Mélanie Joly, lors du lancement de sa campagne (Photo : jdv – Philippe Rachiele)

À la suite de la nomination de la députée d’Ahuntsic-Cartierville, Mélanie Joly, à titre de ministre des Affaires étrangères, le JDV s’est entretenu avec Hélène Emorine, chercheuse principale au G7 Research Group de la Munk School of Global Affairs de l’Université de Toronto qui dresse un portrait des nombreux défis que devra relever Mélanie Joly dans ses nouvelles fonctions.

Voici une transcription de notre entrevue, réalisée peu de temps avant que le premier ministre Justin Trudeau ne s’envole pour l’Europe, où il devait assister à un sommet du G20, puis à la conférence sur les changements climatiques (COP 26) qui se déroule à Glasgowm en Écosse.

Le JDV est en attente d’une réponse à une demande d’entrevue avec Mélanie Joly.

JDV : Quels sont les premiers enjeux auxquels sera confrontée la nouvelle ministre des Affaires étrangères ?

Hélène Emorine (H.E.) : Il y a beaucoup de défis, comme vous le savez. Ça démontre un peu une importance des Affaires étrangères en ce moment.

L’enjeu qui est vraiment le plus important pour n’importe quel ministre des Affaires étrangères, c’est la relation bilatérale avec les États-Unis.

Avec la présidence de Joe Biden, on a une relation moins conflictuelle qu’avec Donald Trump. Il y a plus d’alignement entre la stratégie de Joe Biden et la stratégie de monsieur Trudeau, mais il existe tout de même des différends importants, dont notamment la politique du Buy American de monsieur Biden qui est une politique d’approvisionnement auprès des entreprises américaines. Ça, ça peut avoir de grandes conséquences pour les entreprises canadiennes.

Avec monsieur Biden, il y a plus d’alignement entre le Canada et les États-Unis, mais comme on l’a vu avec le retrait assez précipité des États-Unis de l’Afghanistan, sans vraiment donner assez d’avertissement à ses alliés comme le Canada, il y a un peu une différence entre les mots et les actions.

Finalement, je dirais le dernier différend assez important entre les États-Unis et le Canada en ce moment c’est la ligne 5 : le pipeline qui transporte le pétrole de l’Ouest canadien à l’est canadien et qui passe par le Michigan. La gouverneure du Michigan cherche à stopper ce pipeline, donc en ce moment le Canada et Washington négocient à ce sujet.

JDV : Est-ce que d’autres ministères peuvent être concernés par ces enjeux de diplomatie commerciale et énergétique les États-Unis ?

H.E. : Oui, et on sait que madame [Chrystia] Freeland [NDRL : vice-première ministre du Canada] a pu rencontrer Janet Yellen, la secrétaire du Trésor aux États-Unis il y a quelques semaines. Madame Freeland a dit qu’elle a évoqué ces enjeux avec elle. Donc, on peut s’attendre à ce qui est pas mal de coopération entre madame Freeland et madame Joly sur ces dossiers-là.

JDV : Vous avez évoqué le dossier de l’Afghanistan. Il y a beaucoup d’instabilité dans le grand Moyen-Orient. Quel impact est-ce que cela peut avoir sur la politique étrangère du Canada ? Quel rôle le Canada peut-il jouer dans la médiation des situations tendues dans cette région du monde ?

H.E. : Je pense que ça montre vraiment un des grands enjeux du 21e siècle, c’est-à-dire la montée en puissance des régimes autocratiques. Durant la guerre froide, il y avait les deux superpuissances. Ça structurait un peu le régime international, et là on est dans un monde vraiment multipolaire, où il n’y a plus cette structure-là et on voit monsieur Biden qui essaie d’amener un peu plus de stabilité sur la scène internationale.

On sait, par exemple, qu’il veut organiser un sommet sur la démocratie, convoquant les alliés américains, tels que le Canada, pour essayer de faire un peu front commun face à ces régimes autocratiques, comme on peut voir par exemple en Turquie.

Je pense que c’est vraiment l’enjeu du 21e siècle, et c’est difficile de voir quel rôle le Canada peut avoir parce que nous sommes tout de même une puissance intermédiaire. Nous pouvons influencer l’agenda international, nous pouvons apporter notre voix, mais nous ne pouvons pas vraiment le transformer en tant que Canadiens.

Donc, je pense que la meilleure stratégie pour le Canada, c’est de travailler avec les États-Unis au sein de groupes multilatéraux tels que le G20, le G7 et peut-être à ce sommet sur la démocratie.

JDV : Les relations avec la Chine sont aussi loin d’être simples pour le Canada. Est-ce que vous pouvez me dire quelques mots sur ce ces enjeux-là, où s’entremêlent encore une fois les relations commerciales et la diplomatie.

H.E. : La relation avec la Chine, ça aussi, ça va être un des dossiers prioritaires pour madame Joly. Parce que bien qu’il y ait eu le retour des deux Michael, tout n’est pas résolu.

C’est très compliqué, vu les liens commerciaux que le Canada a avec la Chine, et aussi vu la position de plus en plus agressive que prennent les États-Unis envers la Chine. Le Canada risque, comme il l’a déjà été avec les deux Michael, de continuer à se trouver entre les États-Unis et la Chine. Ce n’est pas une position très enviable pour le Canada.

D’ailleurs, le Canada est le seul pays de l’alliance des Five Eyes qui n’a pas encore pris de décision au sujet de Huawei, donc aussi ça va être quelque chose sur lequel on va devoir porter notre attention.

JDV : Quel va être le rôle de la ministre des Affaires étrangères dans la diplomatie climatique à la suite de la COP 26 ?

H.E. : Je pense que ça va être un grand effort de collaboration entre madame Joly, monsieur [Steven] Guilbeault, vu son nouveau rôle en tant que ministre de l’Environnement. Monsieur Trudeau a vraiment fait du changement climatique l’une de ses priorités. Et il arrive à la COP 26 avec des engagements forts : arriver à la carboneutralité d’ici 2050, réduire les émissions.

Le Canada n’a pas toujours été très performant quand on le compare, par exemple, aux autres pays du G20 surtout en termes de subsides aux énergies fossiles. Ça va être aussi intéressant de voir si à la COP 20 ou au G20, monsieur Trudeau va annoncer de nouvelles mesures en matière d’environnement et de changements climatiques.

JDV : Mélanie Joly est-elle prête à votre avis à assumer les responsabilités qui lui incombent dans son nouveau rôle ?

H.E. : La courbe d’apprentissage va être assez raide. Madame Joly a été responsable de la participation du Canada au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie pendant à peu près un an, en 2018-2019. Elle apporte ça, mais c’est vrai qu’on ne peut pas dire qu’elle était responsable de grands dossiers internationaux et c’est un peu inquiétant parce qu’elle sera la cinquième ministre en six ans.

Le rôle de ministre des Affaires étrangères est extrêmement important et nécessite beaucoup d’expertise et aussi de relations avec les partenaires sur la scène internationale. Donc là, il y a tout de même pas mal d’instabilité au sein de ce ministère, ce qui est un peu inquiétant parce que, justement, c’est un rôle tellement important.

JDV : De votre point de vue, quel est le lien entre les affaires globales, les affaires internationales comme celles dont on vient de parler et la vie quotidienne des gens à l’échelle de leur ville, de leur quartier ?

H.E. : C’est une super question. Je pense que la pandémie a vraiment démontré le lien entre les affaires internationales et notre vie de tous les jours. Pensez à la COVID-19, aux vaccins.

D’ailleurs ça, c’est un des enjeux que je mettrais aussi sur l’agenda de madame Joly. C’est COVAX et la distribution équitable des vaccins.

On peut penser aussi aux chaînes d’approvisionnement qui à mon avis seront aussi un des dossiers prioritaires de madame Joly.

Ça a un impact vraiment sur notre vie au jour le jour. On n’a qu’à aller à l’épicerie pour voir que les prix ont beaucoup monté ces derniers mois. C’est lié aux chaînes d’approvisionnement et aussi à la COVID-19.

Et aussi, les relations commerciales avec les États-Unis, extrêmement importantes à l’échelle de l’économie du Canada : cela aussi, ça peut vraiment avoir un impact direct dans nos vies en tant que Canadiens.

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Ginette Prescott
Ginette Prescott
9 Mois

Ah oui. Legault est capable de renconter l’équipe Biden mais pas Trudeau et co. Alors cela vous indique bien la blague que le Canada est devenu.

Jocelyn Carron
Jocelyn Carron
9 Mois

Comment elle est arrivée la encore?

Louis Caron
Louis Caron
9 Mois

Vous citez Astérix et Obélix; une oeuvre cite comme raciste et carbonisé par une conseillère du gouvernement Trudeau

Louis Caron
Louis Caron
9 Mois
Répondre à  Simon Van Vliet

Vrai! la dessus avez vous mon laisser-passer A38?

Mylene Firenze
Mylene Firenze
9 Mois

J’adore le titre, comme les Douze Travaux furent un mythe cela “fit” bien avec Madame Joly. 

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