Une future voie pour autobus sur le boulevard Henri-Bourassa, près du boulevard Marcel-Laurin. (Photo: François Robert-Durand, archives JDV)

Le boulevard Henri-Bourassa changera graduellement avec le réaménagement en cours. Il deviendra un «Corridor de mobilité durable», selon le langage propre à la Ville de Montréal. On ne veut plus qu’il demeure cette autoroute au milieu des quartiers résidentiels.

Ce texte a été publié dans la version imprimée du Journal des voisins, le Mag papier d’octobre-novembre 2023, à la page 5. Il fait partie de notre dossier sur le boulevard Henri-Bourassa.

En 2024, entre l’avenue Marcelin-Wilson et la rue Lajeunesse, les automobiles circuleront sur deux voies par direction. Les cyclistes gagneront deux pistes sécurisées implantées de part et d’autre du boulevard, qui permettront de circuler dans le même sens que les autres véhicules. Ces pistes seront connectées au Réseau express vélo (REV). Des zones tampons seront implantées entre les vélos et les autobus. Ces derniers auront des voies réservées.

Les usagers du transport en commun bénéficieront d’un nouveau Service rapide par bus (SRB) et la Société de transport de Montréal (STM) intégrera des lignes est-ouest à ce parcours. Ce service s’apparente à celui qui vient d’être implanté sur le boulevard Pie-IX.

Toutefois, cela ne se fera qu’en sacrifiant le stationnement sur ce tronçon du boulevard Henri-Bourassa, long de 2,5 km. Sinon, il n’y aura pas de place pour tout le monde.

Cette même configuration devrait être appliquée d’ici trois ans, si le projet avance comme prévu, sur les 18 km du parcours final, entre la jonction avec l’autoroute 40 à l’ouest et le boulevard Lacordaire à l’est.

Dessin terminé

Le projet est ficelé. Si des changements sont apportés à cette configuration, ce sera une question de détails.

«On a des rencontres avec des institutions sur le tronçon, que ce soit les RPA [Résidences privées pour aînés], les institutions d’enseignement ou les commerces. Nous sommes capables de faire plusieurs ajustements. On l’a fait par exemple sur la rue Saint-Antoine. Est-ce que ce sera nécessaire de revoir l’emplacement de certains arrêts d’autobus ou de mettre en place des débarcadères? Donc, tout cela fait en sorte qu’il y a un raffinement de la configuration», indique Sophie Mauzerolle, responsable de la mobilité au comité exécutif de la Ville de Montréal. 

Sophie Mauzerolle, responsable du transport et de la mobilité au comité exécutif, lors du dévoilement du plan vélo 2022. (Photo: Philippe Rachiele, archives JDV)

Cependant, la décision de diminuer la place de l’automobile est au cœur du projet. Non parce que l’administration fait la guerre à la voiture, assure-t-on, mais parce qu’on ne peut pas faire le projet ailleurs pour rallier l’est à l’ouest de Montréal. 

«C’est un des axes est-ouest les plus importants de l’île [il traverse quatre arrondissements], sur lequel il y a déjà un achalandage énorme. Le besoin en transport en commun est déjà là», relève Mme Mauzerolle.

Le boulevard charrierait 50 000 voyageurs par jour. Une demande en transport en commun est difficile à obtenir sans réaliser des changements en profondeur.

«Le projet ne peut pas changer dans le sens où les besoins sont là. C’est impératif d’avoir une voie réservée pour améliorer le transport en commun, et il nous faut une voie pour les cyclistes parce qu’il n’y a pas d’autres rues qui peuvent accueillir un REV», énumère Emilie Thuillier, mairesse d’Ahuntsic-Cartierville.

De plus, avec la nouvelle configuration, la Ville veut aussi sécuriser les déplacements des piétons et des cyclistes. 

Acceptabilité sociale

Le projet n’est pas nouveau, mais il s’est retrouvé au centre de l’actualité alors que la date de lancement des travaux approche.

En même temps, un changement aussi important ne vient pas sans bousculer des habitudes ni susciter une certaine résistance.

«À la période de questions du public lors du conseil municipal de septembre, des citoyens sont venus déposer une pétition de 500 noms», relève Mme Mauzerolle.

«C’est très rare qu’on entende des gens parler pour le transport collectif. Mais nous, les élus, nous savons que c’est un besoin. Donc nous nous faisons les porte-parole de ces gens qui ont besoin du transport en commun», note Mme Thuillier.

Selon elle, l’acceptabilité sociale pour un meilleur transport collectif est présente. Cela vaut aussi pour des liens cyclables sûrs.

«On nous dit “pourquoi un REV?” Beaucoup de gens qui travaillent à l’Hôpital du Sacré-Cœur,  membres d’un comité de mobilité, m’ont dit qu’ils ont hâte de pouvoir venir à vélo à l’hôpital», affirme Mme Thuillier. 

Plusieurs employé-e-s de l’Hôpital du Sacré-Cœur souhaiteraient venir travailler à vélo. (Photo: Loubna Chlaikhy, JDV)

Il reste qu’avec des voies réservées aux autobus ou des pistes cyclables, Henri-Bourassa sera toujours accessible aux autres véhicules. Alors qu’aujourd’hui c’est un des axes les plus encombrés aux heures de pointe; espérer voir la pression réduite avec moins d’espace pour les autos suppose pour le moins un pari: celui du transfert modal.

Refonte du service d’autobus

«On veut offrir du transport en commun qui soit fiable, prévisible, rigoureux, fréquent. On travaille sur cela avec nos collègues de la STM», promet Mme Mauzerolle. Si le transport en commun fonctionne, cela encouragera les citoyens à abandonner leurs voitures pour se déplacer sur le SRB.

«On va avoir une refonte des bus, notamment avec l’arrivée du REM de l’Ouest. En fait, il y a eu à Verdun la refonte du bus parce que le REM est déjà implanté. Donc, il faut travailler avec la STM pour faire en sorte que l’offre suive [les changements de configuration]», observe Mme Thuillier.

«On dédie un espace à l’autobus, ce qui lui assure de ne pas être coincé dans le trafic sans arriver en retard. Donc cela favorise un service fiable, prévisible et qui a une fréquence suffisante pour permettre aux citoyens de faire le choix du transport en commun», croit Mme Mauzerolle.

Autres articles du Dossier Transformation du boulevard Henri-Bourassa parus dans la version imprimée du Journal des voisins, le Mag papier d’octobre-novembre 2023: 

Le boulevard Henri-Bourassa sera transfiguré

Le retrait du stationnement suscite la grogne des commerçants

• Le temps permet d’accepter les changements

Mobilité, changer la perception du déplacement en ville

De nombreuses intersections dangereuses pour piétons et cyclistes

Éditorial: s’adapter ou disparaître

 

 



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Pierre Lachapelle
Pierre Lachapelle
8 Mois

Le projet SRB et REV sur Henri-Bourassa exige beaucoup plus de transparence que des communiqués de presse et le recours à des réunions publiques mais en très petit comité, sur invitation seulement. Plusieurs participants à ces réunions ont bien rapporté l’absence complète de dévoilement de l’ensemble du dossier. Malgré la tempête qui fait rage à l’Office de consultation publique de Montréal présentement, c’est le genre de dossier qui doit être confié à l’OCPM. Comme d’autres personnes, je veux savoir maintenant pas dans 12 mois, comment les mouvements des bus au terminus de bus Henri-Bourassaun pourront demeurer avec fluidité si ils doivent partager le cycle des feux de circulation avec un REV sur Henri-Bourassa ? Intersection Millen et Henri-Bourassa, qui aura priorité aux feux de circulation: un bus qui transporte 65 passagers ou 15 cyclistes ? Quel secret d’État l’administration de Mme Plante a t elle à cacher dans ce dossier, qui ne puisse être dévoilé et questionné par les contribuables ? Mme Mauzerolle dit que le dossier est ficelé. Très étrange manière de faire de la politique municipale en 2023.

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