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Femmes en politique municipale

Toujours dur d’être une élue en 2018 ?

Publié le 01/03/2018
par Rabéa Kabbaj

La mairesse Émilie Thuillier (Photo: archives jdv)

Alors qu’un sondage publié en décembre par la Fédération québécoise des municipalités (FQM) révélait que les mairesses seraient davantage victimes d’harcèlement, d’intimidation ou de discrimination que leurs collègues masculins, journaldesvoisins.com a interrogé cette semaine deux des trois élues* de notre arrondissement sur la difficulté d’être une femme en politique municipale. Si tant Émilie Thuillier que Nathalie Goulet reconnaissent volontiers que la situation s’est améliorée ces dernières années, elles concèdent que des efforts doivent encore être déployés.

«C’était plus compliqué [ndlr: d’être une femme en politique municipale] il y a peut-être 8 ans ou 6 ans. Quand j’ai été élue pour la première fois, on était très peu nombreuses. Cela m’est souvent arrivé d’être la seule femme autour de la table», a expliqué en entrevue au journaldesvoisins.com, la mairesse Émilie Thuillier, dont la première élection – à l’âge de 30 ans – en tant que conseillère municipale du district d’Ahuntsic remonte à 2009.

«Comme jeune élue, j’ai vu une différence incroyable entre les hommes et les femmes. Dans l’arrondissement, nous étions alors trois élus à peu près du même âge, deux hommes et moi-même. J’étais mère de famille, alors que les autres n’avaient pas d’enfants, mais tout le monde les traitaient comme « messieurs les élus », et moi je passais derrière et les gens pensaient que j’étais l’attachée politique du maire», a poursuivi Mme Thuillier, en notant que la situation avait toutefois complètement changé en 2017, avec l’atteinte de la parité sur la scène politique municipale montréalaise.

Émilie Thuillier relève toutefois que les embûches auxquelles les femmes peuvent être confrontées, ne sont pas l’apanage de la politique et se retrouvent dans toutes les sphères de la société.

«Il faut toujours rester vigilants parce qu’on n’est pas à l’abri d’un recul et (il faut) continuer à viser la parité dans tous les milieux», a-t-elle indiqué.

Plus difficile dans les petites municipalités ?

Noël 2018 sur Fleury Ouest

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Si, en ce qui la concerne, Émilie Thuillier souligne n’avoir jamais subi d’intimidation, d’harcèlement, ni n’avoir jamais éprouvé l’impression que sa parole était moins prise en considération que celle d’un collègue, elle pense que la situation peut parfois être plus compliquée pour les élues des municipalités en dehors de la métropole.

«Il est probable que ces mairesses-là soient très souvent les seules femmes autour de la table. Donc, c’est dans ce contexte-là, qu’elles [sont susceptibles de vivre] du harcèlement, de l’intimidation parce que ça devient un peu « la femme de service » en fait. Donc je peux comprendre ce sondage. Ceci dit, à Montréal, on a une dynamique qui est un peu différente parce que justement on est plus nombreuses comme élues», a estimé la mairesse d’Ahuntsic-Cartierville.

Publié en décembre dernier, le sondage de la FMQ met effectivement en évidence une certaine difficulté à attirer les candidatures féminines aux postes d’élues. Ainsi, il y aurait toujours moins de 20 % de mairesses et moins de 40 % de conseillères au Québec.

En outre, «les problèmes de violences psychologiques et physiques sont toujours présents dans les rapports entre les élues et leurs collègues et les citoyens. L’absence d’une personne ou d’une instance à laquelle les élu(e)s municipaux pourraient se référer en cas de situation problématique a été soulignée par les représentantes de la FQM», peut-on notamment lire dans le communiqué de presse de la Fédération québécoise des municipalités.

Double standard pour les politiciennes

La conseillère du district d’Ahuntsic et responsable de la Sécurité publique de Montréal, Nathalie Goulet (Photo: archives jdv)

Fraîchement élue en novembre dernier, la conseillère de ville du district d’Ahuntsic et membre du comité exécutif responsable de la Sécurité publique, Nathalie Goulet, n’en a pas moins une longue expérience en matière de discriminations faites aux femmes, elle qui a été auparavant et pendant 16 ans, directrice du Conseil d’intervention pour l’accès des femmes au travail (CIAFT).

«Le travail d’élu(e) est très exigeant. Il y a un double standard, par exemple, pour les femmes en politique. Les politiciennes l’ont souvent dit dans le passé (…) : il ne faut jamais avoir l’air fatiguée, toujours avoir l’air très assurée dans ses dossiers, ne pas avoir de doute etc… Sinon c’est tout de suite mal perçu», a confié Nathalie Goulet, en entrevue au journaldesvoisins.com.

Tout en soulignant n’avoir jamais pour l’heure fait l’objet d’intimidation ou de harcèlement, Mme Goulet signale toutefois avoir déjà pu constater que «certains hommes sont très sévères et peut-être un peu moins respectueux de la position qu’occupe une femme en autorité comme une mairesse par exemple.»

«Malheureusement, cela existe encore. C’est pour cela qu’il faut en parler. Je ne dis pas que [les élues] doivent être exemptes de critiques, mais la façon dont c’est fait, la virulence… Personnellement, je n’ai pas encore été attaquée sur Facebook, mais je sais qu’il y a des mairesses actuellement qui se font presque menacer de mort à cause du déneigement. Cela va très loin, très vite, et c’est inacceptable», a fait valoir l’élue.

Importance du leadership féminin

Siégeant également au comité exécutif de la Ville, Nathalie Goulet se réjouit que celui-ci soit désormais paritaire et assure veiller à travailler en collégialité avec ses collègues, élues particulièrement, et à renchérir sur ce qu’elles disent.

«Le fait d’avoir un leadership féminin, une mairesse, ça change beaucoup de choses. Le fait d’avoir la parité dans nos instances, c’est extrêmement important. On se sent tout de suite plus légitimes par notre présence et par notre voix, mais on n’est pas encore socialisées de la même manière que les hommes. (…) Ce qui fait que même si on a un dossier important, prendre notre place, dire ce que l’on pense, assumer les choses, on a encore du travail à faire sur soi et collectivement là-dessus. Il faut écouter les femmes qui parlent, sans les interrompre. Quand on parle du mansplaining, c’est cela», a estimé Nathalie Goulet.

Elle note par ailleurs que si des mesures ont été prises pour améliorer la conciliation travail-famille des élus, celle-ci demeure malgré tout plus compliquée pour les femmes.

*À l’heure où nous mettions cet article en ligne sur le Web, la conseillère de ville du district de Bordeaux-Cartierville, Effie Giannou,  n’avait toujours pas répondu à nos sollicitations d’entrevue pour participer à cet article.

Cet article a été publié en prévision de la Journée internationale des femmes qui sera soulignée le 8 mars prochain.