Lise Bissonnette_Caroline Hayeur_Agence Stock
Lise Bissonnette (Photo: Caroline Hayeur)

Femme de mots, la journaliste, auteure et gestionnaire Lise Bissonnette a fait couler beaucoup d’encre. Forte d’un parcours de vie jalonné de défis, elle discute plus aisément politique et histoire qu’elle ne parle d’elle-même.

« Moi, je ne raconte pas souvent ma vie. Je ne ferais jamais une autobiographie», confie d’entrée de jeu l’Ahuntsicoise.
Pourtant, son histoire liée à un pan de celle du Québec fascine et inspire.
Sixième d’une famille de sept enfants, la jeune fille de Rouyn développe un intérêt pour la langue de Molière à un très jeune âge. En imitant ses frères et sœurs, elle prend goût à la lecture, si bien qu’à l’âge de 4 ans, elle commence la maternelle en sachant lire et écrire.
Beaucoup plus tard, lors de ses études en pédagogie à l’École normale Saint-Joseph de Hull, les livres deviennent une récréation peuplant d’aventures ses nuits de pensionnaire. Lise veut être une intellectuelle et l’université la fait rêver :
« Pour moi, c’était une majuscule! Je n’avais aucune idée de ce que je voulais faire, mais, chose sûre, j’y mettrais les pieds. »
En 1965, diplôme en poche, Mme Bissonnette hésite entre deux facultés de l’Université de Montréal, celle d’éducation et celle des lettres. Son cœur a une préférence pour la deuxième, mais sa tête décide autrement :
« Je n’ai pas été assez audacieuse pour y aller. Je pensais que je n’étais pas assez prête », admet Lise.
À cette époque, les mœurs sont en train de basculer. Elle fait partie de l’équipe de la revue Sexus et expérimente son futur métier grâce à la presse étudiante.
« Le Quartier latin a toujours été assez insolent. Notre rival, c’était Le Devoir. On était en guerre contre leurs critiques littéraires qu’on trouvait trop conservateurs », se souvient-elle.

Une carrière improbable

De retour d’Europe où elle s’était inscrite au doctorat en sciences de l’éducation, Lise fait une croix sur le journalisme et entame une carrière à l’UQAM.
« Le seul journal qui m’intéressait, c’était Le Devoir et j’étais convaincue que je n’y entrerais jamais. Vous vous rappelez, je suis une fille d’Abitibi. Je ne viens pas d’une famille bourgeoise d’Outremont », explique Mme Bissonnette.
En 1974, ce qu’elle n’osait espérer se concrétise. Lise fait son entrée au Devoir à titre de chroniqueuse en éducation. L’année suivante, l’ouverture d’un poste de correspondant politique à Québec et les bons mots de son conjoint l’encouragent à sortir de sa zone de confort.
Même si pour ses collègues la colline parlementaire est une ligne de feu où une femme n’a pas sa place, elle fonce.
« Je n’étais pas dans les combats féministes, mais mon instinct a été de dire : “tu peux toujours causer!” »
Son passage à Québec se révèle de courte durée. Peu de temps avant la prise de pouvoir du Parti québécois, elle prend le chemin d’Ottawa.
« Là-bas, pour plusieurs, les péquistes personnifiaient le diable, alors je travaillais jour et nuit en étant constamment sollicitée pour la télévision, la radio… J’étais au beau milieu d’un maelström », se remémore-t-elle.
À l’approche du référendum de 1980, l’aide de Mme Bissonnette est sollicitée à Montréal à titre d’éditorialiste puis de rédactrice en chef. Après une mésentente avec la direction, elle quitte son poste à regret, en 1986, et devient journaliste indépendante.

Une femme de défis

Pendant cette période, Le Devoir perd de sa vitalité et s’enfonce dans un gouffre financier.
Quand Lise Bissonnette est pressentie pour redresser la situation, elle est réticente. Même Godefroy, son âme sœur l’ayant toujours incité à se surpasser, hésite à l’encourager dans cette voie.
« Prendre la tête d’un journal d’une telle importance au Québec et devoir le fermer, c’est une des pires choses qu’on peut imaginer. »
Non sans vertige, elle accepte et devient la première femme à diriger le quotidien.
« Quand on plonge, il faut fermer les yeux et dire : “j’y vais”. J’ai compris qu’il n’y a pas d’autres façons que de se dire : “au jour le jour”. »
C’est d’ailleurs l’attitude qu’elle adopte en se voyant offrir de mettre sur pied le projet controversé de la Grande Bibliothèque.
« Chaque génération a des besoins différents et doit créer des institutions, il ne faut pas rester avec celles du 19e siècle», lance Mme Bissonnette.
La Grande Bibliothèque et ses 10 000 visiteurs par jour en sont la preuve, souligne-t-elle, toutefois peu impressionnée par ces chiffres.
« Le tourniquet c’est le fun, mais ce n’est pas là-dessus qu’on doit mesurer le succès. »
Elle est particulièrement fière d’être parvenue à créer la plus grande institution culturelle du Québec en fusionnant la Bibliothèque nationale, les Archives nationales et la Grande Bibliothèque.

Mme Bissonnette fait rarement les choses à moitié. En plus d’avoir supervisé le chantier de la Grande Bibliothèque,  elle s’est engagée à fond dans celui de sa demeure. Séduite par l’idée d’en faire une œuvre d’art, elle a confié le projet de sa restauration à l’architecte québécois de renommée internationale, Pierre Thibault.

Elle a également donné un texte à cette maison de 1811 qui en a longtemps été dépourvue en rédigeant un essai racontant son histoire.

Pour la récipiendaire de neuf doctorats honorifiques et de la Légion d’honneur du gouvernement français, la retraite n’est pas synonyme d’oisiveté. En plus d’avoir publié une thèse sur Maurice Sand, elle est aujourd’hui commentatrice à l’émission Midi Info à la radio de Radio-Canada et jusqu’au 30 janvier dernier, présidente du conseil d’administration de l’UQAM.

Chose certaine, elle apprécie avoir le temps de prendre le temps :

« Réapprendre tout ce qui nous a échappé du 19e siècle, lire, creuser, apprendre, c’est formidable».

Ce texte a d’abord été publié dans la chronique Belle rencontre de notre mag papier d’avril 2017, et mis à jour en juin 2018 par Christiane Dupont.

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