Nathalie Ouellette, porte-parole et coordonnatrice du télescope James Webb au Canada
Nathalie Ouellette, astrophysicienne et communicatrice scientifique. Elle consacre l’essentiel de son temps au télescope James Webb, qui a permis de réaliser les clichés les plus profonds jamais pris de notre univers. (Photo : François Robert Durand, JDV)

Pour souligner la Journée internationale des femmes et des filles de science qui aura lieu demain, le 11 février, le Journaldesvoisins.com (JDV) reproduit l’article sur l’astrophysicienne Nathalie Ouellette, paru dans le Mag papier d’octobre 2022.

Le 11 juillet 2022, le monde découvrait pour la première fois l’image la plus profonde jamais prise de notre univers. Une Ahuntsicoise a contribué à cet exploit scientifique et technique, Nathalie Ouellette.

Dans ce cliché, intitulé Premier champ profond de Webb, on peut y voir, entre autres, des galaxies formées peu après le Big Bang, il y a 13 milliards d’années. 

L’appareil derrière cette image est le télescope James Webb, un observatoire spatial situé à 1,5 million de kilomètres de la Terre, qui vient poursuivre la mission de son prédécesseur, Hubble. Cet appareil unique promet des découvertes remarquables en astronomie.

Dans les coulisses, cette révolution scientifique a demandé près de 30 ans de préparation, la collaboration de la NASA, de l’Agence Spatiale Européenne et de l’Agence spatiale canadienne (ASC) et, surtout, la persévérance de plusieurs centaines de scientifiques. 

Pourquoi en parler ici dans cette chronique? Tout simplement parce que l’une des personnalités liées à ce projet n’est autre qu’une astrophysicienne ahuntsicoise, Nathalie Ouellette, responsable de la communication autour du télescope James Webb au Canada.

Télescope James Webb. (Photo : courtoisie Pixabay)

D’Ahuntsic jusqu’aux étoiles

Son histoire pourrait commencer dans un jardin d’Ahuntsic, alors qu’une boule de glace traverse le ciel juste au-dessus d’elle : «Il y a quelque chose de viscéral quand tu vois, avec tes propres yeux, un objet qui est si loin et qui existe depuis des millions, sinon des milliards d’années», dit-elle. Nous sommes en 1997 et le passage de la comète Hale-Bopp illumine le ciel, nuit après nuit. Nathalie, fille de parents ingénieurs, alors âgée d’à peine 10 ans, vit une expérience quasi mystique. 

Les planètes étaient bien alignées pour que la future astrophysicienne trouve sa voie. Elle a un père qui partage sa passion des documentaires, des visites régulières à la bibliothèque de quartier et des centaines d’images dans les livres de vulgarisation. Elle a aussi un professeur de physique du Collège Regina Assumpta qui reste après les cours pour parler d’astronomie, ou encore une école invitant des scientifiques à raconter leur parcours. 

Elle se souvient être assise sur le plancher en bois de la bibliothèque de son école primaire Louis-Colin lorsqu’elle rencontre Julie Payette, elle-même ancienne élève de l’école, sélectionnée parmi 5 300 candidats pour participer au programme de formation des astronautes de l’Agence spatiale canadienne. Quelques années plus tard, Julie Payette est la deuxième femme canadienne à voyager dans l’espace et Nathalie Ouellette sait qu’elle consacrera le reste de sa vie aux étoiles.

Depuis, son travail de chercheuse l’a beaucoup fait voyager, en Ontario notamment, où elle complète son doctorat sur la formation et l’évolution des galaxies, ainsi que dans des observatoires à Hawaï ou au Chili. Mais l’un de ses plus beaux voyages reste l’éclipse totale de 2017, pour laquelle elle traverse les États-Unis jusqu’au parc d’un petit village de 150 habitants, quelque part entre le Kentucky et le Tennessee.

«Ça devient de plus en plus sombre et lorsque finalement la lune se place parfaitement sur le disque du soleil, et que tu peux donc enlever tes lunettes et regarder avec tes yeux nus ce trou noir béant dans le ciel, c’est incroyable, dit-elle.  Les étoiles apparaissent, les lampadaires s’allument naturellement et les cigales se mettent à chanter. La température chute de 10 degrés. C’était 2 minutes 30 d’émotions tellement fortes. J’ai pleuré.»

Transmettre sa passion

Aujourd’hui, la communication scientifique est au cœur de sa mission. Elle est à la fois directrice adjointe de l’Institut de recherche sur les exoplanètes (l’IREx) de l’Université de Montréal et de l’Observatoire du Mont-Mégantic. Mais c’est surtout son rôle de porte-parole pour le télescope James Webb qui occupe ses journées.

Ayant grandi à Montréal où la pollution lumineuse cache la plupart du temps le ciel nocturne, ses plus belles observations ont surtout été effectuées grâce aux images du télescope Hubble : «Avec Webb, on met à disposition de l’humanité une nouvelle banque d’images. J’espère qu’il y a des petites versions de moi, quelque part, qui tomberont en amour avec ces images époustouflantes et qui deviendront astronomes à leur tour», ajoute-t-elle.

Télescope Webb – Pilier de la création, nébuleuse de l’Aigle. (Photo : SAIF_4, courtoisie Pixabay)

Au-delà des clichés, ce qui l’enthousiasme le plus, c’est surtout la science derrière ces images. Parmi les plus récentes découvertes, il y a la détection de dioxyde de carbone sur une exoplanète : «C’est la première fois qu’on détecte du CO2 à l’extérieur du système solaire, commente-t-elle. C’est très excitant puisque c’est un gaz associé aux traces de vie.» Et ce n’est que le début. Selon l’astrophysicienne, on peut s’attendre bientôt à de grandes découvertes de l’ordre de «on a trouvé une planète comme la Terre».

Et tout cela, pour Nathalie Ouellette, a commencé dans un jardin d’Ahuntsic…

 

Cet article est paru dans la version imprimée du Journal des voisins, le Mag papier d’octobre 2022, à la page 25.

 

 



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