«Mister Eight» est né d’une portée d’une chatte abandonnée. Il vit désormais chez une famille dans Cartierville. Malheureusement de plus en plus de propriétaires interdisent la possession d’animaux. (Photo: François Robert-Durand, archives JDV)

Difficile de trouver un logement locatif abordable qui nous convienne de nos jours et c’est loin d’être évident lorsqu’on veut aussi y vivre avec son chat ou son chien. De nombreux propriétaires exercent leur droit d’interdire les animaux de compagnie. Si bien que «location» rime souvent avec «abandon».  

Cet article est paru dans la version imprimée du Journal des voisins, le Mag papier de juin-juillet 2023, à la page 34.

Annie, une résidente d’Ahuntsic, écrivait sur les médias sociaux en mars dernier: «Je suis très découragée du nombre de logements offerts sur le marché en ce moment qui refusent les animaux. Mon chien a sept ans et il est super tranquille. Je magasine un 4½ depuis octobre et j’ai réussi à en visiter seulement un.»

«C’est tellement l’enfer», renchérit Marie-Sylvie, qui a déjà commencé ses recherches parce que son propriétaire reprendra le logement l’an prochain. L’Ahuntsicoise de 60 ans, qui possède une chatte de 15 ans, affirme que sur une cinquantaine d’annonces qui l’ont intéressée, toutes portaient la mention «pas d’animaux». Elle dit avoir quand même visité deux logements où les propriétaires, une fois qu’elle était sur place, semblaient enclins à accepter son félin en voyant sa photo.

Le Comité logement Ahuntsic-Cartierville (CLAC), qui défend les droits des locataires, est d’avis que toute personne devrait pouvoir habiter avec son animal. Lorsqu’on voit leur interdiction sur les baux, «c’est comme si tous les animaux créaient des problèmes», déplore Yvon Dinel, organisateur communautaire.

Il précise toutefois être contre la présence d’un animal dans un logement s’il endommage les lieux ou s’il jappe constamment, par exemple. «Il faut être responsable en tant que propriétaire d’un animal.» Il souligne que le locateur «a des recours» s’il se retrouve dans une situation ingérable.

«Techniquement, il y a des recours… Pratiquement, ça prend des mois… et les autres locataires ont à vivre avec ça pendant des mois», répond Martin Messier de l’Association des propriétaires du Québec (APQ), qui a ses locaux dans Ahuntsic. Il dit avoir un autre son de cloche. Il parle de locataires qui, au contraire, exigent la garantie qu’il n’y aura ni chien ni chat dans l’immeuble locatif. Mis à part les comportements dérangeants d’un animal, il cite notamment les personnes allergiques qui veulent éviter d’en croiser un dans les corridors.

Obliger les animaux?

L’APQ s’oppose farouchement à une loi qui permettrait la présence d’animaux de compagnie dans tous les logements de la province. Elle a même lancé une pétition en ligne sur son site Internet. Le projet est toutefois soutenu par Québec Solidaire et la SPCA: «La France l’a fait dans les années 1970 et l’Ontario dans les années 1990. Ça ne coûte rien à l’État», fait valoir le parti d’opposition à l’Assemblée nationale.

Une solution possible pour rendre les propriétaires moins nerveux, selon Martin Messier, serait qu’ils puissent obtenir le droit de demander aux locataires un dépôt de garantie, comme c’est permis en Ontario. Ce serait une façon de démontrer qu’ils prennent soin de leur animal: «Ce ne sont pas toujours les animaux qui ont un problème, c’est souvent leur propriétaire!» soutient-il.

Chat
(Photo: François Robert-Durand, archives JDV)

Il est vrai que des animaux de compagnie sont parfois laissés dans un logement vide, notamment durant la période des déménagements, au 1er juillet. Par ailleurs, il est fréquent d’observer des chats dehors qui deviennent errants au bout d’un moment, après avoir été laissés derrière. Pour Martin Messier de l’APQ, «les irresponsables» sont ceux qui abandonnent leurs animaux. Selon lui, «il faut prendre le temps de chercher» un logement où ils seront acceptés.

Les abandons

Il n’en demeure pas moins que l’interdiction d’avoir un animal, additionnée à la crise du logement et à la hausse des coûts du loyer, a des conséquences. Les abandons sont réels dans les refuges où de nombreuses personnes choisissent de se départir de leur poilu. «Près d’un animal par jour est abandonné à la SPCA de Montréal pour cause de déménagement au courant de l’année», rapporte l’organisme. Durant la période achalandée de juillet, les refuges se remplissent souvent au maximum de leur capacité et ne suffisent as à la demande.

Marie-Sylvie, qui vit dans Ahuntsic depuis près de 20 ans, se souvient de ses quatre derniers déménagements de 2015 à 2020. Elle n’avait eu aucun problème à trouver un logement, même avec deux chats: «Peu de proprios mettaient cette clause à l’époque», faisant référence à l’interdiction des animaux.

Elle garde espoir de trouver un logement qui lui convienne dans le quartier, car elle veut y rester avec sa «minette». Elle a jusqu’en juillet 2024 pour y arriver. Et si ça ne fonctionne pas? Chose certaine, l’euthanasie de sa chatte n’est pas une option: «Jamais! Jamais! Si je ne trouve vraiment rien, je vais quitter la ville», s’exclame-t-elle.

Pour Marie-Sylvie, la situation est peut-être difficile aujourd’hui, mais c’est clair. Pas question que ce soit son animal qui en paie le prix.



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