Des élèves de Sophie-Barat en route vers leur cours en 1925.
(Photo : Archives Musée McCord)

Le 1er mai dernier, une nouvelle saison des Rendez-vous citoyens du Journal des voisins a été inaugurée au Centre communautaire et culturel de Cartierville. Les deux experts invités nous ont parlé de l’histoire de l’école Sophie-Barat, de la complexité des enjeux d’une restauration et de l’importance de la conservation de notre patrimoine.

Claudine Déom, professeure à l’École d’architecture de l’Université de Montréal où elle enseigne la conservation du patrimoine bâti, a répondu à nos questions. «Il existe encore des idées préconçues sur le patrimoine bâti et sur son importance, souligne-t-elle. Nous avons quelquefois le réflexe de penser que conserver, c’est ne pas toucher, alors que ce n’est pas le cas. De plus en plus, nous sommes conscients que nous ne pouvons pas tout jeter. Il est plus écologique de remettre en état que de démolir et de reconstruire.»

Sophie-Barat, un exemple près de nous

L’Académie des Dames du Sacré-Cœur en
1860. (Photo : Archives Musée McCord)

L’histoire que nous a racontée Jacques Lebleu, président de la Société d’histoire d’Ahuntsic-Cartierville, est intimement liée à celle du développement du système scolaire du Québec et à l’éducation des filles. En 1841, la première loi scolaire visant à favoriser les écoles élémentaires permet à Mgr Ignace Bourget de faire venir Madeleine Sophie-Barat, fondatrice des Dames du Sacré-Cœur de Jésus. L’abbé Jacques-Janvier Vinet dit Souligny, curé de la paroisse du Sault-au-Récollet, y invite les religieuses afin qu’elles veillent à l’éducation des filles. En 1855, il acquiert les fermes Bayard et Meilleur qu’il cède la même année aux religieuses. À l’automne 1858, l’Académie des Dames du Sacré-Cœur accueille ses premières pensionnaires.

Les agrandissements

À peine quelques années après l’ouverture de l’école externe et du couvent, les immeubles «débordent» d’élèves. On retrouve, vers 1870, environ 90 pensionnaires au couvent et 60 écolières à l’externat. Les agrandissements se succèdent : des salles d’études, une bibliothèque, une salle de récréation, une seconde chapelle et une chaufferie sont ajoutées. L’école compte, en 1913, 140 pensionnaires et 240 écolières à l’externat.

Les incendies

Le dimanche 23 juin 1929, l’éclair d’un orage atteint la toiture de l’aile la plus récente. Un feu court sous les combles pendant 45 minutes avant d’être détecté, il ne fait aucun blessé. Grâce à la rapidité d’intervention des gens présents sur la scène, plusieurs œuvres d’art et objets précieux ont pu échapper au sinistre. De l’immeuble conventuel, il ne reste que les murs de la récente aile Est. Les Dames du Sacré-Cœur annoncent immédiatement que le couvent sera reconstruit.

En 1997, l’ancien externat est détruit par un incendie alors que l’immeuble était vacant depuis quelques années. Le bâtiment sinistré, inadéquatement protégé, est aujourd’hui à l’état de ruine.

Le Collège Sophie-Barat

Externat Ste-Sophie 1950. (Photo : BANQ)

En 1958, l’école Sophie-Barat devient le collège Sophie-Barat. Bilingue jusque-là, l’établissement ne dispense dorénavant son enseignement qu’en français. Le programme se rapproche progressivement de celui offert aux garçons qui suivent les cours classiques.

 

Une nouvelle ère

La création des cégeps ayant amené la disparition des cours classiques, la Commission des écoles catholiques de Montréal devient propriétaire du collège Sophie-Barat en 1970. Les locaux doivent répondre aux besoins d’une école secondaire publique mixte de 1800 élèves ! La chapelle, le réfectoire, les salons privés, les planchers de bois franc disparaissent. À l’extérieur, 300 sépultures et pierres tombales sont déplacées du cimetière des religieuses. La Maison Bayard est démolie.

Reconnaître le lieu

Entre 2006 et 2012, un projet de réhabilitation des ruines de l’externat Sainte-Sophie voit le jour, mais se heurte à la contestation des résidents.

En 2021, grâce aux efforts de l’enseignant Michel Stringer et de ses étudiants, avec la participation d’organismes comme Passerelles, coopérative en patrimoine, et d’artistes professionnels, le déambulatoire théâtral Habiter les ruines est présenté deux soirs. Parallèlement, un projet de documentaire avec Pascale Ferland à la réalisation se met en marche. Documenter la durée complète du projet de construction, tel en est l’objectif.

Le projet actuel

Sophie-Barat est, aujourd’hui, à l’aube d’un vaste projet d’agrandissement et de réaménagement. Le dossier d’affaires doit recevoir l’aval des autorités gouvernementales. Il est en cours d’élaboration, avant dépôt en 2026, par des professionnels mandatés par le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM).

Cet article est tiré du numéro d’été du Journal des voisins (version imprimée) dont le dossier principal est consacré au logement.



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