Policier
Un policier devant une scène de crime dans une rue d’Ahuntsic-Cartierville. (Photo : Philippe Rachiele, JDV)

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Le Service de police de la Ville de Montréal lance une grande opération de visibilité et de répression dans les rues de la métropole. Cette action servira aussi à restaurer un peu le sentiment de sécurité chez les gens anxieux. Mais plus que les initiatives policières, qu’est ce que les politiques peuvent offrir comme réponses aux citoyens inquiets?

«Le sentiment de sécurité est affecté», a reconnu Valérie Plante, mairesse de Montréal, en conférence de presse le 24 août. Elle intervenait après deux meurtres commis la veille, dans un intervalle d’une demi-heure, en plein jour à Montréal.

Ces épisodes sanglants ont eu forcément un écho à Ahuntsic-Cartierville alors que, depuis deux ans, la multiplication des événements violents avec usage d’armes à feu a touché aussi l’arrondissement.

La mairesse de l’arrondissement, Emilie Thuillier, était présente le 5 août au parc Saint-Benoît, à l’occasion de l’hommage rendu à Mohamed Salah Belhaj. Ce résidant d’Ahuntsic a été tué deux jours auparavant presque au même endroit, lors de la virée meurtrière de Abdulla Shaikh.

« Ce que j’ai entendu ce jour-là, même si on déplore la perte d’un innocent, le commentaire qui est le plus revenu, c’est que quelque part c’était rassurant que le crime soit lié à la santé mentale. Que ce n’était pas lié au crime organisé », a indiqué Mme Thuillier.

Des gens sont rassurés de ne pas compter un meurtre de plus relié à la criminalité. Effectivement, les assassinats des 3 et 4 août seraient l’œuvre d’un seul homme, troublé.

« À mes yeux – et j’ai corroboré cela avec d’autres personnes –, cet événement est du même ordre que l’attaque au sabre dans le Vieux-Québec [le soir de l’Halloween en 2020] », a assuré la mairesse.

Toutefois, même si le suspect était malade et n’avait pas été suivi convenablement par les services de santé, ses crimes laissent planer beaucoup d’interrogations.

« On a une personne qui souffre de maladie mentale et qui, pour des raisons surprenantes, avait dans les mains une vraie arme à feu. Elle est sortie et a abattu comme ça des personnes au hasard », a relevé Mme Thuillier.

Cependant, pour elle, il est clair que dans ce cas le maximum a été fait pour éviter d’autres victimes. Elle salue à cette occasion le travail du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

« Les policiers ont démontré leur incroyable efficacité parce que justement s’ils n’avaient pas agi comme ils l’ont fait, il y aurait sûrement eu plus de morts. »

Prévention

Au-delà de cette affaire, pour les autres aspects liés à la sécurité et pour les autres épisodes de violence, Mme Thuillier a confié qu’il faut faire autrement et plus.

« Il faut agir en prévention. C’est pour cela que depuis de nombreuses années on reçoit de l’argent de la Ville-centre pour la lutte contre l’adhésion aux gangs de rue », a-t-elle souligné.

Cet argent est affecté à des organismes qui s’occupent des jeunes comme RAP Jeunesse, L’Entre-Maisons, la maison des jeunes de Bordeaux-Cartierville…

Plus que des programmes ciblés, Mme Thuillier a mentionné que pour l’arrondissement et la Ville, la prévention est une réflexion intégrée à un ensemble d’actions dans l’aménagement d’un environnement qui ne favorise pas la violence.

« En fait tous nos programmes de loisirs ou de culture dans les parcs, j’oserai même dire aussi la rénovation des parcs, participent à la prévention de la violence armée », illustrait l’élue.

Le but est d’offrir des activités et des endroits aux jeunes pour qu’ils évitent l’appel de la criminalité et pour leur donner des aspirations. Favoriser des lieux où se créent des liens sociaux contribue aussi à la lutte contre la violence.

« Quand il y a une vie de quartier vibrante, on crée un pare-feu contre cette violence armée qui viendrait nous faire peur ou nous désunir. Quand on connaît nos voisins et les gens avec qui on interagit, il y a un sentiment de sécurité qui s’installe », observe Mme Thuillier.

Elle relève également que tous les paliers de gouvernement ont des rôles à jouer quand il s’agit de lutter contre le développement de la violence et la prolifération des armes.

« Cela passe par des logements sociaux, des programmes communautaires. Il faut réduire les injustices et les écarts entre les classes sociales. On peut dire que c’est trop large par rapport à la sécurité, mais en fait la première sécurité c’est d’avoir un toit et de pouvoir manger tous les jours à sa faim. »

La mairesse d’Ahuntsic-Cartierville a aussi pointé les responsabilités fédérales : « Notre message, c’est de faire en sorte qu’on n’ait plus d’armes de poing dans nos villes. Une arme de ce type, ça ne sert qu’à tuer. Nous n’en avons pas besoin dans nos quartiers. »

Volet fédéral

Rencontrée lors de l’épluchette de blé d’Inde qu’elle a organisée au parc Marcelin-Wilson le 20 août, Mélanie Joly, députée fédérale d’Ahuntsic-Cartierville et ministre des Affaires étrangères, a confié qu’elle était aussi interpellée par des citoyens de sa circonscription qui disent avoir peur.

« C’est sûr qu’il y a une préoccupation grandissante par rapport aux crimes liés aux armes à feu. On l’a vu ces derniers étés. »

Épluchette de blé d’Inde offerte par Mélanie Joly au parc Marcelin-Wilson le 20 août 2022 (Photo : Anne Marie Parent, JDV)

« Qu’est-ce que vous allez faire, Mme Joly? » « Ahuntsic-Cartierville est un des endroits les plus paisibles de Montréal. » « Ce n’est pas vrai qu’on va accepter cette violence dans nos rues. » Voilà la teneur des messages qu’elle a dit avoir reçus.

Elle a rappelé que la question était au centre de la plateforme présentée par les libéraux lors des dernières élections fédérales en 2021.

« C’est pour cela que nous sommes arrivés avec des mesures très fortes, comme le gel des ventes d’armes de poing et une interdiction des armes d’assaut », affirmait la députée.

Plus récemment, une mesure a été prise pour empêcher que plus d’armes de poing arrivent au Canada, que ce soit pour des importations privées ou commerciales.

« J’ai demandé à mon équipe ce qu’on pouvait faire dans notre juridiction pour ce problème. C’est comme cela que nous sommes arrivés à une solution assez créative en mettant en place un nouveau système pour interdire l’importation des armes de poing. Tout le monde doit demander un permis, mais moi je vais tous les refuser. »

C’est une mesure transitoire avant l’adoption d’une loi qui encadrera plus globalement la possession l’usage des armes à feu, la loi C-21.

« La mise en vigueur de la loi est freinée par les conservateurs qui usent beaucoup de mesures dilatoires pour reporter l’adoption », admettait la ministre.

Pour Mme Joly, obtenir un meilleur contrôle des armes à feu est actuellement une demande nationale.

« On vit un tournant dans notre histoire parce que pour la première fois les Québécois et les Canadiens sont majoritairement en faveur d’un plus grand contrôle des armes à feu d’un bout à l’autre du pays. Il y a un grand appui aux mesures que nous avons mises en place », assurait la députée fédérale.

Selon elle, les gens voient ce qui se passe aux États-Unis et ne veulent pas voir arriver au Canada les problèmes liés aux armes à feu que vivent nos voisins du sud.

 

Ce texte est le deuxième de deux articles sur le sentiment d’insécurité dans l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville. Pour lire le premier article : cliquez ici.

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Francois Fuchs
Francois Fuchs
1 Mois

Désolé mais Miss Joly et son gouvernement sont responsable à 100%. La fixation de son patron sur Harper on amené une alienation de ses lois. Sous les conservateur être arrêté pour possesion résulta dans une peine de 10 ans, utilisation 15 ans. Maintenant on parles de 3 mois à 3 ans avec sursis. Les criminels le savent très bien. Depuis 2016 Ahuntsic ce meurt!

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