(Photo : jdv – Joran Collet)
(Photo: montage JDV P. Rachiele)

On estime à un million le nombre d’adultes analphabètes au Québec, soit 19 % des Québécois. Un Québécois adulte sur cinq éprouve des difficultés majeures en lecture. Des statistiques étonnantes qu’il est important d’examiner de plus près.

« Les chiffres ne veulent rien dire, la réalité est plus complexe », nous dit sévèrement Line St-Germain, animatrice en alphabétisation au Centre de ressources éducatives et communautaires pour adultes (Créca) à Ahuntsic-Cartierville, lorsqu’on lui demande des statistiques sur l’analphabétisme dans l’arrondissement.

L’animatrice trouve réducteur et alarmiste de parler d’analphabétisme sur le plan des chiffres uniquement.

Mme St-Germain croit que les gens analphabètes sont victimes d’un système et qu’ils n’ont pas eu le soutien qu’ils méritaient. Il est important pour elle de déconstruire le préjugé que les gens analphabètes le sont par paresse ou par manque d’intelligence.

« L’analphabétisme a un lien direct avec la pauvreté. Certaines personnes doivent quitter l’école pour aider leur famille à survivre financièrement », explique-t-elle.

Elle trouve que les personnes qui viennent s’alphabétiser au Créca sont courageuses.

« Elles veulent apprendre. Elles passent par-dessus la gêne et la honte associées à leur condition pour changer et améliorer leur situation. »

Nécessité de savoir lire

Agathe Diedhiou, une mère de famille d’origine sénégalaise arrivée au Québec en 2016 et demeurant maintenant à Ahuntsic-Cartierville, fréquente le Créca depuis janvier 2019.

Pour Mme Diedhiou, il était possible de vivre au Sénégal sans savoir lire et écrire. Elle pouvait tout de même travailler et faire du commerce, mais elle considère qu’ici, au Canada, c’est impossible.

Pour elle, les enjeux de lecture sont principalement liés à la technologie. Par exemple, pour prendre un rendez-vous à l’hôpital, elle doit manipuler un clavier. Pour passer à la caisse libre-service à l’épicerie, elle doit faire face à un écran.

Le Créca offre justement des cours d’informatique. Au Sénégal, Agathe Diedhiou n’avait jamais été à l’école et n’avait jamais touché à un clavier ou à une souris d’ordinateur.

Maintenant, Mme Diedhiou peut envoyer des courriels et faire des recherches avec son téléphone intelligent.

« Je me suis beaucoup améliorée depuis que je fréquente le Créca. Je sais maintenant suffisamment lire et écrire pour subvenir à mes besoins », nous dit-elle, manifestement heureuse.

L’alphabétisation populaire

La particularité du Créca est de se spécialiser en alphabétisation populaire, une approche qui s’oppose à une alphabétisation plus scolaire, précise Line St-Germain, et qui est, pour elle, plus humaniste.

« Il n’y a pas de programme, pas d’échéance, pas d’évaluation, pas d’examen. C’est multiniveaux. On s’ajuste aux besoins de chacun », explique-t-elle.

La commission scolaire fait aussi de l’alphabétisation, mais dans l’objectif d’amener les étudiants à finir leur secondaire 5. Il y a donc des programmes avec des niveaux et des évaluations.

Différences avec la francisation

Il est important de faire la différence entre l’alphabétisation et la francisation.

Le ministère de l’Éducation (MEQ) et le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion (MIDI) offrent tous les deux des ateliers de francisation. L’objectif est que le nouvel arrivant soit autonome au plan oral dans la langue du pays d’accueil.

Le MIDI fait de l’alpha-francisation, ce qui consiste à apprendre à une personne analphabète dans sa langue maternelle à parler le français.

L’alphabétisation, elle, ne s’adresse pas uniquement aux immigrants. Tous les apprenants parlent déjà le français, mais ils ont de la difficulté à l’écrire ou le lire.

Le Créca offre de l’alphabétisation et de la francisation. Si le centre d’éducation populaire autonome se trouve à Ahuntsic-Cartierville, des gens provenant de l’extérieur de l’arrondissement le fréquentent également. C’est le seul organisme à faire de l’alphabétisation populaire à Ahuntsic-Cartierville et Montréal-Nord. À Montréal, on compte une dizaine d’organismes qui font de l’alphabétisation populaire.

Prendre note que les inscriptions sont ouvertes en continu toute l’année au Créca. Pour en savoir plus, c’est par ici!

Vous pouvez lire cet article dans le mag papier de septembre 2019, présentement en distribution sur tout le territoire.

 

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