Nicolas Bourdon est enseignant et il rédige une chronique dans le JDV imprimé. Père et fils est l’une de ses nouvelles.

Père et fils

Nicolas Bourdon

Chapitre 1

Il existe des affinités électives entre des lieux pourtant séparés par des centaines, voire des milliers de kilomètres. La côte rugueuse des Cornouailles en Angleterre est sœur des falaises de Mount Desert island dans le Maine, tandis que le climat rude et la végétation de conifères du Massif central en France nous replongent étrangement dans nos Laurentides.

Un lien intime rattache le quartier Montcalm à Québec au quartier Ahuntsic à Montréal. Ce sont les mêmes grosses maisons de briques rouges avec leurs belles cours et leurs arbres matures, ce sont les mêmes avenues paisibles et ombragées, les mêmes pelouses bien taillées et la même aisance tout à la fois bourgeoise et discrète. Les Plaines d’Abraham ont pour cousin le parc de l’Île-de-la-Visitation et l’eau qu’on contemple au sommet du Cap Diamant a auparavant coulé dans la rivière des Prairies.

Sitôt son doctorat en poche, Georges Cantin, alors à peine âgé de trente ans, prit la route de Montréal. Une attirance naturelle l’entraîna vers Ahuntsic. Il emménagea dans un beau cinq et demi lumineux à proximité de la rue Fleury et du parc Ahuntsic, puis dans le même temps où il obtenait sa permanence à l’UQAM, ses propriétaires vendirent leur maison et il l’acheta.

Que de similarités avec la maison de son enfance! Les mêmes boiseries, les mêmes hauts plafonds, la même céramique dans le plancher de la salle-de-bain, le même vaste balcon aux colonnes doriques; la salle-à-dîner était immense et il put y installer la table massive en chêne qui trônait jadis dans la salle-à-dîner de ses parents. Il avait réussi en très peu de temps à recréer l’univers confortable, chaleureux et bourgeois qu’il avait connu durant sa jeunesse dans le quartier Montcalm.

Il se maria bientôt à une professeure de sociologie rencontrée à l’UQAM avec laquelle il eut un fils.

Aucun incident majeur ne vint troubler cette vie heureuse. Georges Cantin était aimé de ses étudiants et de ses collègues et il était un auteur prolifique. On reconnaissait son immense culture et son calme olympien avait fait dire à un de ses collègues: «S’il y avait un tremblement de terre de 9 à l’échelle de Richter, il continuerait à lire son roman comme si de rien n’était!» Quand la chicane éclatait dans son département, il jouait un rôle efficace de médiation, il recollait les pots cassés. Il occupa d’ailleurs le poste de président d’assemblée pendant trente ans; on louait son humour qui désamorçait les tensions et les drames; un vrai animateur de talk-show!

Chapitre 2

Un orage, aussi bref que soudain, vint toutefois voiler ce tableau lumineux. Il était dans la cinquantaine. Il présidait un colloque intitulé «La relève: continuité ou cassure?» Il écoutait un jeune écrivain, «un jeune prodige» avait titré Le Devoir à la sortie de son premier roman, prononcer une conférence qu’il avait intitulée «Vers des formes nouvelles et des contenus nouveaux». Ce petit prétentieux s’inscrivait à n’en pas douter dans la cassure! «Il faut tout remettre en question et si on s’aperçoit qu’on est dans la répétition, dans le ressassement, bref dans nos vieilles habitudes; il faut être sans pitié. Il faut tout détruire et recommencer à neuf!»

On louait la grande écoute de Georges, mais, cette fois, il perdit totalement sa concentration et dut se retenir pour ne pas quitter l’auditorium Ernest-Cormier où avait lieu le colloque. Il se contenta de hocher de la tête sans rien enregistrer de ce que disait «l’enfant prodige»; la lame de la jalousie avait entaillé son calme légendaire. Il s’était soudainement mis à détester ce «jeunot»; il avait l’impression qu’il parlait de lui quand il disait: «Il faut tout détruire et recommencer à neuf!» «Lui, il va marquer les esprits! En fait, il les a déjà marqués avec son roman. Moi, je ne serai jamais un créateur; je serai toujours un commentateur. Un bon commentateur, mais un commentateur tout de même! À ma mort, mon œuvre sera complètement oubliée.»

Il faut admirer l’abnégation de Georges! Il réussit de peine et de misère à enfouir sa haine et à lire le roman du «jeune prodige». Dans son journal intime, Georges écrivit: «Ce roman est rempli d’outrances adolescentes, c’est puéril, c’est tape-à-l’œil; il ne mérite pas du tout les éloges qu’il a reçues de la critique!» Et pourtant, il réussit à accoucher d’une critique élogieuse dans Lettres québécoises où il louangeait «le style nouveau et les audaces régénératrices» du «jeune prodige».

Il ne parla jamais de cette soudaine «sécrétion de bile», pas même à sa femme, mais, sur le conseil d’un ami à qui il avait avoué du bout des lèvres «se sentir un peu déprimé», il entreprit une psychanalyse lacanienne. Les deux premières entrevues se passèrent très bien. Le psychanalyste était dans la soixantaine avancée ; sa voix était grave, ses gestes étaient lents et posés et sa bibliothèque regorgeait de livres.

Au départ, Georges se contenta de «mettre la table», il parlait de son travail, des ouvrages qu’il avait écrits et il célébrait la complicité qu’il avait développée avec sa femme. Son psychanalyste se taisait ou émettait parfois quelques «hum, hum» discrets et encourageants, mais à la troisième entrevue, il dit à Georges en éclatant de rire: «Mais pourquoi est-ce que vous venez me voir si vous êtes heureux? – J’ai eu une crise de colère dernièrement. J’étais fou de rage.» Et il décrivit sa détestation du «jeune prodige» à son psychanalyste.

«Et quand cette colère surgit en vous que faites-vous?

– Ça m’arrive très peu souvent!

– Mais c’est déjà arrivé.

– Oui, quelques fois, très rarement, dut admettre Georges.

– Et bien que faites-vous?

– Je me répète souvent le mot de Shakespeare : «On peut faire beaucoup avec la haine, mais avec l’amour encore plus.» Et plus prosaïquement, je me suis toujours dit qu’il est tellement difficile d’écrire, que la littérature est si fragile ici au Québec, qu’il me faut encourager toute entreprise de création, même si elle ne correspond pas à mes goûts personnels.»

Sur ces mots, le psychanalyste fit une chose étonnante. Il se leva et déclara sur un ton péremptoire : «La séance est terminée pour aujourd’hui!» Georges était trop stupéfait pour dire quoi que ce soit, mais dans la rue il éclata : «La séance a à peine duré dix minutes. Mon ami m’avait dit que les lacaniens pouvaient être bizarres, mais à ce point! Il s’en va au moment où je lui dévoile ce qu’il y a de plus important pour moi!»

Sa colère était si forte, il trouvait le comportement du psychanalyste si déplacé qu’il décida de tout arrêter et lui écrivit un courriel. « Si je lui parle, songea-t-il, il est capable de me faire changer d’avis. Ils sont rusés ces charlatans ! »

Et les années passèrent. Son fils Simon grandissait. Il développa comme son père une passion pour la littérature, mais contrairement à Georges, qui se contentait d’être un essayiste qui commentait les œuvres des autres, il ambitionnait de devenir un écrivain qui allait par sa voix originale révolutionner le monde littéraire.

Il était tout à fait le contraire de son père. La fameuse citation de Shakespeare voulait peut-être aussi dire : «Avec l’amour, tout est plus facile!» Là où son père savait saisir l’opportunité, Simon semblait prendre un malin plaisir à se compliquer la vie. Simon avait maintenant 37 ans et avait publié dans plusieurs revues sans importance, mais n’avait pas encore réussi à réaliser son grand rêve : publier un livre! Son père l’avait très peu encouragé dans ses entreprises littéraires. En vérité, Georges lisait les écrits de tout le monde excepté ceux de son fils.

Chapitre 3

Georges allait prendre sa retraite bientôt et son fils songeait parfois : «C’est à mon tour de briller!» Mais tout lui laissait croire maintenant qu’il ne brillerait jamais.

Simon vécut les mois qui le séparaient des célébrations de la retraite de son père dans le désespoir le plus total. Il était en proie à des ruminations tellement obsédantes qu’il en avait mal à la tête. Il avait commencé à appeler tous les éditeurs et écrivains que compte le Québec «la bande de mon père». «Je suis refusé par la bande de mon père; ils me méprisent! Et pourtant ce que j’écris est cent fois supérieur à leurs écrits.»

Suzanne, la femme de Georges Cantin, aidée d’un de ses bons amis, lui avait organisé une fête surprise dans leur belle cour d’Ahuntsic. La mère de Simon admirait son mari et elle voulait lui offrir une fête digne de lui et de ce qu’il avait accompli. Le meilleur ami de Georges devait passer l’après-midi avec lui et ensuite venir manger à la maison. Le jour de la fête, Simon avait trouvé sa mère dans un état d’excitation indescriptible.

Elle voulait que tout soit parfait ; elle courait partout. Elle avait demandé à Simon de venir plus tôt pour qu’il puisse l’aider. Sa première tâche fut de placer les ustensiles sur les dix tables où allaient s’asseoir les invités, mais il s’était acquitté de cette tâche avec une lenteur désespérante et sa mère l’avait écarté en lui criant : «Tu es comme un meuble encombrant. Installe-toi dehors pour ne pas me nuire.»

Bientôt, les invités arrivèrent. Amis, collègues de l’université, écrivains et éditeurs… Il devait y avoir une bonne cinquantaine de personnes dans leur cour. Les amis proches de son père reconnaissaient Simon, mais la plupart des invités demandaient à ce jeune homme qui buvait une bière seul au milieu de la cour : «Et toi par rapport à Georges, tu es qui?»

La foule était animée et joyeuse, mais à un moment, Suzanne s’écria : «Il arrive! Il arrive!» Elle entra dans la maison pour accueillir Georges et son ami et tous se turent.

Suzanne les entraîna dans la cour en leur disant : «On sera mieux dehors pour souper!» Sitôt la porte-patio ouverte, les invités surgirent des deux coins de la terrasse. Suzanne pleurait de joie; elle avait réussi sa surprise. Georges, lui, avait le sourire triomphant d’un enfant qui se sait aimer.

Les invités dégustèrent des mets exquis et des vins dispendieux; Suzanne n’avait pas lésiné sur le prix du traiteur. Tout était parfait! La soirée était magnifique; tout le monde semblait heureux. Il n’y avait que Simon, qui rongeait son osso bucco sans prononcer le moindre mot, qui inquiétait Suzanne.

On avait mangé l’entrée et le plat principal. Les invités étaient rassasiés; c’était le temps des discours.

Les invités qui passèrent avant Simon soulignèrent les grandes qualités de son père.

«Georges, dit un ami et collègue, avait la devise de Tchekhov gravée en lui : “Il faut travailler, travailler, et envoyer tout le reste au diable!” Il n’aurait pas pu écrire vingt livres s’il n’avait pas autant travaillé… Je sais que vous ne me croirez pas, mais Georges Cantin n’a pas de défaut! En fait, la seule chose qui s’approche chez lui d’un défaut, c’est qu’il mâchouille ses crayons. »

Un jeune écrivain de l’âge de Simon déclara : «Ce qu’il a fait pour la relève est immense! Georges a reconnu mon œuvre avant tout le monde; je dirais même qu’il m’a fait connaître au monde littéraire. À la sortie de mon premier roman, il a écrit une critique élogieuse et Dieu sait qu’une critique de Georges Cantin, ça vaut son pesant d’or! Il me semblait à l’époque que je n’avais pas encore fait mes preuves, que je ne méritais pas tant de compliments…

– Tu méritais tout ce que j’ai écrit dans mon article! » s’écria Georges.

Georges était aux anges, du moins le semblait-il, il écoutait en souriant l’orateur et parfois ses yeux se remplissaient de larmes à l’évocation d’un souvenir cher. Suzanne regardait son mari assis à ses côtés, mais elle regardait aussi son fils; il se rongeait les ongles, ne riait à aucune blague et n’applaudissait pas lorsqu’un orateur avait terminé son dithyrambe. Elle craignait un esclandre.

Georges était-il heureux au moment où ses amis et collègues chantaient ses louanges? Oui, mais peut-être un peu moins que Suzanne le croyait. Une pointe de jalousie venait grafigner son cœur et il se disait : «J’ai fini mon petit tour de piste. C’est le dernier feu d’artifices avant de quitter la scène.»

« Georges prend tout avec humour et son humour est contagieux, déclara son meilleur ami; c’est un vrai Jay Leno, un vrai Jimmy Fallon! La seule fois où j’ai vu Georges se fâcher, c’est après une séance de thérapie lacanienne. Il répétait : “Il ne m’a pas aidé ce cinglé! Il ne m’a pas aidé! Il m’a laissé planter là après dix minutes.” Georges n’avait pas compris un principe de base : il faut être vraiment malheureux pour aller en psychanalyse, et si on va en psychanalyse lacanienne, c’est qu’on est vraiment désespérés! Georges est bien trop heureux pour ça!»

Rire général. Georges s’esclaffait comme tous les invités. Il n’était pas fâché que son ami dévoile «son secret»; de toute façon, dans ce milieu bourgeois, chacun ou presque, avait son psy!

Une voix où il y avait beaucoup de bonheur et un peu de regret lui chuchotait : «Toute ma vie est là! Je choisis l’amour plutôt que la haine; la générosité plutôt que la jalousie. Peut-être finalement que le message du psychanalyste était : “Je n’ai rien à vous apprendre. Continuez à faire ce que vous faites déjà.” C’est pour ça qu’il a arrêté la séance.»

Mais ce fut au tour de Simon de monter sur la scène et le cœur de Georges se serra; il ne pensait pas que son fils allait prononcer un discours.

Chapitre 4

Simon était aux prises avec une nervosité incroyable; il tanguait et sa voix tremblait, mais il réussit tout de même à dire : «Mon père est un rassembleur, un médiateur, un homme du compromis. Au lieu de dire franchement son opinion, il la taira pour ne pas froisser personne.»

Quelques rires nerveux, mais la plupart des invités riaient de bon cœur; on n’imagine pas ce qui va suivre. On se dit que ce n’est qu’un bien-cuit; il y aura un peu d’ironie pour pimenter le tout, mais au fond ça restera un témoignage d’amour.

«Mon père est essentiellement un diseur de compliments. On pense que son comportement est désintéressé, mais on a tort. Il a toujours voulu que la gloire des autres rejaillisse sur lui. Il a déterré dernièrement une photo de lui prise il y a trois ans en compagnie de Kevin Lambert et il l’a publiée le jour même où on annonçait que son roman était dans la première sélection du prix Goncourt. Il me fait penser à un rémora, ce poisson-suceur qui se nourrit des parasites du requin!

Il est incapable de dire du mal d’un écrivain sauf de son fils bien entendu! Il n’y a qu’avec moi qu’il est vraiment sincère. Quant à moi, je suis trop idiot ou peut-être trop têtu pour comprendre que dans la vie il vaut mieux flagorner que critiquer!

Il faut toujours comprendre le contraire de ce que mon père dit, alors quand mon père écrit dans une critique :

«Ce roman de Chose est un chef d’oeuvre! Chose est un archer précis; il vise toujours au cœur de la cible. Ses descriptions sont vivantes et précises. Si on était en peinture, on dirait qu’on a affaire à un grand maître. Mais il y a mieux! Chose s’aventure dans des voies inconnues; il nous ouvre des chemins nouveaux. À chaque page de son roman, je me disais : “C’est nouveau! C’est frais ! Je n’ai jamais lu ça auparavant!”»

En vérité, il veut dire : «Ce roman de Chose est un navet! Chose est un piètre archer ; il rate toujours la cible. Ses descriptions sont plates et imprécises. Si on était en peinture, je dirais qu’on a affaire à un peintre amateur. Pire! À chaque page de son roman, je me disais : “C’est un ramassis de lieux communs. Ça sent le moisi; j’ai lu ça cent fois auparavant!»

«Assez!» s’écria soudain Georges. Il asséna un coup de poing qui secoua si bien son verre de chianti qu’il éclaboussa la belle nappe blanche qui recouvrait la table, puis il hurla à son fils : «Envoye dans maison!»

Chapitre 5

Georges voulait gifler son fils, mais une fois la porte-patio fermée, une fois rendus dans le grand salon à l’avant de la maison (là où ils n’avaient aucune chance d’être entendus par les invités) il avait repris ses esprits et dit à son fils d’une voix qui ne tremblait pas, qui laissait à peine percer un peu d’émotion : «Pourquoi as-tu fait ça?»

Simon aurait mieux aimé que son père crie, hurle, pleure ; tout, mais pas cet air stoïque, maîtrisé, qu’il détestait tant.

– Tu veux vraiment le savoir? Hé bien, j’ai fait ça parce que je te déteste! dit Simon avec un sourire de mépris. Il affichait le même air ironique avec lequel il avait lu sa diatribe quelques minutes plus tôt. Le corps de Simon tremblait un peu, mais il réussit néanmoins à se maîtriser.

«Et pourquoi me détestes-tu? demanda son père avec le même ton impassible.

 – Parce que tu m’aides pas, tu m’aimes pas!»

Simon avait crié, il commençait à perdre le contrôle qu’il avait si durement travaillé à bâtir et il se le reprochait.

«Si tu m’aimais juste un tout petit peu papa, je t’en demande pas beaucoup… si tu m’aimais un petit peu, alors si tu savais comme je t’aimerais!»

Puis Simon s’élança dans les bras de son père, fondit en larmes et se reprocha d’avoir «cédé». Son père sortait encore une fois gagnant de cette confrontation.

Georges consolait son fils en lui donnant de petites tapes dans le dos. Il ne pleurait pas; c’était lui l’homme fort qui s’était taillé une place dans le monde des lettres à coup d’efforts acharnés. Mais en vérité son père songeait : «C’est vrai, tout ce qu’a dit mon fils dans son discours est vrai! J’ai été un comédien, mais maintenant la pièce est finie, le rideau tombe; il ne me reste plus qu’à saluer!»

Et pendant qu’il songeait, son fils sanglotait. Simon ne l’avait pas appelé «papa» depuis la fin de son enfance et il tenait son père serré fort contre lui comme le font les enfants qui éprouvent une grande peur ou un gros chagrin. De vagues images de l’enfance (celle de son fils mais peut-être aussi la sienne) revinrent à l’esprit de Georges et deux grosses larmes coulèrent sur sa joue.

Simon sentit bientôt que des larmes s’ajoutaient aux siennes et releva sa tête enfouie dans les bras de son père.

«Papa, tu pleures! dit-il avec un sourire de victoire.

– Oui, je… mais c’est rien, ça va passer.»

Et quelques secondes plus tard, Georges avait en effet retrouvé son air stoïque.

«Comment fais-tu pour garder ton calme? lui demanda Simon.

– Mon conseil, Simon, c’est de continuer à faire tout ce que tu fais. Ne change rien ! Mais fais tout avec amour! Je me redis souvent la devise de Shakespeare : “On peut faire beaucoup avec la haine, mais avec l’amour encore plus.”

– Tu m’as répété cette citation cent fois. Tu radotes!

– C’est sûrement dérisoire, oui c’est dérisoire! C’est une petite pensée de rien, c’est un sou que j’ai trouvé dans ma poche (et en disant cela il fit le geste de fouiller dans sa poche). Mais c’est ce qui m’a aidé à vivre heureux jusqu’à aujourd’hui. Parce qu’il faut bien vivre, non?»

Puis, chose inattendue, Georges éclata en sanglots et se blottit comme un enfant dans les bras de son fils qui lui donnait à son tour de petites tapes dans le dos. Cela dura quelques minutes puis Georges dit en riant : «Il faut se ressaisir et rejoindre les invités sinon ils vont penser qu’on s’est entretués!»

Juste avant d’ouvrir la porte-patio, Georges songea : «Allez courage! Une dernière scène, les lumières s’éteignent et puis rideau!»

Ils firent leur apparition sur la terrasse au milieu des murmures des invités encore secoués par l’esclandre auquel ils venaient d’assister. Ils avaient l’air de deux bons copains; Georges, qui avait posé sa main sur l’épaule de son fils, s’écria tout sourire :

«Mes amis, tout s’explique…Tel père, tel fils! Simon vient tout juste de m’avouer qu’il a commencé une thérapie lacanienne.» 

Sacré Georges Cantin! Un animateur de talk-show, un humoriste! Rire général; détente générale. Même Simon réussit à sourire.

On voyait poindre des étoiles dans le ciel; la soirée était douce, c’était déjà l’été. Il y avait encore un dessert à manger et du vin à boire; il faut vivre! Vivre!



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Desmarais, Johanne
Desmarais, Johanne
17 Jours

j’ai beaucoup beaucoup aimé la nouvelle de Nicolas Bourdon. Que de talents! Merci beaucoup

Sainz, Caroline
Sainz, Caroline
9 Jours

Continuez à écrire svp

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