. À Ahuntsic-Cartierville, l’avenue Durham fait aussi l’objet d’une controverse en raison des positions dudit Lord Durham. Y-a-t-il matière à revoir le nom de cette rue également?

Selon la Commission de la toponymie du Québec, l’avenue Durham fait référence à John George Lambton, lord Durham (1792-1840), douzième gouverneur anglais du Canada (1838).

Lord Durham est connu notamment pour le rapport qu’il a présenté au Parlement britannique dans lequel il suggère l’assimilation des Canadiens-français.

Durham les qualifiait de « peuple sans littérature et sans histoire » que les Anglais pourraient assujettir facilement.

Pour cette raison, des résidents du quartier ont appelé à un changement de dénomination. Une demande en ce sens a été adressée à l’arrondissement en 2013 par un citoyen, Éloi Mayano-Vinet, qui attend toujours une suite favorable.

Sondage maison

Les résultats de notre sondage maison

Journaldesvoisins.com a récemment effectué un sondage auprès des résidants de l’avenue Durham pour leur demander leur avis sur un éventuel changement du nom de leur rue en raison de cette controverse.

Les résultats révèlent que 44 % des répondants sont en faveur à l’idée de changer le nom de la rue, 32 % sont en défaveur et 25 % sont indifférents.

Controverse invalide

L’ancien membre citoyen du Comité consultatif local en patrimoine et toponymie Jacques Lebleu croit que les gens offusqués par le nom de la rue Durham se trompent de cible. Il est en effet plausible que le nom de cette voie urbaine lui ait été attribué par les héritiers de Stanley Clark-Bagg en référence à la ville anglaise de Durham et non pas en référence au Lord Durham. La controverse ne serait ainsi, selon lui, pas valide.

L’avenue Durham a été cédée à la ville de Montréal sous ce nom par la Stanley Bagg Corporation.

La ville de Durham en Angleterre

Stanley Bagg était le fils d’un fermier américain désargenté qui a refait sa vie avec succès à Montréal. Le mariage de son fil avec Mary-Ann Clark, la fille de l’un de ses associés, permit à ces immigrés d’intégrer pleinement la bourgeoisie britannique à une époque où il était mal vu d’être américain à Montréal.

La famille Clark avait des terres à Durham en Angleterre. Le père de la mariée, John Clark, offrit aux nouveaux mariés une résidence nommée Durham House en l’honneur du lieu d’où provenaient les Clark.

Le dictionnaire historique du Plateau Mont-Royal nous apprend que le fils unique du couple, Stanley Clark Bagg (1820-1873), « héritera de la fortune de son grand-père, constituée de grandes terres sur l’Île de Montréal et dans le comté de Durham, en Angleterre. Après la vente des propriétés anglaises, S.C. Bagg investit encore à Montréal, devenant l’un des plus grands propriétaires montréalais du milieu du XIXe siècle ».

C’est lui qui commencera à subdiviser les terres de la famille en offrant aux diverses municipalités qui apparaissent graduellement, de la rue Sherbrooke jusqu’à la rivière des Prairies, des terrains pour tracer des rues. Ses héritiers veilleront à ce qu’elles soient nommées de manière à rappeler leur famille.

M. Lebleu avance la théorie que lorsque la Stanley Bagg Corporation céda l’avenue Durham à Montréal sous ce nom, c’est en hommage au village de Durham, important dans l’histoire de cette famille, plutôt qu’en référence au Lord Durham qui ne fit qu’une brève visite au Québec en 1838, soit 20 ans après le mariage entre Stanley Bagg et Mary-Ann Clark.

L’importance de l’histoire

Photo: Jules Couturier, jdv

Pour M. Lebleu, « il est imprudent, sans disposer d’un acte légal ou du texte d’une résolution du conseil de la Ville de Montréal, d’affirmer à l’exclusion de toute autre hypothèse que cette rue soit dédiée à Lord Durham. Il y a aussi un risque de passer à côté d’un pan important de l’histoire de notre arrondissement ».

Jacques Lebleu est évidemment opposé à l’idée de changer le nom de l’avenue Durham.

« Si on change un nom de rue parce qu’il ne répond pas à notre vision de l’histoire sans s’informer sur le fond de l’histoire, c’est une erreur qui n’est pas acceptable », croit-il.

En réponse à cette théorie qui va à l’encontre de ce que l’on peut lire sur le site de la Commission de la toponymie du Québec, Chantal Bouchard, conseillère en relations médias et porte-parole de la commission répond :

« Les informations fournies par M. Lebleu méritent d’être examinées de plus près et les historiens de la Commission de toponymie vont effectuer des recherches plus approfondies. »

Le dossier reste donc à suivre.

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