(Photo: François Robert-Durand)

Aéroports de Montréal (ADM) émet un couvre-feu sur la circulation des gros avions à réaction, soit ceux qui pèsent plus de 45 000 kg. Pour ces avions, il est interdit de décoller de minuit à 7h du matin (sauf exceptions) et d’atterrir entre 1h et 7h du matin. Un avion peut donc atterrir à l’aéroport Dorval-Trudeau entre minuit et 1 heure du matin, alors que le commun des mortels dort du sommeil du juste… Une étude indépendante sortie en janvier dernier affirme cependant que cet écart d’une heure est «injustifié», car décollage et atterrissage produisent la même quantité de bruit. 

Selon l’étude du chercheur Duncan Sanderson,  «Analyse du bruit et des types d’avion, Aéroport de Montréal-Trudeau» , ces avions émettent en moyenne 74,9 décibels au décollage et 75,2 décibels pour les atterrissages. Ce qui est pratiquement le double du nombre de décibels maximum recommandé par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) vis-à-vis le bruit du trafic aérien.

La cueillette de données a été effectuée à Dorval avec les compteurs d’ADM.

«Les données que nous avons utilisées pour l’analyse du niveau de bruit proviennent de stations de monitorage du bruit disponibles au site https://webtrak.emsbk.com/yul2, un siteWeb géré par ADM. La première station que nous avons consultée est située à 3.5 km à l’est de l’aéroport Montréal Trudeau (Dorval). Nous avons choisi cette station, située à proximité du boulevard Marcel-Laurin, parce qu’elle est la plus éloignée de toutes les stations de monitorage du bruit des avions d’ADM. À noter que plusieurs quartiers résidentiels se situent entre la station de mesure et l’aéroport», peut-on lire sous la rubrique Méthodologie, dans le rapport du chercheur Sanderson.

Bien que les chiffres sont probablement moins élevés à Ahuntsic-Cartierville, la reprise des liaisons aériennes ramène le bruit des avions à l’ordre du jour.

L’auteur de l’étude indépendante, Duncan Sanderson, a contacté ADM par courriel à deux reprises à la suite des résultats de cette recherche. La réponse d’ADM l’a quelque peu laissé sur sa faim.

Je trouvais ça curieux. Ils (NDLR: les représentants d’ADM) m’ont référé à leur site web, donc je n’ai pas de réponse, en fait. Je ne comprends pas leur raisonnement.

La réponse envoyée à Duncan Sanderson par ADM? Un lien vers une section de leur site web qui explique pourquoi les avions sont moins bruyants au décollage qu’à l’atterrissage. ADM a donc envoyé à M. Sanderson précisément ce que son étude dément. 

 

Capture d’écran de la section FAQ du site web d’Aéroports de Montréal. Pour accéder à la page: https://www.admtl.com/fr/adm/collectivites/climat-sonore/faq

 

Le JDV a contacté ADM pour réagir à cette étude. Voici leur réponse envoyée par courriel: 

«Les flottes aériennes ayant changé au cours des dernières années, ADM a élaboré en 2019 un plan d’action ayant pour objectif d’optimiser la gestion du climat sonore, qui l’a mené a faire une recension des meilleures pratiques de 30 aéroports internationaux. Parmi les initiatives retenues, celle d’analyser l’impact de divers systèmes de gestion des vols de nuit basés sur la certification des avions par l’OACI au lieu du poids – une approche plus européenne – et recommander un nouveau système en fonction des résultats. Cette action a été priorisée pour l’année 2022.»

Les affaires avant la santé publique? 

Les résultats de cette étude ne surprennent pas Pierre E. Lachapelle, porte-parole des Pollués de Montréal-Trudeau, un groupe dont est également membre Duncan Sanderson, chercheur.

C’est probablement les objectifs d’affaires, des demandes des compagnies aériennes et la façon dont elles planifient les transports. (…) Dans un environnement densément peuplé, ça ne tient pas debout.

Le porte-parole des Pollués affirme également que c’est ADM qui fait ses propres règles vis-à-vis les heures de transport. Il n’y a aucune entité gouvernementale qui peut mettre au point des mesures contraignantes. 

ADM fait les horaires à son goût. À ce couvre-feu qui n’en est pas un, s’ajoute tout un régime d’exemptions. Votre avion a des problèmes, la réparation est effectuée et il peut rentrer à 3h ou 4h du matin. 

Un manque de volonté politique

M. Lachapelle affirme qu’à l’instar d’autres juridictions, le ministère des Transports a le pouvoir de légiférer, mais qu’il ne le fait pas par manque de volonté politique. Il cible plus particulièrement l’actuel ministre fédéral des Transports, Omar Alghabra. 

« On lui a réitéré notre intérêt à aborder cet enjeu avec lui. Nous n’avons pas eu d’écho, pas même un accusé de réception. »

Rappelons qu’un Observatoire sur le bruit est présentement en gestation dans l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville.

En période pré-pandémique, ADM enregistrait deux fois plus de vols qui passaient vers l’Aéroport Montréal-Trudeau. Avec la reprise du trafic aérien, le bruit des avions risque de redevenir monnaie courante. 

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