Le Garrot à œil d’or nageant dans la rivière des Prairies; photo prise depuis l’île de la Visitation. (Photo : Jean Poitras)

Cet automne, notre chroniqueur ornithologue vous présente le Garrot à œil d’or (Common Goldeneye – Bucephala clangula).

Ce n’est pas le seul canard qui possède des yeux jaunes; certains fuligules en ont aussi, mais c’est celui dont le jaune de la coloration oculaire est le plus apparent. D’où son nom.

Le Garrot à œil d’or fait partie du groupe des canards plongeurs; il disparaît complètement sous l’eau lorsqu’il s’alimente.

Description

Ce canard trapu nage le plus souvent avec la tête enfoncée dans les épaules, de telle sorte que son cou est peu apparent. Il mesure environ 45 cm, ce qui est plus petit qu’un canard colvert, mais plus grand que les sarcelles.

Le mâle en plumage nuptial est éclatant; une grosse tête foncée dont l’iridescence donne des reflets parfois vert foncé, parfois violacés. Il présente un dos noir d’où se découpent les larges bandes blanches des plumes de ses ailes, un cou, une poitrine et un ventre d’un blanc immaculé. Sans oublier la large tache circulaire blanche sur les joues.

La femelle possède une coloration brun marron sur la tête, sans tache blanche sur la joue, un dos gris-brun marbré et une queue noire. Le miroir blanc des ailes est plus apparent chez la femelle que chez le mâle où il se retrouve noyé dans le plumage blanc des plumes secondaires.

À l’automne, les mâles juvéniles ont une coloration similaire à celle de la femelle et le jaune de l’œil est plus terne, ce qui m’a causé quelques problèmes d’identification lors de mon dernier séjour sur la Côte-Nord.

Comportement et habitat

Le Garrot à œil d’or mâle fait montre d’une parade nuptiale assez spectaculaire. Il penche la tête loin vers l’arrière et se soulève la poitrine. Puis il ramène brusquement sa tête vers l’avant et allonge le cou, le bec pointant vers le ciel en émettant un bourdonnement qui sonne comme « Pup-Ziin ». En dehors de la période nuptiale, il demeure silencieux. En vol, le battement de ses ailes émet un sifflement.

Une fois les couples formés, ils se mettent à la recherche de plans d’eau calmes et boisés. Le mâle a tendance à défendre farouchement son territoire et tente d’expulser tous les autres garrots de son fief.

Femelle et mâle immatures. On aperçoit le Garrot à œil d’or depuis le parc Nicolas-Viel. (Photo : Jean Poitras)

Nidification et alimentation

Ce canard préfère nicher dans un tronc d’arbre creux, à proximité de l’eau; bien que parfois il s’en éloigne de quelques centaines de mètres. L’entrée de la cavité du nid mesure entre 5 et 20 cm de largeur. Si l’entrée est étroite, sa hauteur sera plus grande pour permettre à l’oiseau de s’y insérer. La profondeur de la cavité est d’une quarantaine de centimètres. Il s’accommode aussi de nichoirs et c’est une pratique courante d’en installer en Scandinavie. À défaut d’arbres creux, le Garrot à œil d’or peut aussi nicher dans des structures bâties par l’homme, ou même dans un enchevêtrement de branches et de racines.

Les femelles pondent de 8 à 15 œufs à raison d’un par jour. Elles accumulent du duvet par-dessus les œufs pour les garder au chaud pendant qu’elles vont s’alimenter. Une fois la couvaison bien entamée, les mâles quittent leur territoire et se regroupent sur des sites, généralement plus au nord, pour entamer leur mue estivale.

L’incubation commence dès le dernier œuf pondu et dure une trentaine de jours. Les petits éclosent donc tous à peu près en même temps et quittent le nid en se lançant par terre. Ils suivent la femelle jusqu’à l’aire d’alimentation sur le plan d’eau voisin. Il n’est pas rare que les canetons de plusieurs nichées se regroupent en crèches sous la supervision de quelques femelles. Les jeunes resteront dépendants des femelles pendant une vingtaine de jours. Ils sont prêts à s’envoler vers l’âge de 60 jours, c’est donc dire qu’une fois le nid quitté, leur développement est rapide.

Le menu des Garrots à œil d’or se compose surtout de petits crustacés, d’insectes et d’autres invertébrés aquatiques qu’ils vont pêcher en plongeant complètement sous la surface de l’eau.

Territoire et migration

Le Garrot à œil d’or niche dans tout le territoire forestier du Canada, de la limite septentrionale des arbres, jusqu’à la bordure nord des États-Unis. Il est absent de la toundra et des grandes plaines de l’ouest, qui ne sont pas des endroits où l’on retrouve des arbres matures propices aux goûts de ces canards.

Au Québec, il est donc absent de l’Ungava, mais aussi des zones du sud de la province qui ont été défrichées pour l’agriculture et l’urbanisation.

En hiver, il se retire aux États-Unis, là où les eaux demeurent libres de glace, surtout sur les côtes. Par contre, plusieurs centaines d’individus demeurent dans la vallée du Saint-Laurent et aux alentours des Grands Lacs.

En migration, il se déplace en petits groupes et on peut parfois aussi en retrouver de plus grandes bandes dans l’estuaire du Saint-Laurent. C’est un migrateur hâtif, tant au printemps où il arrive à la mi-mars, qu’à l’automne, où il commence ses déplacements dès la mi-août.

Dans notre arrondissement, on l’a aperçu régulièrement sur la rivière des Prairies, à l’île de la Visitation, d’où la première photo qui accompagne cet article, prise en avril 2016, au parc Nicolas-Viel. On le voit notamment au parc des Bateliers et au parc Beauséjour.

L’hiver, quelques individus fréquentent les eaux libres de glace des environs de Montréal, comme au parc des Rapides-de-Lachine, et aux rapides du Grand-Moulin, à Laval-des-Rapides.

Tendances et espèce similaire

Selon la deuxième édition de l’Atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional, l’aire de répartition du Garrot à œil d’or serait stable et sa population serait possiblement en léger déclin, bien que son statut soit de préoccupation mineure, selon l’Union internationale de conservation de la nature (UICN).

Le Garrot d’Islande, beaucoup plus rare sur le territoire québécois, diffère du Garrot à œil d’or par sa tache blanche en forme de croissant de lune sur les joues, ainsi que par les marques sur les ailes qui alternent entre blanc et noir, un peu comme les touches d’un piano.

On ne retrouve ce garrot que sur la Côte-Nord, des deux côtés de la rivière Saguenay et en Charlevoix. Il pourrait aussi y en avoir en Gaspésie.

Cet article est publié dans la version imprimée du Journal des voisins (Mag papier) d’octobre 2022.



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