Francis D. (Crédit-photo: Rodolphe Beaulieu)

L’auteur-compositeur-interprète Francis D, de son nom d’artiste, s’est posé à Ahuntsic l’été dernier après avoir embrassé un mode de vie nomade durant plusieurs années. Même si les départs interpellent encore l’âme voyageuse, il désire faire du quartier le port d’attache de sa petite famille. Même le titre de l’album Au
jardin, lancé en octobre dernier, laisse présager une existence plus enracinée.

« J’ai déjà adopté le parc avec mon petit bonhomme, se réjouit le nouveau papa en dirigeant son regard vers le vaste terrain enneigé visible du Café de Da. J’ai passé beaucoup de matins à me balancer ici, puis à regarder les canards et les oies pour laisser dormir la maman. »

Une envie de partage

L’engouement de Francis Desroches pour la musique remonte à l’enfance alors qu’il convoitait la guitare désaccordée endormie sous le lit de son père. Après un apprentissage autodidacte à l’adolescence, les textes et les créations se sont enchaînés. Toutefois, la timidité a poussé le musicien à limiter la diffusion de ses pièces à un cercle plus privé.

Aujourd’hui, Francis D est prêt à faire connaître son art.

« Enregistrer un album indépendant en studio, c’est pour jouer ses pièces, tranche-t-il. La gêne est encore présente, mais il faut la surmonter. C’est un autre partage qui peut venir également avec de belles occasions. »

Durant la réalisation d’Au jardin, M. Desroches s’est entouré d’un groupe éphémère. La chimie ayant opéré, les acolytes ont décidé de poursuivre leur association.

« J’aime faire le one-man band, mais c’est épuisant de conjuguer les percussions, la guitare, l’harmonica et la voix. À quatre, il y a une énergie nouvelle et je suis davantage dans l’appréciation du jeu. »

En plus d’une sonorité folk et métissée probablement héritée de ses voyages et de ses projets de coopérations au Honduras, en Bolivie et au Sénégal, ses oeuvres engagées sont le reflet de ses préoccupations.

« J’aurais voulu est une conversation poétique avec un enfant à naître sur l’avenir de la planète. La lutte contre les changements climatiques est l’enjeu auquel je dédie mon engagement citoyen », souligne l’artiste, également membre du comité Mobilisation environnement Ahuntsic-Cartierville (MEAC).

Un parcours hétéroclite

Grâce à sa maîtrise en santé environnementale, le militant est conscient que le péril climatique s’accentue.

« Je ne peux pas être dans le déni, mais, en même temps, il n’y a rien de nouveau. L’inquiétude est bel et bien là depuis longtemps », constate-t-il.

Afin de poser un geste tangible, l’Ahuntsicois a démarré un groupe d’achat afin de faciliter l’approvisionnement en zéro déchet et une alimentation biologique dans l’arrondissement.

« C’est à petite échelle et très communautaire à travers le groupe du MEAC, mais, si d’autres résidants veulent tenter le coup, nous pourrions partager notre expérience. Il y a des changements que nous devons essayer d’approcher et ça, c’en est un concret au quotidien. »

Après avoir partagé la réalité de jeunes Sénégalais vivant au milieu de dépotoirs, sans recyclage ni tri à la source, la réduction et la gestion des déchets prennent tout leur sens pour Francis Desroches.

En plus d’avoir été des vecteurs de conscientisation, ses séjours à l’étranger lui ont donné envie d’orienter sa carrière vers l’éducation préscolaire et l’enseignement primaire.

Depuis, la flexibilité offerte par la suppléance a été une chance de vivre sa passion et d’intégrer, entre autres, l’équipe du Wapikoni. Ce studio ambulant de formation et de création audiovisuelle des Premières Nations a permis à M. Desroches de tisser des liens avec de jeunes artistes.

En 2014, un désir d’isolement a encouragé Francis D à accepter une tâche d’enseignement dans le Grand Nord. Tel qu’espéré, son premier album a été complété entre ses moments libres et les cours de français et d’histoire dispensés.

Deux pièces inspirées de son expérience figureront dans ses prochains projets. La première chanson, plus politique, évoque le massacre de chiens de traîneaux au Nunavik dans les années 1950 et 1960. Le récit de cet abattage massif pour contraindre le peuple à la sédentarisation a marqué l’enseignant tout comme ses étudiants.

La seconde composition est beaucoup plus légère. Elle met en relief les bons côtés du Grand Nord et de sa communauté joviale, accueillante et festive. Il s’agit pour M. Desroches d’une manière de ne pas sombrer dans le négativisme caractérisant trop souvent les discours au sujet des communautés autochtones.

D’ici aux prochains voyages et allers-retours, Francis D construit les fondations de sa vie dans Ahuntsic-Cartierville.

Comme il le chante si bien, il bâtit de ses mains un jardin où il pourra vieillir et cultiver les souvenirs.

Cet article a d’abord été publié dans notre mag papier d’avril 2019. 

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