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Plusieurs groupes d’intérêt militent depuis quelques années auprès des instances gouvernementales canadiennes, américaines et européennes afin de défendre (ou d’attaquer) la neutralité du net. Ils surveillent notamment de près les débats dans les parlements et tribunaux, puisque les décisions qui y sont prises pourraient affecter nos habitudes et nos portefeuilles.

La neutralité du net est un principe légalement encadré stipulant qu’il ne doit exister aucune discrimination quant à la source, à la destination ou au contenu des données circulant sur internet.

Concrètement, cela signifie que votre fournisseur d’accès (par exemple, Bell ou Vidéotron) ne peut vous faire payer plus cher pour accéder à vos courriels que pour regarder une vidéo sur YouTube ou télécharger un fichier de musique acheté sur iTunes. Votre facture peut varier selon la quantité totale de données transférées ou la vitesse de téléchargement, mais pas selon la nature des données.

Capitalisme oblige, on peut cependant toujours compter sur les grandes corporations de ce monde pour tenter de trouver moyen d’augmenter leur part du gâteau. Dans ce cas, les protagonistes en cause sont les grands fournisseurs d’accès Internet (Verizon, AT&T, Shaw, Bell).

Depuis une quinzaine d’années, il est technologiquement possible pour ces géants des télécoms de surveiller et même de contrôler tout ce qui passe par leurs serveurs.

Comment cet avantage peut-il se transformer en gain monétaire?

Un fournisseur pourrait par bloqueexemple décider d’offrir un forfait d’accès illimité à YouTube à 9,99$ par mois, haute vitesse garantie. Bien sûr, si vous n’avez pas ce forfait, impossible d’accéder à YouTube, sans compter que votre bande passante pourrait être ralentie afin de garantir la haute vitesse aux utilisateurs payants.

Un autre exemple serait d’offrir un plan médias sociaux à 5,99 $, comprenant un accès illimité à vos courriels, Facebook et Twitter. Vous n’avez pas choisi cette option? Vous risquez de ne plus utiliser votre « @ » aussi souvent…

Le fait de permettre aux fournisseurs le contrôle sur la circulation des données affecterait également les producteurs de contenu et de services web. On peut facilement imaginer que les géants de l’informatique comme YouTube, Google et Amazon signeraient rapidement des ententes commerciales avec des compagnies comme Bell, Verizon et AT&T afin de se donner des avantages compétitifs : services plus rapides, minimum garanti de bande passante, inclusion dans les forfaits de base, etc.

Le grand perdant de ces ententes serait bien sûr le grand public, qui devrait payer plus cher chez Amazon, subir plus de publicités sur YouTube ou encore payer pour des services auparavant gratuits sur Google.

Autres victimes potentielles : les producteurs de contenus plus marginaux ou sans but lucratif tels que les organismes communautaires ou les petits commerces qui rejoignent leur clientèle par le biais d’un site web, les institutions d’enseignement ou les médias en ligne, qui devraient se partager le peu de bande passante encore disponible après le passage des géants commerciaux.

De puissants lobbies à l’oeuvre

Plusieurs lois empêchent encore les grandes entreprises d’agir à leur guise. Même la Maison-Blanche s’est officiellement prononcée en faveur de la Neutralité du net, en 2015, en appuyant l’adoption par le FCC américain (l’équivalent de notre CRTC) d’une série de mesures visant à garder internet « ouvert et gratuit ».

Mais devant un aussi grand potentiel commercial, les fournisseurs d’accès n’entendent pas en rester là. Tant en Europe qu’aux États-Unis ou au Canada, ils mettent en ce moment même un grand nombre de ressources sur les recours judiciaires et les activités de lobbying pour faire changer les lois qui protègent la neutralité du net. Heureusement, de nombreux groupes d’intérêts citoyens travaillent à leur faire opposition.

Il ne fait aucun doute qu’internet a développé un côté plus mercantile avec le temps. Mais tant que la neutralité de la distribution de l’information sera protégée, le Web demeurera aussi un lieu de communication ouverte, de découvertes et de liberté d’expression. Voulons-nous vraiment le voir se transformer en centre d’achat virtuel compartimenté?

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