
Plusieurs scientifiques, Darwin au premier chef, expliquent que l’humanité, comme espèce, a survécu grâce à sa phénoménale capacité d’adaptation.
Dans ce numéro, nous vous avons présenté un dossier qui affecte tous les habitants d’Ahuntsic-Cartierville: le réaménagement du boulevard Henri-Bourassa. Quel est le lien avec le paragraphe précédent? Ce méga chantier est l’exemple parfait d’une transformation environnementale qui teste la faculté d’adaptation humaine.Â
Depuis qu’elles sont apparues, au Néolithique (ou l’Âge de pierre), il y a plus de 11 000 ans, les villes se distinguent par leur constante transformation. À l’ère moderne, elles sont radicales, car nourries par la révolution industrielle et l’apparition de l’électricité, de l’automobile, du métro, du vélo et d’Internet. Cette dernière révolution a permis l’éclosion des services comme le vélopartage (BIXI) et l’autopartage (Communauto).
Ces changements façonnent les villes. La production d’acier sur une base industrielle a entraîné l’érection d’immeubles en hauteur. L’automobile a créé la banlieue et, surtout, façonné Ahuntsic-Cartierville comme on le connaît aujourd’hui.
Mais cette évolution n’a pas que du bon. Si la révolution industrielle a permis à l’humanité de faire des bonds de géant, avec la médecine moderne, la création de richesse à grande échelle, la démocratisation du savoir et le confort nord-américain, elle a aussi engendré les changements climatiques, les extinctions de masse des espèces et la disparition d’habitats naturels essentiels à notre survie.
Malgré ces crises, l’humanité va s’adapter… Contrairement aux prophètes de malheur, notre avenir n’est pas bouché. Par contre, à court terme, nous sommes pétris de contradictions.
Une des plus importantes est notre dépendance à l’automobile privée. Plus que jamais, elle occupe nos débats de société. Parce que les décideurs doivent composer avec une réalité toute simple: l’auto prend trop de place dans nos vies et, surtout, dans le paysage. Il faut donc faire de la place dans nos villes à d’autres moyens de transport.Â
Il faut tasser l’auto
C’est exactement ce qu’on souhaite pour le boulevard Henri-Bourassa, en allouant de l’espace aux transports collectifs et actifs.
De tels changements bouleversent des habitudes. Par exemple, dans les arrondissements voisins, notamment dans Saint-Michel ou Parc-Extension, on assiste à des implantations de pistes cyclables qui font en sorte que des citoyens réagissent parfois avec hargne aux décisions des élus de Projet Montréal. Avec le projet de transformation de Henri-Bourassa, des commerçants craignent la perte de clientèle.
Mais, ailleurs à Montréal ou dans d’autres villes, des expériences similaires prouvent le contraire: l’implantation de pistes cyclables ou de voies réservées aux autobus mousse plutôt l’achalandage. On substitue des automobilistes banlieusards pressés par des citoyens qui ont le temps de voir les commerces sur leur chemin. Et, qui, souvent, habitent à proximité.Â
Les commerçants doivent donc se réinventer pour séduire des clients qui ne viennent plus en auto, troquer les banlieusards pour les résidents des alentours. Ce n’est pas simple. D’autres accusent les pistes cyclables de tous leurs malheurs, alors que les vrais coupables sont de faramineuses hausses de loyer ou d’ex-clients qui comblent désormais leurs besoins dans les nouveaux commerces banlieusards.
Par contre, certaines clientèles, comme les personnes âgées, malades, les touristes et les visiteurs, se déplacent presque exclusivement en voiture. Et, souvent, les supermarchés sont trop loin pour magasiner à pied ou à vélo.
Dans ce contexte, les décideurs font, eux aussi, souvent preuve de contradictions: on diminue la fréquence des bus sur certaines lignes achalandées. On n’augmente pas l’offre en autopartage.
Diminuer le nombre de voies ou les espaces de stationnement sur Henri-Bourassa n’est toutefois pas la fin du monde. Partout où on implante ce genre de mesures, les gens changent leurs habitudes de transport. Les études scientifiques le confirment.
Toutefois, malgré la beauté du principe du cocktail de moyens de transport pour réduire la place de l’automobile dans la société, il est irréaliste d’imaginer, en 2023, une ville sans autos. En 2123, peut-être…
On l’a écrit souvent dans ce journal: Ahuntsic-Cartierville est le royaume du char. Il faut que ça change. On a besoin de chantiers comme celui du boulevard Henri-Bourassa. Mais il faut aussi se soucier de nos commerçants, de leurs clients, de nos aînés, de toutes les personnes qui dépendent de l’automobile. Et, surtout, leur offrir des transports fiables, sécuritaires, accessibles, confortables et, surtout, attrayants.
Autres articles du Dossier Transformation du boulevard Henri-Bourassa parus dans la version imprimée du Journal des voisins, le Mag papier d’octobre-novembre 2023:Â
• Le boulevard Henri-Bourassa sera transfiguré
• Au cœur d’un réaménagement qui change presque tout
• Le temps permet d’accepter les changements
• Le retrait du stationnement suscite la grogne des commerçants
• Mobilité, changer la perception du déplacement en ville
• De nombreuses intersections dangereuses pour piétons et cyclistes










