(Crédit: Public Domain Pictures)

Le 25 mai dernier, le premier ministre Justin Trudeau annonçait son intention d’octroyer dix jours payés de congé de maladie par année à tous les employés canadiens. La pandémie de COVID-19 a démontré que, dans plusieurs secteurs, bien des travailleurs sont contraints de se rendre au boulot même s’ils sont malades. 

Cependant, la solution proposée par le chef du gouvernement fédéral est trop audacieuse pour beaucoup de propriétaires de petites et moyennes entreprises. Ces dernières fonctionnent déjà avec un nombre limité d’employés, et deux semaines par travailleur représente une différence importante sur une année complète. 

« La plupart des gens prennent tous les jours de congé disponibles », explique l’avocate Lina Aristeo, du cabinet Plūme inc. qui a pignon sur la rue Chabanel. « En grosse majorité, les journées vont être prises avant la fin de l’année, […] et deux semaines, c’est 4 % de l’année; c’est énorme! »

Au Québec, deux jours de congé de maladie ont été donnés aux travailleurs par la modification de la Loi sur les normes du travail, en 2018. Actuellement, un salarié québécois a droit à dix jours de maladie par an, mais ceux-ci ne sont pas rémunérés. 

Des commerçants inquiets

L’arrondissement Ahuntsic-Cartierville regorge de petites et moyennes entreprises. Or, celles-ci comptent sur un nombre limité d’employés. Imposer dix jours de congé payés par année mettrait une grande pression sur de petits commerces. 

« En ces temps plus que difficiles, si on doit payer 10 jours de congé maladie à tous les employés [16 au total], et payer en plus les heures de ceux qui vont les remplacer, ce sera catastrophique », déplore Nancy Collin, propriétaire du restaurant L’Estaminet, sur la Promenade Fleury. 

Bien des employeurs travaillent déjà beaucoup d’heures durant une semaine et, si l’idée de M. Trudeau fait son chemin, il serait fort probable que les petites et moyennes entreprises de partout au Canada doivent embaucher davantage de travailleurs. Cette situation plairait probablement au gouvernement fédéral, le taux de chômage du pays ayant atteint 13,7 % en mai. 

Qui va payer?

Les entreprises sont inquiètes par rapport à cette idée, car malgré les subventions offertes par le gouvernement Trudeau, les coûts associés à deux semaines de congés payés sont très importants. 

« Quand on est dans une industrie qui compétitionne avec la Chine et d’autres pays où les salaires sont bas, tout ce qui affecte la productivité a une grande importance », explique Lina Aristeo. 

Même du côté des syndicats, la réponse à l’idée a été mitigée. La FCEI a réitéré l’importance de débattre d’un tel projet lorsque la crise de la COVID-19 sera calmée, alors que le SCFP a déclaré qu’il « applaudissait » l’initiative du gouvernement. 

Toutefois, malgré l’annonce du premier ministre il y a quelques semaines, rien n’a été clarifié depuis. Les divers paliers gouvernementaux sont d’ailleurs toujours en discussion à ce sujet.

Le 5 juin, le premier ministre Trudeau a cependant déclaré durant son point de presse du jour qu’une somme de 14 milliards de dollars du fédéral serait divisée entre les provinces pour pallier diverses situations et il a notamment fait allusion aux journées payées de congés de maladie. Depuis, toutefois, pas d’autres précisions n’ont été apportées. Il s’agit donc d’un dossier à suivre. 

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