Premier cambriolage Friperie Cartier Émilie - Phots Courtoisie
Premier cambriolage Friperie Cartier Émilie – (Photo : courtoisie)

« En deux nuits, deux cambriolages. C’est la première fois que ça arrive. Nous sommes choquées », déclare Anca Niculicioiu, directrice générale de la friperie Cartier Émilie.

Les nuits du samedi 13 novembre au lundi 15 novembre, un intrus a fait des dommages et a volé des biens et de l’argent pour un montant de plus de 3 400 $ à la Friperie Cartier Émilie, située sur Gouin Ouest, dans Cartierville.

Pour ce commerce de proximité et d’économie sociale, c’est une grosse perte. La friperie devra trouver d’autres moyens pour poursuivre sa mission. Venir en aide aux résidants du quartier est essentiel pour l’équipe de la friperie.

Malgré le choc, l’équipe et sa dg sont est à pied d’œuvre pour accueillir la clientèle dès le mercredi !

Arrestation

Les policiers du PDQ10 ont arrêté le suspect deux jours plus tard.

« Le 17 novembre, des policiers du PDQ 10 ont procédé à l’arrestation d’un individu pris en flagrant délit lors d’une introduction par effraction. Le suspect serait relié à au moins cinq événements dans le secteur. Des analyses sont en cours pour déterminer s’il pourrait être associé à d’autres événements. L’individu a comparu à la cour du Québec le 18 novembre et des accusations pour introduction par effraction ont été portées contre lui », déclare le SPVM à notre journaliste.

Et l’équipe de la friperie Cartier Émilie raconte au journaldesvoisins.com comment elle a vécu ce double cambriolage.

Premier cambriolage

Dimanche 14 novembre vers 10 h, Sandra Avalos, responsable du plancher de vente, prend ses clefs et ouvre la première porte de la friperie. La porte se referme. Elle est dans le sas d’entrée. Mme Avalos pousse la deuxième porte. Quelque chose ne va pas. Elle tourne la tête vers la droite.

« Je vois la caisse ouverte et le comptoir tout en désordre. Il y avait des affaires partout. J’ai eu un choc », décrit Mme Avalos.

Au fond du magasin, la grande baie vitrée, principale source de lumière naturelle tout en rondeur, est éventrée sur sa partie la plus discrète. Un des carrés de verre sur le côté droit est brisé. De la vitre en mille morceaux jonche le sol un peu partout : des verres et des plats en verre ciselé, jaunes, verts, rouges, tous écrasés au sol, brisés. La vitrine en laiton qui mettait en valeur ces objets est en tout en vrac, jetée à terre. Le premier choc passé, Mme Avalos décide rapidement d’appeler sa DG.

Anca Niculicioiu DG de Friperie Cartier Émilie - Porte cassée suite à cambriolage - Crédit Leila Fayet
Anca Niculicioiu DG de Friperie Cartier Émilie – Porte cassée suite à cambriolage – Crédit Leila Fayet

« J’appelle la police vers 11 h en me rendant à notre friperie. Une fois sur place, je fais le tour des locaux. Des armoires éventrées, des portes forcées et fendues, des affaires jetées au sol, brisées ! […] Je constate que le voleur a pris 145 $ en argent. J’estime notre perte en matériel et marchandise à environ 1 500 $ », déclare Anca Niculicioui, DG de la friperie.

Deux policiers du PDQ 10 arrivent sur les lieux vers midi. Hélas, après une heure d’investigation, ils constatent que les traces laissées par le voleur ne sont pas suffisantes pour étoffer le dossier.

Rouvrir coûte que coûte

Dès le départ des policiers, Mme Niculicioiu, Mme Avalos et son mari remettent en état la boutique : il faut absolument ouvrir lundi.

Pour la clientèle, composée de plus de 70 % de femmes, c’est la saison d’acheter des manteaux et des bottes d’hiver pour leur famille. Le froid arrive, les pulls, pantalons et chaussettes chauds sont vitaux.

Revenu annuel familial en 2021 de la clientèle de la friperie Cartier Émilie - Souce Friperie Cartier Émilie - Crédit Leila Fayet
Revenu annuel familial en 2021 de la clientèle de la friperie Cartier Émilie – Source Friperie Cartier Émilie – Crédit Leila Fayet

En 2021, plus de 60 % de la clientèle a un revenu familial annuel inférieur à 30 000 $. Plus de 40 % des clients habitent Bordeaux-Cartierville et 12 % Ahuntsic. Les autres viennent entre autres de St-Laurent et de Laval.

« La clientèle compte sur la friperie. Lorsqu’elle est inhabituellement fermée, les gens passent et repassent devant l’entrée, se demandant quand ils vont pouvoir accéder aux biens dont ils ont besoin », précise Mme Avalos.

Pour leur clientèle, l’équipe de la friperie se mobilise et affronte ses peurs pour ouvrir lundi matin comme d’habitude.

Après des heures de travail acharné et sept boîtes de verres brisés ramassés, la boutique est enfin prête ! Chacun et chacune rentre chez soi, le cœur lourd de cette intrusion. Mais le sentiment du devoir accompli les réconforte un peu.

Caisse et comptoir en vrac - Double cambriolage Friperie Cartier Émilie Crédit Courtoisie
Caisse et comptoir en vrac – Double cambriolage Friperie Cartier Émilie Crédit Courtoisie

Deuxième cambriolage

Lundi matin, avant l’ouverture, Mme Sandra Avalos, reçoit un appel. La plaque de bois qui avait été vissée par un bénévole pour boucher le trou laissé par le voleur a été défoncée. Une cliente de la friperie passe tous les matins par la rue du Bocage, en arrière de la friperie. Elle va chercher sa voiture pour déposer ses enfants à la garderie. Elle a, du coin de l’œil, vu la plaque éventrée. Mme Sandra Avalos, en congé ce jour-là, appelle à nouveau sa DG, Anca Niculicioiu.

Cette fois-ci, la police est arrivée en moins d’une heure après l’appel au 911 de Mme Niculicioiu. L’équipe de la friperie est restée dehors. Elle n’a pas compromis la scène du crime comme on dit dans les films. Les policiers ont d’ailleurs trouvé des indices. Et ils ont sécurisé des zones.

« Nous n’avions pas le droit de rentrer tant que la police scientifique n’était pas passée. Un bénévole est venu fermer le trou sur rue de Bocage avec une plaque de bois. Mais cette fois-ci, pour ne pas gêner le travail de la police, on l’a fait passer par l’extérieur. Vous voyez, la plaque de bois est fixée de l’extérieur. J’ai renvoyé tous mes collègues chez eux. J’ai attendu la police scientifique. Lundi en fin d’après-midi, une femme policière est descendue d’un camion avec une valise. Elle est rentrée dans la friperie et moins d’une heure plus tard, elle est repartie avec des indices. Cette histoire est éprouvante. Mais pas question de fermer plus d’une journée. Mardi on a nettoyé, rangé, remis en place le plancher et mercredi matin, on était ouvert ! Les gens ont besoin de nos services ! » ajoute Mme Niculicioiu.

Soutien des résidants

Youssouf Mahamat Mahamat aime tellement la friperie qu’il la recommande vivement à chaque nouvel immigrant rencontré. Lui-même est arrivé à Montréal il y a quatre ans. Il ne parlait pas français. Il achète des livres à la friperie et les lit en rentrant chez lui. Il ne manque aucune occasion de parler français. C’est qu’il apprécie vivre au Québec et dans Cartierville en particulier.

« J’habite Cartierville depuis quatre ans. Je suis vraiment fier de cette boutique. Si quelqu’un me demande pour une table, ou une télévision, ou des chaussures moins chères. Je les réfère automatiquement ici. Je viens trois à quatre fois par semaine, le matin. Après, je vais au travail. Pour moi la friperie, c’est important, je m’habille ici. Et lorsque du Tchad, mes enfants viendront me rejoindre avec ma femme, je les emmènerai ici pour les habiller et nous équiper », soutient clairement M. Mahamat Mahamat.

Mme Niculicioiu a les yeux souriants à ce discours, masque oblige, on ne peut que deviner un beau sourire. Mais son regard s’assombrit en repensant aux pertes dues au dernier cambriolage.

Encore des pertes, aux conséquences désolantes

Mardi, elle a fait l’inventaire des pertes. Cette fois-ci, des dons ont été volés, impossible à évaluer. L’intrus a aussi pris sept cellulaires, dont un évalué par leur stagiaire informaticien à 200 $. Il faut aussi compter la réparation de la vitrine en laiton, entre 300 et 400 $. Et elle n’a pas encore estimé les réparations de tous ces dégâts. Le propriétaire du local devra débourser autour de 400 $ pour réparer le carré de la baie vitrée par lequel le cambrioleur est entré.

« Je suis désolée et déçue. Les 300 $ de certificats cadeaux de Winners, Dollarama et Métro ont disparu ! D’habitude avec ses certificats, nous achetons les cadeaux de Noël pour les enfants. Nous cherchons activement des solutions, pour malgré tout, offrir les cadeaux. Et puis, nos deux jours de fermeture nous ont fait perdre 400 à 500 $ de vente. Avec tout ce manque à gagner, ça va être difficle. Par exemple, nous devons pouvoir offrir des manteaux et bottes d’hiver pour hommes et enfants. Notre clientèle en a vraiment besoin », déplore Anca Niculicioiu, DG de la friperie.

Tous ces soucis jettent de l’huile sur le feu. Le double cambriolage confirme le sentiment d’insécurité croissant depuis quelque temps dans Cartierville.

Sentiment d’insécurité

L’équipe est marquée par cette expérience.

  • Une employée a demandé à son mari de l’accompagner pour aller travailler. Elle a fait aussi un cauchemar, une sombre histoire de bijoux et de sécurité. Elle est encore un peu inquiète.
  • L’autre collègue n’a pas pu se retrouver seule dans les locaux pendant une semaine. Mais depuis le 22 novembre, elle a repris ces habitudes.

« Nous réalisons que nous sommes fragiles, exposées surtout après la tombée de la nuit: […] Je crois que cet état d’esprit va passer, mais c’était un grand choc émotionnel, voir aussi le saccage de lieux que nous gardons en ordre autant que possible», précise Anca Niculicioiu.

Elle constate aussi la présence croissante de personnes en situation d’itinérance et de personnes désorganisées. Elle se sent désolée face à cette souffrance. Elle ne pense pas que ces personnes aient commis le vol. Elle penche plutôt pour une personne qui aurait eu un besoin urgent d’argent pour s’acheter de la drogue. Et à la suite des deux cambriolages, elle se demande si la police ne pourrait pas faire des rondes de nuit pour dissuader d’éventuels crimes ou délits. Elle trouve inquiétant qu’il n’y ait pas de police la nuit.

Qui appeler - Crédit leila Fayet - Sources SPVM - Émilie Thuillier
Qui appeler ? Schéma non exhaustif- Crédit Leila Fayet – Sources SPVM – Émilie Thuillier

 

Dissuasion et prévention

« […] Les citoyens ont […] toutes les raisons de se sentir en sécurité dans leur quartier. Des plans de patrouille sont organisés en fonction d’analyses criminologiques et opérationnelles pour une couverture optimale du secteur. Ce sont des policiers de l’arrondissement qui assurent la couverture de nuit. […] Les signalements permettent aux policiers de résoudre des crimes et de les prévenir. La collaboration des citoyens est d’ailleurs essentielle pour protéger le sentiment de sécurité de tous dans notre communauté », explique le SPVM.

Pour faire un signalement, le citoyen peut appel le PDQ10 ou info crime.

Selon le SPVM, des policiers du PDQ 10 rencontrent les commerçants du quartier pour échanger avec eux et les sécuriser. Le PDQ 10 travaille aussi sur la prévention. Il fait partie de la Table de concertation sur l’itinérance avec l’arrondissement.

« Il y a 12 ans, nous avions mis en place une table de concertation sur l’itinérance. Aujourd’hui, cette table implique RAP Jeunesse, le CIUSS, l’arrondissement, le PDQ 10, le PDQ 27 », précise Emilie Thuillier, mairesse d’Ahuntsic-Cartierville.

Dès 2022, pas moins de cinq millions de dollars vont financer de façon récurrente la prévention dans Ahuntsic-Cartierville, annonçait le conseil d’arrondissement d’octobre. Cette année, 2,4 millions de $ étaient alloués à Entre-Maison et RAP Jeunesse, deux organismes œuvrant pour la prévention. Ces financements proviennent de la Ville-centre dans le cadre du Programme de prévention de la violence commise et subie par les jeunes.

Rappelons que l’affaire du cambriolage de la friperie Cartier Émilie suit son cours et que le PDQ 10 a arrêté un suspect, le 17 novembre.

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André Gravel
André Gravel
7 Mois

C’est minable de voler une friperie.

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