Quelque 200 personnes ont écouté attentivement jeudi dernier cinq des six candidats des partis politiques dans Ahuntsic-Cartierville en vue du scrutin fédéral du 21 octobre lors d’une assemblée publique portant uniquement sur le thème de l’environnement, qui vient en tête des priorités des citoyens, avec le besoin d’avoir plus d’argent dans leur portefeuille.

Dans l’auditorium du Cégep Ahuntsic, les candidats des principaux partis (sauf la conservatrice Kathy Laframboise) ont répondu aux questions des organisateurs locaux, le groupe-citoyens Mobilisation environnement Ahuntsic-Cartierville (MEAC), lues par le modérateur Jean-Pierre Finet, et ce pendant plus de deux heures, en tenant compte des questions de l’auditoire.

Malgré le cadre «rigide» imposé, la députée sortante, la ministre Mélanie Joly (Parti libéral du Canada-PLC), et le candidat du Bloc québécois (BQ), André Parizeau, se sont envoyé quelques flèches avec répliques bien senties.

En général, le «débat» a été fort cordial, et s’est déroulé dans un grand respect, les avertissements relatifs au maintien du décorum ayant été religieusement respectés  par les participants, tant sur scène que dans l’assistance.

Il va sans dire que chaque candidat avait des solutions pour «faire plus» pour l’environnement ; les points de ressemblances étaient nombreux. Pour les divergences, on peut dire que certains sont plus pressés que d’autres dans la lutte aux changements climatiques.

Les questions reçues par les candidats avant l’événement, portaient dans un premier temps sur des sujets nationaux (changements climatiques, eau, protection de la nature, pollution). Puis la deuxième tranche du débat abordait des sujets dits locaux; le thème de la pollution sonore provenant des avions s’est invité alors qu’il était question de surtaxe pour le carburant des avions pour les courts trajets.

Le MEAC a dressé un bilan «positif»  de l’événement tenu dans Ahuntsic.

« Nous sommes très contents, a indiqué Lucie Biron, membre du groupe écolo depuis ses débuts il y a quatre ans. Bien sûr, on ne contrôlait pas tout dans le cadre de l’événement ‘’Parlons-en’’ à travers le pays. Il y avait un cadre à respecter, ce n’était pas un débat contradictoire. On voulait rassurer un peu les candidats pas toujours habitués à discuter seulement d’environnement. On voulait un climat qui serve le public. Ce fut positif, convivial et on a apprécié de voir les candidats prolonger la durée de la période de questions, où c’est généralement plus corsé », a-t-elle indiqué au nom de l’organisme qui est politiquement «neutre».

Sujets locaux

L’un des sujets ayant retenu l’attention avait trait à l’ajout d’une taxe «importante» sur le kérosène sur les vols de courte distance (moins de 500 km) pour convaincre les passagers d’utiliser les transports collectifs terrestres.

« C’est une bonne idée », a mentionné Jean-Michel Lavarenne, du Parti Vert du Canada (PVC), mais, à l’autre spectre, le candidat du PPC ne veut pas d’une nouvelle taxe.

André Parizeau, du Bloc Québécois (BQ), aussi a rejeté l’idée, estimant que cela fera grimper les prix pour les vols sur le territoire québécois alors qu’ils sont déjà «assez élevés».

« Il faut investir en masse dans les transports par train et par autobus », a-t-il déclaré.

Le candidat bloquiste a dit à son auditoire qu’il faisait siennes les propositions du groupe Les Pollués de Montréal-Trudeau, dont celle ayant trait à l’imposition d’un moratoire pour les vols entre 23 heures et 7 heures le matin.

La candidate du NPD,  Zahia El-Masri, qui affirme «prendre le café avec les avions le matin» a aussi déploré les nuisances sonores émanant du ciel. Elle a plaidé pour que l’accent soit mis sur le transport terrestre.

« Il faut la gratuité dans les transports publics », a-t-elle promis au nom de son parti.

Enfin, Mélanie Joly a plutôt insisté sur le fait qu’il fallait travailler à la création d’un Observatoire sur le bruit, idée émanant de la mairesse de l’arrondissement, Émilie Thuillier, sans se mouiller concernant l’idée d’interdire des vols de nuit sauf pour les urgences.

Concernant l’obligation de forcer les compagnies de transport par rail à donner les informations en temps réel sur le contenu de chaque wagon circulant sur les voies ferrées, Mme Joly a dit qu’il y avait eu une «prise de conscience» depuis la tragédie de Lac Mégantic et s’en est remise à la Loi sur la sécurité ferroviaire qui devrait être améliorée.

Le candidat vert a affirmé pour sa part qu’il serait facile d’avoir les informations en temps réel, en déplorant qu’il y a de plus en plus de matières dangereuses qui sont transportées alors que la candidate néo démocrate lançait cet avertissement :

«Pas de Mégantic 2!».

André Parizeau a vivement déploré la vitesse à laquelle roulent les trains de marchandises dont plusieurs  contenant du pétrole.

Enfin, le candidat Ayas estimait qu’il valait mieux transporter le pétrole par les oléoducs plutôt que par train.

Joly/PLC

D’entrée de jeu, la députée sortante d’Ahuntsic-Cartierville, Mélanie Joly, a vanté le bilan environnemental du gouvernement Trudeau tout en martelant qu’il n’y avait pas eu «grand-chose de fait» sous les mandats du gouvernement Harper précédent.

« Nous reconnaissons qu’il y a urgence climatique, a plaidé Mme Joly. Ce fut un désastre quand Harper était au pouvoir. Nous avons mis un prix sur la pollution (la taxe sur le carbone que contestent plusieurs provinces), des mesures ont été prises pour interdire les plastiques à usage unique, et éviter le charbon. On prévoit pour un prochain mandat épauler les entreprises, comme baisser de 50% les impôts de celles qui ont des technologies propres.  On souhaite aussi que le pays soit carboneutre en 2050 », a-t-elle affirmé.

Mme Joly a aussi promis d’aider l’agriculture urbaine et de bonifier la loi touchant la protection de l’environnement et celle sur les produits antiparasitaires.

 

El-Masri/NPD

Du côté du Nouveau parti démocratique (NPD), la candidate Zahia El-Masri a fait siennes les propositions de son parti de présenter un méga-plan de 15 milliards $.

« Nous prévoyons entre autres tout faire pour assurer la gratuité dans les transports publics », a insisté la candidate. Mais aussi stopper tout développement des énergies fossiles et mieux collaborer avec les villes et provinces. (…) Aussi, il faut changer nos habitudes de consommation », a-t-elle résumé.

Souvent, Mme El-Masri faisait un lien avec les inégalités sociales qu’il faut combattre, dit-elle, pour aider dans la lutte à la pollution.

« Les gens ont droit à un environnement sain ».

Parizeau/BQ

Au Bloc québécois, André Parizeau a surtout insisté sur l’importance de réduire les hydrocarbures tout en déplorant le «manque de cohérence» dans la plateforme électorale des libéraux.

« Planter des arbres est une bonne chose, mais si en même temps on laisse un autre pipeline passer sur notre territoire pour faire transiter encore plus de pétrole en provenance des sables bitumineux, pour l’exporter, on manque totalement de cohérence», a-t-il insisté, pointant du doigt l’achat à gros prix de Trans-Montain par le gouvernement Trudeau. « Je suis seul ici qui est contre les pipelines », a-t-il lancé, plaidant aussi pour une certaine solidarité pro-environnemental. « Il faut avancer et mettre de côté les chicanes. Le Bloc est prêt à aider ».

PARTI VERT/LAVARENNE

Pour le Parti vert du Canada (PVC), Jean-Michel Lavarenne  a insisté sur l’importance de réduire la part des énergies émettrices de gaz à effet de serre.

« Il faut décarboniser l’économie et cesser d’investir dans le pétrole. Il faut miser sur des énergies propres (hydro-électricité, l’éolien et le solaire) » a-t-il rappelé, souhaitant rien de moins qu’une économie toute verte en 2030.

Il estime qu’on est loin du compte en regard de l’Accord de Paris (l’objectif est de poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5 °C).

« Le Parti vert vise une réduction de 60% des gaz à effets de serre par rapport à l’année 2005. Faut s’aligner sur les objectifs de base de l’ONU (…) et que les villes soient en première ligne dans la lutte aux changements climatiques », a-t-il affirmé.

Le candidat écolo, qui soutient dur comme fer que son parti est de gauche, a lancé un appel à la réconciliation avec les peuples autochtones avec qui, selon lui, on peut partager des responsabilités.

« Il faut en finir avec les moteurs à combustion », a-t-il lancé, tout en plaidant pour un renforcement des lois touchant l’environnement.

Raymond Ayas/PPC

Le candidat du Parti populaire du Canada (PPC) a rappelé le crédo de la formation de Maxime Bernier pour cesser de financer les entreprises, dont l’industrie pétrolière. Mais selon lui, c’est le Canada seulement et non l’ONU «qui doit faire ses propres politiques environnementales», plaidant que l’eau, l’air et le sol soient plus propres.

Alors que planent toujours des menaces de déversement de produits toxiques, le candidat du PPC a estimé qu’il devrait y avoir des dépôts de garanties exigés par le gouvernement.

 

Mini-débat

Même s’il n’y avait pas de débat comme tel, Mme Joly et M. Parizeau se sont affrontés à travers les réponses aux questions.

Mme Joly a dû défendre l’achat du projet d’oléoduc Trans Mountain dans l’ouest canadien, subissant les foudres des participants et de spectateurs, pendant la période de questions qui a suivi.

À un moment, la députée-ministre, en réplique au bloquiste, a rappelé les «travers» du chef du Bloc, Yves François Blanchet, quand il a servi comme ministre de l’Environnement sous le gouvernement de Pauline Marois.

« Avec l’acception de l’inversion du pipeline Enbridge (NDLR : la mise en marche de la canalisation 9B permet d’alimenter les raffineries de l’Ontario et du Québec,  Suncor, à Montréal, et Valero, à Lévis), le développement de McInnis (la cimenterie ultra-polluante en Gaspésie), et le développement pétrolier d’Anticosti (exploration terminée), votre chef a une crédibilité à reconstruire », a-t-elle soutenu.

M. Parizeau, tout comme d’autres, avait dénoncé l’incohérence selon lui du gouvernement sortant en achetant un pipeline.

À la fin, le candidat bloquiste n’a pas pu s’empêcher d’avoir le dernier mot en disant que Mélanie Joly et les libéraux avaient changé de cap dans le controversé dossier Netflix.

« C’est assez spécial, aux dires d’André Parizeau, ce changement de position des libéraux de vouloir taxer GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon) à trois semaines des élections alors qu’ils avaient toujours été contre», a-t-il indiqué.

Notons que le MEAC a pris en charge ici l’organisation de cette soirée après qu’un regroupement composé  d’organismes environnementaux à travers le pays dont  Équiterre eut lancé l’idée d’une soirée d’information et d’échange avec les citoyens en campagne électorale.

À travers le Canada, pas moins de 116 débats ont été organisés dont 25 au Québec et ce, au cours de la même soirée du 3 octobre.

 

 

 

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