Serge Bouchard (Les deux photos de M. Bouchard, celle-ci et celle de la une sont tirées de sa page Facebook.)

Journaldesvoisins.com a appris le décès récent de la compagne de Serge Bouchard, Marie-Christine Lévesque, décès survenu en pleine pandémie, en juillet. Mme Lévesque est décédée d’un cancer du cerveau.  Ce résidant d’Ahuntsic-Cartierville est bien connu du public québécois pour ses chroniques et ou émissions radiophoniques ainsi que pour les différents ouvrages qu’il a publiés. Nous offrons à M. Bouchard ainsi qu’à leur fille nos plus sincères condoléances. C’est dans cet esprit que nous publions la Belle rencontre de l’édition de juin 2017 de notre mag papier. Cette entrevue a été réalisée par notre collaboratrice de l’époque, Elizabeth Forget-Le François, avec M. Bouchard, sans doute peu de temps avant que le malheur ne frappe à nouveau cette famille.

La légende familiale veut que le jeune Bouchard soit venu au monde sur un coup de tonnerre. Tout a commencé un 27 juillet 1947 au moment où Montréal tremblait sous le choc d’un violent orage. Son enfance s’est déroulée en suivant une trame de fond plus calme dans le Pointe-aux-Trembles industrialisé des années 50.

À 14 ans, la passion frappe. Un bouquin lui ouvre une fenêtre sur les secrets du passé et lui donne envie de s’attarder aux histoires profondes des anciens humains. Sa formation l’amènera à se tourner vers l’anthropologie culturelle. D’ailleurs, son mémoire de maîtrise met à l’honneur le savoir des chasseurs innus du Labrador.

Nature et grands espaces

Durant ses études universitaires, Serge Bouchard rêve de grands espaces.

« J’en avais ras le bol de la ville, de l’asphalte et des raffineries. J’avais un fantasme : la nature sauvage », raconte celui qui tomba en amour avec les paysages nordiques et les Premières Nations.

S’il était hors de question pour M. Bouchard de devenir routier dans une famille où l’éducation était une religion, il n’allait pas pour autant mettre de côté cet intérêt. Il dédia son doctorat à l’analyse de la culture des camionneurs au long cours dans le nord du Québec.

« Ma thèse a été une vengeance. J’ai déjoué mes parents », lance le vieil homme, un sourire en coin. Il est aujourd’hui reconnaissant d’avoir été encouragé dans cette voie par un père et une mère n’ayant guère baigné dans un univers académique.

Une vie parsemée de défis

L’anthropologue a connu un parcours du combattant. Peu d’argent en poche après de longues études, il se contenta d’une richesse sur le plan intellectuel. Plutôt que d’accepter les offres en enseignement, il opta pour un mode de vie de travailleur autonome.

Au lieu du fonds de pension, il a choisi l’indépendance :

« Je ne dois rien à personne sur le plan idéologique. Je suis devenu un libre penseur, un libre faiseur ».

La carrière de Serge Bouchard a été diversifiée et l’est encore aujourd’hui à l’image de ses compétences. Entre les conférences, la direction de services de recherche et un poste de conseiller en gestion et en organisation du travail en Europe, il a trouvé le temps d’écrire une vingtaine d’ouvrages et de nous offrir la profondeur de sa voix depuis 25 ans à Radio-Canada.

L’amour des mots

La pulsion de l’écriture s’est immiscée dans la vie de M. Bouchard lors de la rédaction d’articles d’anthropologie ayant laissé place à des textes parfois plus littéraires ou plus personnels.

« J’aimais les mots, les phrases, les effets de style, mais j’aimais surtout la thérapie que ça me procurait. J’écrivais pour régler des comptes. »

Dans son œuvre intitulée C’était au temps des mammouths laineux, Serge Bouchard a consacré un texte à sa première femme, Ginette, dont il a été le complice durant 27 ans avant d’être séparé par la mort.

« On revient au mot thérapie. C’était un exercice, il fallait que je le fasse, mais pas pour refermer la plaie. Ça ne sera jamais le cas.»

Un nouveau chapitre

La grande tristesse laissée par le départ de sa compagne s’est dissipée au fil du temps. Avec Marie-Christine, une femme de lettres dont il admire la plume, la vie a repris des airs de douceurs. Cette complicité s’est d’ailleurs transposée dans l’ouvrage «Elles ont fait l’Amérique ». Ils ont pour ce projet couché sur papier les découvertes partagées avec le public dans l’émission de radio phare, « De remarquables oubliés ». Ce livre, comme plusieurs des réalisations de M. Bouchard, suit le chemin du redressement de l’histoire.

Un hommage aux Amérindiens

Après avoir vécu entre Huberdeau et le Plateau-Mont-Royal, la famille a emménagé à Cartierville pour permettre à leur merveilleuse petite fille adoptée en Chine de poursuivre ses études au Collège Mont-Saint-Louis, l’alma mater de Serge Bouchard. L’idée d’un condo dans l’arrondissement s’est imposée pour ne pas perdre le contact avec la nature.

« On a l’air, le ciel, la lumière, le soleil des Laurentides et une petite forêt. Pour le vieux que je suis, c’est l’idéal », affirme-t-il.

Du territoire qu’il habite, il n’apprécie pas seulement le paysage. Il aime aussi le nom : Ahuntsic-Cartierville.

« J’ai toujours prétendu que Montréal n’honorait pas assez les Amérindiens dans ses toponymes, mais nous avons Ahuntsic, un restant de quelque chose de formidable, un nom huron. »

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carol houde
carol houde
10 Mois

merci de cet information si pertinente de nos disparus si présent dans notre culture et identité

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