(Illustration: Pixabay, libre de droits)

Comme l’an dernier, l’explosion des cas de COVID-19 vient jouer les trouble-fête à deux semaines de Noël. Face à une hausse rapide des cas, et à un début de transmission communautaire du variant Omicron, les autorités de la santé montréalaise se montrent préoccupées.

La directrice régionale de la santé publique de Montréal, docteure Mylène Drouin, et la représentante du centre de commandement du réseau de la santé montréalais, Sonia Bélanger, ont fait état d’une situation très fragile dans la métropole.

La docteure Drouin a évoqué un désagréable « sentiment de déjà-vu » en constatant une hausse marquée de la transmission à Montréal à quelques jours du congé des fêtes.

Les indicateurs au rouge

« On ne souhaitait pas être ici deux semaines avant Noël », a soupiré la directrice de santé publique.

L’augmentation rapide des cas observée à Montréal depuis une semaine se reflète à Ahuntsic-Cartierville qui est l’arrondissement ayant a connu la plus forte hausse des cas dans les deux dernières semaines.

Dans la seule semaine du 7 au 13 décembre, l’arrondissement a enregistré un record de 258 nouveaux cas, une augmentation de près de 80 % par rapport à la semaine précédente.

Le taux d’incidence hebdomadaire dans Ahuntsic-Cartierville approche les 200 cas par 100 000 habitants et surpasse désormais le taux qui prévaut de l’ensemble de l’île de Montréal, qui est de 149,64 cas/100 000.

Plusieurs secteurs de voisinages affichent des taux jusqu’à deux fois plus élevés que la moyenne montréalaise. C’est le cas pour Saint-Sulpice Ouest (24 cas, 247,68 cas/100 000), Ahuntsic (13 cas, 247,86 cas/100 000) et Ahuntsic-Nord-Ouest (46 cas, 321 cas/100 000).

En constante progression, le taux de positivité des 28 derniers jours atteint désormais 5,5 %, surpassant celui en vigueur pour la métropole.

Revoir les plans pour Noël

« Cette situation là nous bouscule, nous déstabilise et va nous demander beaucoup d’agilité. Il est possible qu’on doive collectivement revoir certains plans qu’on avait en tête et on sait que c’est décevant pour tous. Ce n’est certainement pas ce qu’on souhaitait », a convenu la docteur Drouin.

La directrice de santé publique enjoint donc les Montréalais et les Montréalaises à «réduire considérablement [leurs] contacts » d’ici la fin de l’année.

« Ça veut dire limiter probablement les petites fêtes de Noël de fin d’année », a-t-elle expliqué.

Mieux vaut « éviter les partys de fin d’année en présentiel », insiste-t-elle, plaidant pour le report des fêtes étudiantes et des partys de bureau.

« L’idée c’est vraiment de limiter au maximum les bulles avec qui vous allez être en contact », a réitéré la docteur Drouin.

Pressée de dire s’il est judicieux, dans le contexte actuel, de tenir des rassemblements privés de 20 personnes à la fin décembre, la directrice de santé publique de Montréal a fini par donner un avis sans équivoque.

« Non, ce n’est pas une bonne idée », a lâché la docteure Drouin.

Le premier ministre François Legault, qui avait avancé cette possibilité au début de mois, a fini par se ranger à cet avis.

Reconnaissant être face à une « situation critique », le premier ministre est revenu sur la décision d’autoriser des rassemblements élargis à compter du 23 décembre. La limite de 10 personnes sera donc maintenue pour les rassemblements privés et des réductions de capacité entreront en vigueur lundi dans plusieurs lieux et commerces, et d’autres changements pourraient être apportés d’ici cette date.

La hausse de cas des dernières semaines commence à se répercuter sur les hospitalisations qui sont en « légère augmentation », a noté Sonia Bélanger en précisant du même souffle que le réseau « se prépare, malheureusement, à une hausse importante d’hospitalisations ».

« Le réseau de la santé va être mis sous tension et tenu en haleine à la veille des fêtes », s’est inquiété la porte-parole du réseau de la santé montréalais.

Plusieurs salles d’urgence débordent déjà, avec des taux d’occupation pouvant aller jusqu’à 150 %. C’était notamment le cas à Sacré-Cœur dont l’urgence affichait 150 % d’occupation vendredi matin.

Cette pression sur le réseau, habituelle à cette période de l’année, vient s’ajouter à celle qu’exerce en continu la pandémie depuis bientôt 2 ans.

« La hausse importante des cas nous préoccupe énormément dans le réseau de la santé, surtout qu’il y a de nombreuses inconnues qui entourent le variant Omicron », note Sonia Bélanger.

Omicron gagne du terrain

Si la santé publique maintient vouloir retarder et ralentir la progression du variant Omicron aussi longtemps que possible, ce nouveau variant gagne du terrain de jour en jour et est déjà entré en phase de transmission communautaire active.

Au moins la moitié de la centaine de cas identifiés en milieu de semaine dans la métropole étaient des cas acquis par contact. Le variant serait par ailleurs en cause dans pas moins d’une demi-douzaine d’éclosions, a confirmé la directrice de santé publique.

« C’est possible qu’on abandonne l’approche suppressive assez rapidement », a reconnu la docteure Drouin.

La variant Omicron ayant un taux de reproduction jusqu’à trois fois plus élevé que le variant Delta, il deviendra donc très rapidement la souche dominante du virus en circulation. D’autant plus qu’il semble contourner en partie la protection immunitaire conférée par une double dose de vaccins.

Plus de 90 % des personnes infectées à Montréal avec ce variant étaient adéquatement vaccinées, a fait savoir la santé publique. De plus, les cas de variant Omicron détectés étaient à 80 % asymptomatiques.

Ceci pourrait rendre difficile le traçage des cas et compliquer la gestion des éclosions, comme on l’a vu récemment à la prison de Bordeaux.

Delta encore en cause dans la plupart des éclosions

L’éclosion dans l’établissement de détention de Montréal serait encore liée au variant Delta, comme la plupart des éclosions actives à Montréal.

Dans Ahuntsic-Cartierville, plusieurs éclosions en milieu scolaire sont toujours en cours depuis la semaine dernière.

En date du 15 décembre, près des trois quarts des écoles publiques et privées de l’arrondissement comptaient au moins un cas actif. Mardi et mercredi uniquement, près d’une vingtaine des nouveaux cas ont été rapportés dans les écoles d’Ahuntsic-Cartierville, selon notre compilation maison des données de la collecte nationale du ministère de l’Éducation.

Le Centre de services scolaire de Montréal faisait état de 54 élèves et 11 membres du personnel infectés dans les écoles du quartier en date du 15 décembre, un nombre record comparable à celui rapporté le 16 décembre 2020.

Une demi-douzaine de classes étaient fermées, dont quatre à l’école Gilles-Vigneault.

C’est toujours chez les jeunes d’âge préscolaire et primaire que le taux d’incidence est le plus élevé à Montréal, mais plusieurs écoles secondaires sont également touchées.

Parmi le train de mesures annoncées jeudi, le gouvernement du Québec a d’ailleurs prévu revenir au port obligatoire du masque pour tous les niveaux scolaires en janvier et repousser d’une semaine le retour des élèves du secondaire en présence.

Vaccination : encore loin de la cible

Bien que la campagne ait connu un bon départ, le taux de vaccination dans le groupe d’âge des 5 à 11 ans demeure très loin de la cible de 80 % fixée par les autorités de la santé montréalaises au début du mois.

Dans Ahuntsic-Cartierville, c’est à peine un tiers des enfants admissibles qui avaient obtenu leur première dose en date du 13 décembre. À 32,7 % de couverture vaccinale à une dose dans ce groupe d’âge, l’arrondissement accuse un retard de l’ordre de 5 % par rapport à l’ensemble de Montréal.

Des disparités importantes dans la couverture par secteur de voisinage laissent d’ailleurs penser que le taux de couverture chez les moins de 12 ans pourrait être encore beaucoup plus faible dans certains quartiers.

Chez les 12 à 17 ans, le JDV a constaté un écart de près de 12 % dans ce groupe d’âge entre le secteur le plus vacciné (Ahuntsic-Centre-Nord, à 79 %) et le secteur le moins vacciné (Cartierville, à 62,7 %).

Dans l’ensemble de l’arrondissement, la couverture vaccinale semble plafonner chez les 12-17 juste sous la barre des 72 %. Moins d’une quarantaine d’adolescents ont reçu une première ou une deuxième dose de vaccin dans la dernière semaine, selon les données publiées par la DRSP.

« On a encore des écoles à visiter, mais il reste quand même peu de jours avant la fin de la session scolaire, donc on vous invite proactivement à aller faire vacciner vos enfants », plaide la docteure Drouin.

La vaccination est offerte sans rendez-vous dans les cliniques de vaccination mobile, dont l’une qui est prévue le 22 décembre au Centre communautaire Laurentien dans Cartierville. Des plages de rendez-vous sont disponibles pour les enfants dans plusieurs CLSC et centres de vaccination, ainsi que dans certaines pharmacies pour les adultes.

Étant donné que les données actuelles semblent indiquer qu’une troisième dose de vaccin protège efficacement contre le variant Omicron, les autorités encouragent les personnes admissibles à se faire vacciner dès que possible.

Pour accélérer la cadence, le gouvernement entend d’ailleurs réduire l’écart entre la deuxième et la troisième dose en faisant passer l’intervalle de six à trois mois.

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