Marion Chuniaud, agente de communication au CLIC, offre une visite guidée de l’Exposition Les Voix de Bordeaux-Cartierville. (Photo : Simon Van Vliet)

Fruit d’un processus collaboratif sur deux ans, le balado Les Voix de Bordeaux-Cartierville offre une immersion unique dans le riche et dense univers urbain et humain de ce quartier caractérisé par une incomparable diversité.

Piloté par le Conseil local des intervenants communautaires (CLIC) de Bordeaux-Cartierville dans le cadre du plan d’action concerté en développement social du secteur, le projet a été produit et réalisé par Amplifier et financé conjointement par le Bureau d’intégration des nouveaux arrivants à Montréal (BINAM) et le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI).

Le producteur du balado, Ghassan Fayad, se dit fier, comme l’ensemble des personnes ayant contribué au projet, du résultat de ce « travail colossal » débuté avant la pandémie, mais produit et créé pendant la pandémie.

De l’idée au projet

Au départ, le projet a émergé de la planification stratégique du CLIC, rappelle Audrey Mailloux Moquin, conseillère en partenariat territorial au BINAM.

« C’était très flou au début », se souvient-elle en précisant que l’idée de base était de mettre sur pied une plateforme de partage et de rencontre pour « faire en sorte que les voix de personnes qu’on n’entend pas soient davantage entendues, puis qu’on connaisse mieux le quartier, ses différents visages, toutes ses différentes histoires… »

Inspirée par le travail de storytelling ethnographique réalisé par Amplifier (AMP) à Côte-des-Neiges et à la place Émilie-Gamelin notamment, Audrey Mailloux a suggéré de mettre sur pied un partenariat créatif entre le CLIC et l’équipe d’AMP.

« À la première rencontre, on a vu que ça a cliqué entre tout le monde », se réjouit l’entremetteuse, qui a par la suite siégé au comité de suivi de projet et contribué à trouver le financement pour la démarche.

Le budget d’environ 100 000 $ a été bouclé grâce au Programme d’appui aux collectivités (PAC) qui vise notamment à favoriser l’attraction et la rétention des personnes immigrantes et issues des minorités ethnoculturelles ainsi qu’à encourager les relations interculturelles harmonieuses entre les personnes de toutes origines au Québec.

Une approche documentaire ethnographique

L’approche ethnographique proposée par Amplifier se mariait à merveille avec les objectifs du PAC.

Plutôt que de se baser sur une vision d’auteur comme dans un documentaire classique en cherchant des personnages qui pouvaient donner corps à un récit formaté à l’avance, les partenaires du projet ont plutôt cherché à aller à la rencontre des gens pour les laisser raconter, dans leurs propres mots, leur rapport à leur milieu de vie, explique la réalisatrice du balado, Karoline Truchon.

Une douzaine d’ethnographes sont ainsi partis à la découverte de Bordeaux-Cartierville en donnant la parole à une centaine de personnes qui vivent, travaillent ou transitent dans ce secteur. Au total, plus de 30 heures d’entrevues ont été enregistrées, puis méticuleusement éditées pour créer une série de 23 épisodes totalisant plus de 5 heures d’écoute.

Ce qui ressort du balado, c’est « l’attachement à Bordeaux-Cartierville, sans fards, sans fioritures, mais avec un amour incommensurable du lieu, de l’espace – on parle beaucoup de la rivière, on parle beaucoup des parcs – mais aussi des gens, du tissu social, de ce qui est possible de faire ici », résume dans une envolée lyrique la réalisatrice du projet.

Voyage (virtuel) dans Bordeaux-Cartierville

Originaire d’Algérie, Ahlem Fadel dit avoir participé au balado pour promouvoir le quartier où elle s’est établie depuis presque 10 ans.

« Mes amis me disent c’est loin, mais OK c’est loin de quoi? », lance-t-elle soulignant que Bordeaux-Cartierville est situé tout près de la Rivière-des-Prairies, entre autres choses.

Excentré et enclavé, le secteur de Bordeaux-Cartierville est encore largement méconnu de la population montréalaise. Benjamin J. Allard, chargé de projet chez Amplifier qui a coordonné le projet, avoue qu’il ne connaissait à peu près rien sur le quartier au début de son mandat.

« J’ai vraiment découvert le quartier avec ce projet-là », reconnait-il.

Comme Karoline Truchon, il dit avoir a constaté à quel point les gens qui vivent ou qui fréquentent le secteur y sont attachés.

Il espère que le balado encouragera plus de gens à découvrir le territoire et la population de Bordeaux-Cartierville.

« C’est un quartier extrêmement dynamique, qui est très, très communautaire, très enraciné », souligne le chargé de projet.

Exposition visuelle in situ et séances d’écoute collective

Réalisé et produit durant la pandémie de COVID-19, qui a frappé durement dans Bordeaux-Cartierville, la balado offre la possibilité d’explorer virtuellement le secteur par le biais d’une écoute sur Internet.

Le projet, conçu avant la pandémie, comporte aussi d’importantes composantes en personne.

En collaboration avec l’Association des gens d’affaires du boulevard Gouin Ouest (AGAGO) et l’Arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville, une exposition visuelle permet de rendre visible et tangible le balado.

La mairesse d’arrondissement, Émilie Thuillier, est l’une des participantes au projet de balado. (Photo : Simon Van Vliet)

De grandes affiches avec des illustrations par collages conçues par illustrations par collages de Taïna Mueth trônent bien en vue sur de part et d’autre du boulevard Gouin Ouest entre les rues Lachapelle et Ranger.

 « Il y a eu énormément de photos qui ont été collectées », note Marion Chuniaud, agente de communication au CLIC, qui salue le travail réalisé par l’illustratrice.

Taïna Mueth, qui habite dans l’Ouest de l’île, dit n’avoir jamais habité Bordeaux-Cartierville, mais explique y transiter régulièrement en plus d’avoir fait des stages à l’hôpital Sacré-Cœur et au pavillon Albert-Prévost durant ses études en soins infirmiers.

« C’est le quartier que je connais, c’est le quartier par lequel je suis passé et je ne partage pas nécessairement son histoire, mais je partage un petit peu son vécu parce que je suis toujours en train d’y passer », explique l’artiste qui dit avoir cherché à illustrer l’essence du contenu de chaque épisode dans ses collages.

Le JDV a pu constater l’efficacité du dispositif lors de l’inauguration de l’exposition jeudi soir, alors que des jeunes qui passaient par là se sont arrêtés pour prendre en photo l’une des affiches, où ils reconnaissaient des amis.

Des ateliers d’écoute et de discussion ont également été organisés dans différents organismes, notamment à la Maison des jeunes, souligne Marion Chuniaud.

« Ça permet de rendre accessible cet outil-là d’intervention et aussi d’essayer de l’amener un petit plus loin dans la démarche », explique-t-elle.

Une séance d’écoute publique en clôture du lancement du balado et de l’exposition à laquelle ont assisté une trentaine de personnes a donné lieu à quelques échanges intéressants qui laissent entrevoir le potentiel de dialogue que peut ouvrir ce projet de documentaire ethnographique sur de grandes questions comme l’appartenance au territoire, les trajectoires de vie et l’identité individuelle ou collective.

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