Trois ans après la 21e Conférence sur le climat de l’ONU, tenue à Paris en décembre 2015, lors de laquelle 180 des 195 États membres s’étaient engagés, pour la première fois, à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES),les nouvelles sont mauvaises, pour ne pas dire catastrophiques.

Diagnostic alarmant

Selon le dernier rapport du Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (GIEC), dévoilé le 7 octobre, pour éviter que le réchauffement global des températures ne dépasse pas 1,5° Celcius, l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris :
« L’humanité devra radicalement réduire ses émissions de GES et cesser d’émettre du gaz carbonique d’ici 2050. Or nous sommes très loin du compte et même si nous y parvenons nous devrons subir des impacts majeurs liés aux bouleversements climatiques (…) Il est de plus en plus évident que l’humanité manquera de temps pour agir, car nous avons déjà atteint une hausse moyenne des températures de 1°Celcius par rapport à l’ère préindustrielle et le thermomètre mondial se dirige vers une augmentation de 0,2° par décennie. À ce rythme, la barre des 1,5° Celcius sera atteinte entre 2030 et 2050 (…) et la hausse moyenne des températures sera de plus de 3° d’ici la fin du siècle, soit le double de la cible jugée la plus sécuritaire par la communauté scientifique ».

Inaction, responsable

L’inertie des gouvernements nationaux est largement responsable de cette catastrophe appréhendée. Selon un rapport de l’ONU, environnement, de la Banque mondiale, et de l’Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE), publié en 2017, seulement neuf pays sur les 180 qui ont signé l’Accord de Paris ont soumis une stratégie de réduction de leurs GES d’ici 2050.
En 2018 seulement, les émissions de GES ont augmenté de 6,7 % en France, de 3 % chez les plus gros pollueurs (l’Union européenne, Chine, États-Unis). L’Allemagne, qui avait promis de réduire ses émissions de GES de 40 % d’ici 2020 se contentera de 32 %. La Chine a diminué sa consommation de charbon, mais ce dernier représente encore 70 % de la production d’électricité dans ce pays.
En outre, selon l’Institut américain Coalswarm, des centaines de nouvelles centrales au charbon seraient en construction en Chine, une affirmation qu’il faut néanmoins considérer avec suspicion, puisqu’elle est basée sur des photos  satellites non vérifiables.

Et chez nous?

Les gouvernements du Canada et du Québec ne font pas mieux. Le plan de tarification du carbone du gouvernement Trudeau a été rejeté par l’Alberta, la Saskatchewan, le Manitoba, l’Ontario et pourrait l’être par le Nouveau-Brunswick si le gouvernement conservateur prenait le pouvoir.
Le plan de lutte contre les changements climatiques du gouvernement libéral du Québec était un échec selon Le Devoir du 18 septembre et ne contenait aucun objectif de réduction des GES d’ici 2023, selon Le Devoir du 9 octobre. Dans ces conditions, on peut fortement douter de la capacité des gouvernements nationaux à mettre en œuvre les recommandations du GIEC pour éviter un réchauffement climatique au-delà de 1,5 %, lesquelles sont :
  • la réduction des GES de 45 % d’ici 2050;
  • l’augmentation de la part des énergies renouvelables entre 65 % et 80 % de nos besoins;
  • l’élimination complète du charbon;
  • la réduction de 80 % de notre dépendance au pétrole et la diminution du recours au gaz naturel;
  • le recul de 75 % à 90 % des émissions de carbone du secteur industriel;
  • le développement des transports collectifs à faibles émissions de GES;
  • une meilleure planification du développement urbain et de l’utilisation des terres agricoles;
  • l’adoption d’un régime alimentaire moins consommateur de viande.

Villes et entreprises

Face à l’inaction des gouvernements nationaux à l’égard du réchauffement climatique, d’autres acteurs se mobilisent. En premier lieu, les gouvernements municipaux, qui comme l’a démontré le Sommet de San Francisco du 12 au 14 septembre 2018, ont décidé d’agir contre le réchauffement climatique, en combattant l’étalement urbain, en favorisant les transports collectifs et en verdissant l’environnement, parmi d’autres mesures.
Les villes sont à l’avant-garde de ces changements, notamment Montréal. Mais elles dépendent dans une large mesure du pouvoir des gouvernements régionaux et nationaux qui ne sont pas toujours à l’écoute de leurs demandes.
Ce n’est pas le cas des entreprises privées, notamment les plus grandes, qui sont largement autonomes des gouvernements et qui peuvent jouer un rôle décisif dans le cadre de notre système capitaliste. Or, surprise, un grand nombre d’entre elles, grâce aux écoles de gestion, qui ont démontré qu’il est rentable pour elles de prendre le virage écologique, se sont engagées en ce sens.
Selon le magazine Fortune du 28 septembre 2018, près de la moitié des 500 plus grandes entreprises américaines ont désormais un plan de réduction de leurs émissions de GES d’ici 2020. Selon Le Figaro du 9 octobre, le secteur industriel français est celui qui a fait le plus d’efforts pour réduire ses émissions de GES. Et ces données ne tiennent pas compte de toutes les entreprises dans le monde (banques, sociétés d’assurance, industries) qui ont modifié leur façon de faire, après avoir compris les risques du réchauffement climatique pour leurs profits.

Citoyens : à vous!

Il reste, qu’en dernier ressort, ce sont les citoyens des pays développés et démocratiques – qui sont les plus grands pollueurs – qui détiennent la clé du réchauffement climatique de la planète. Premièrement, parce qu’ils peuvent voter pour des partis engagés sérieusement dans la protection de l’environnement; deuxièmement, parce qu’ils peuvent changer leur mode de vie anti-écologique, en utilisant une seule voiture et les transports collectifs; en refusant d’encourager l’étalement urbain; en réduisant leur consommation effrénée; en isolant leurs maisons pour réduire leurs coûts de chauffage; en diminuant le nombre de leurs voyages à l’étranger, car le trafic aérien est l’une des principales sources de GES.
Le feront-ils? Rien n’est moins sûr. Mais sinon, ils seront tout autant responsables que les gouvernements nationaux de la catastrophe appréhendée par le GIEC et devront vivre avec ses conséquences.

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