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Barrage Simon-Sicard

D’autres travaux en juin ; audiences du BAPE à venir

Publié le 29/03/2019
par Alain Martineau

Travaux de l’automne dernier (Photos: archives jdv)

Les travaux reprendront vers la fin juin dans l’un des trois secteurs jugés prioritaires par Hydro-Québec dans le cadre du projet de réfection d’urgence du mur de soutènement en amont du barrage Simon-Sicard, un ouvrage qui fait 1,3 km du côté sud de la rivière des Prairies, entre les ponts Viau et Papineau, dans l’est de l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville. Rappelons que ces travaux dits d’urgence n’ont pas été soumis à une analyse du BAPE.

La suite des travaux, l’enrochement par remblai, débutera d’abord derrière l’école secondaire Sophie-Barat vers la fin juin, a confirmé Hydro-Québec; ils se termineront avant ou au début de la rentrée scolaire de septembre, afin de ne pas nuire aux étudiants et enseignants.

Puis, les équipes d’experts poursuivront leur travail à l’automne aux deux autres secteurs prioritaires, soit derrière la Résidence Berthiaume-Du Tremblay (CHSLD) et le site historique de Fort Lorette, situé tout près, à l’est.

Après avoir déversé, l’an dernier, des tonnes de gravier à ces trois endroits du barrage jugés «sensibles», là où les glaces viennent frapper le long mur de béton immergé, on passera donc à l’étape du remblai par enrochement afin de permettre de stabiliser le mur-barrage une fois pour toutes.

Concrètement, il s’agit de poser de grosses roches, comme celles que l’on voit en mains endroits sur les rives du St-Laurent, notamment dans l’Est du Québec, pour stopper l’érosion. La population riveraine sera informée du plan de match des autorités vers la mi-juin.

Ces travaux d’urgence se font sur une distance d’environ 600 mètres au total et n’ont pas été soumis à une consultation du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE). Mais à moins d’imprévu, des audiences auront lieu dans environ deux ans.

Montagne de roches

Rien que pour le secteur de l’école Sophie-Barat, plus de 30 000 mètres cubes de petites pierres ont été déversées l’an dernier afin de constituer l’assise servant de tampon au mur afin qu’il ne bouge plus. Des déversements ont aussi eu lieu l’automne dernier à l’arrière du CHSLD et de Fort Lorette (à l’est de la rue du Fort-Lorette et à l’ouest de l’Église de la Visitation).

« La première étape était de stabiliser le mur, en déversant une importante quantité de petites roches qui reposent maintenant dans le lit de la rivière, a indiqué Jean-Philippe Rousseau, responsable des relations avec le milieu, à Hydro-Québec. Dans la partie plus à l’est (CHSLD et Fort Lorette), les sols sont considérés comme mous. Le compactage du sol s’est fait pendant l’hiver ».

On peut voir notamment des monticules de petites pierres, laissant croire à l’ajout d’une presqu’île tout près du rivage aux trois endroits à prioriser.

Mais le remblai que l’on voit sera réduit. Après le compactage, on complétera les chantiers via le remblai en enrochement, ce qui permettra un réaménagement et  une biodiversité (variété des écosystèmes et espèces).

De plus, comme dans le secteur de Sophie-Barat, outre la plantation d’arbres, on prévoit ajouter un sentier piétonnier alors que la piste cyclable sera elle revampée. Et l’on pourra continuer à louer des équipements nautiques en période estivale.

Hydro-Québec tient à rappeler que l’opération  réaménagement a été présentée à la Ville de Montréal et à la Commission scolaire de Montréal (CSDM), question de respecter le Plan directeur de développement des berges de la rivière des Prairies.

Architecte en furie

Un citoyen du quartier qui suit le dossier de près, l’architecte Jocelyn Duff, s’interroge sur ce qui a été fait jusqu’ici et sur ce qui s’en vient (il a notamment envoyé une lettre au journal Le Devoir en fin d’année à ce sujet).

« On devait demander un permis d’autorisation  au ministère de l’Environnement pour continuer les travaux au printemps, a soutenu M. Duff. Il faut un dépôt de projet, mais on n’en sait rien jusqu’ici. Il se passe quelque chose, peut-être », a-t-il avancé, au  journaldesvoisins.com.

Mais à ce sujet, le porte-parole d’Hydro a indiqué que cette formalité est sur le point d’être réglée. Le permis devrait arriver avant le début des travaux.

Quant à lui, Jocelyn  Duff déplore que le BAPE ne se soit pas encore penché sur le projet bien qu’il reconnaisse que des audiences finiront par se tenir.

Il faut comprendre qu’en raison de ces projets prioritaires ou urgents, Hydro-Québec a pu se soustraire d’audiences éventuelles en utilisant l’article 31.7.1  de la Loi sur la qualité de l’environnement, «afin de prévenir tout dommage».

Mais comme l’a rappelé M. Rousseau, des discussions ont eu lieu avec le ministère de l’Environnement en exposant l’urgence d’agir, précisant qu’année après année, en hiver, les glaces frappent fortement sur le barrage.

Le projet soustrait, comme l’a dit le ministère de l’Environnement dans une missive expédiée à M. Duff à la fin janvier,  «un peu moins de 600 mètres sur une distance totale d’environ 1,3 kilomètre».

Maintenant,  Hydro a fait savoir qu’un avis de projet pour les travaux pour les sections restantes du mur sera déposé au ministère de l’Environnement.

Évaluation en partie après travaux

Le projet global, affirme la direction du ministère, demeure assujetti à une procédure d’évaluation des impacts du projet sur l’environnement.

Différentes étapes sont prévues et des audiences devraient se tenir quelque part à l’automne 2020 (ou aux environs) à moins que personne n’en réclame.

Pour M. Duff, c’est le projet au complet qui doit être soumis au BAPE.

« Ici, on a parlé d’urgence pour s’avancer dans les travaux, c’est souvent utilisé comme stratégie (y compris dans les secteurs de mines ou du pétrole) pour éviter des audiences du BAPE. Ils l’ont fait à ce moment-là (les travaux d’urgence dans trois secteurs prioritaires) alors qu’il y avait du mouvement (sols, murs) dans les années 1970. Des travaux ont été exécutés (plusieurs couches successives de gravier) mais on pourrait attendre 18 mois pour continuer le projet qui une fois réalisé, durera 100 ans », a-t-il analysé.

A ce sujet, Jean-Philippe Rousseau affirme qu’Hydro a procédé depuis longtemps, plus de dix ans, à des examens des barrages.

« On a remarqué depuis un certain temps une inclinaison du mur.  On a fait des auscultations (manuellement) aux trois endroits jugés prioritaires.  On a conclu que des actions devraient être prises plus tôt que tard. Des ancrages avaient été apposés en 2009 mais cela ne joue plus son rôle. »

Rappelons que journaldesvoisins.com, alerté par des riverains le 23 juin 2017, avait publié un article fouillé à ce sujet le 29 juillet 2017, qui relatait notamment que, selon un document du Ministère du Développement durable, Environnement, et Lutte contre les changements climatiques, la dernière étude de la structure telle que répertoriée remontait à 2011.

Indifférence des riverains?

 Entre temps, des travaux se poursuivent  (sondages, tests de sols, inventaire aquatique et faunique) et la population sera informée du suivi dans ce dossier en juin.

Déjà, des soirées d’information ont eu lieu à deux reprises l’an dernier, au Pavillon d’accueil du Parcours Gouin.

Les résidants qui s’y sont rendus ont pu voir des montages photos des grosses pierres posées devant le barrage.

Mais M. Duff dit trouver déplorable qu’Hydro-Québec n’ait  pas visé, selon lui, des techniques optimales.

« Environnement Québec encourage les gens à ne pas faire ce qui est fait. Il existe des techniques de génie végétal (utilisation de plantes vivantes  pour mater l’érosion ou pour stabiliser les sols). On fait du remplissage dans la rivière, en milieu patrimonial notamment, et pas de végétation à venir », a-t-il déploré.

Mais la société d’état avance que tout sera fait pour favoriser la biodiversité.

« Il y aura une petite pente en roche descendant vers la rivière. Les grosses roches qui s’ajouteront seront bien positionnées, on aura ainsi plus de souplesses entre les roches pour favoriser la biodiversité », a promis M. Rousseau

L’architecte Jocelyn Duff compte surveiller de près les étapes à venir.

« Ça touche au cœur de la vie des citoyens. Je me sens  seul là-dedans, il semble y avoir un désintéressement total. Comme dans le cas de la vente du terrain historique, alors que l’on a prévu construire des condos sur le site de Fort Lorette. Heureusement qu’il y a eu un intérêt citoyen pour intervenir. Ma lettre au Devoir n’est toutefois pas passée inaperçue », s’est toutefois réjoui M. Duff qui rappelle l’importance de permettre aux citoyens de la ville d’avoir accès au bord de l’eau.

Rappelons que le barrage Simon-Sicard a été érigé il y a 90 ans lors de l’aménagement hydroélectrique Rivière-des-Prairies.