Bassin de biorétention situé sur l’avenue Papineau, entre la rue Louvain et la rue Barnabé Larocque, à la limite du district Saint-Sulpice (Source: Lise Gobeille)

Bientôt débutera un grand chantier de construction immobilière au 10000 rue Meilleur. Prêtez attention, car un système novateur compte éclore dans cette zone. Nichés dans certains quartiers, mais encore timidement développés, de petits espaces végétalisés s’installent un à un dans un objectif bien précis : faire intervenir la nature dans la gestion urbaine des eaux pluviales. 

Lors du dernier conseil d’arrondissement, les élus d’Ahuntsic-Cartierville se sont engagés à assurer l’entretien des îlots de biorétention qui verront le jour dans le cadre d’un important projet immobilier. Michel Bordeleau – chef de division études techniques de l’arrondissement – et Marie Dugué – ingénieure au Service de l’eau de la Ville de Montréal – nous parlent des enjeux liés à la gestion de l’eau.

Le projet Crown sortira bientôt du sol 

L’entreprise Construction Musto a a racheté le site d’une ancienne fabrique industrielle de la Crown Cork & Seal Company afin d’édifier un complexe de 462 logements. 

Ce projet nommé « Crown » est une entreprise de longue date. Présenté en 2014, il a fait l’objet de nombreuses négociations.

Lorsqu’un terrain est racheté par un promoteur, il demeure rattaché au réseau municipal par ses rues, ses trottoirs, son éclairage et ses conduites souterraines. Le constructeur mène diverses études d’impact et établit un plan directeur qu’il dépose auprès des différents services responsables. Le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques donne son aval au final. 

À la réception du plan directeur, le Service de l’eau doit confirmer plusieurs éléments. 

En plus du drainage et du service en eau potable qui doivent être assurés en tout temps pour les résidants, il est question de les protéger face aux éventuelles inondations :

« Avec les changements climatiques il y a de plus en plus de pluies exceptionnelles et d’enjeux liés aux inondations », explique Marie Dugué. 

Tout projet doit également respecter les exigences du Ministère. Comme Montréal est fréquemment concernée par des trop-pleins d’eau contrariant le processus de traitement, le Ministère souhaite s’assurer qu’aucun projet ne vienne aggraver cette réalité technique. Le réseau d’égouts étant combiné, l’eau pluviale dite propre se mêle aux eaux usées domestiques, rendant sale l’ensemble de ces rejets. 

Les excédents déversés dans le Saint-Laurent lors des débordements posent un problème d’ordre environnemental. Il est nécessaire de trouver ici des solutions pour rendre le sol urbain plus perméable afin de ne pas saturer le réseau sanitaire. 

« Lorsqu’on agit en amont, c’est là qu’on trouve des solutions qui sont plus environnementales, économiques, intéressantes pour la population », affirme la spécialiste montréalaise en gestion durable des eaux de ruissellement. 

Îlots de biorétention, infrastructures vertes d’avenir 

La nature a son rôle à jouer dans la gestion de l’eau à Montréal, et ceci peut se faire entre autres par le biais de l’installation d’îlots de biorétention. 

« C’est assez simple, c’est un aménagement paysager, normalement densément planté, avec des vivaces. Il peut y avoir des arbres aussi, des arbustes… », explique Marie Dugué.

L’objectif est de faire s’écouler les eaux pluviales vers les îlots, installés délibérément en contrebas des surfaces urbaines imperméables, comme l’asphalte.

« L’avantage, c’est que cet aménagement paysager joue le rôle d’une éponge », illustre la spécialiste. 

Lorsqu’il pleut, l’aménagement se gorge d’eau et les végétaux qu’elle abrite pratiquent l’évapotranspiration :

« Ils vont la pomper à l’intérieur de l’arbre puis évaporer cela vers les airs », explique-t-elle.

Une portion de l’eau récupérée s’infiltre ensuite dans le sol pour rejoindre la nappe phréatique. 

Verdissement, gestion de l’eau de pluie, encouragement de l’irrigation… les îlots assurent plusieurs missions cruciales d’un point de vue environnemental.

Un jour de pluie – Bassin de biorétention situé sur l’avenue Papineau, entre la rue Louvain et la rue Barnabé Larocque, à la limite du district Saint-Sulpice (Source: Ville de Montréal)

Dans le cadre du projet Crown, ils prendront la forme de platebandes végétalisées. Ils ne sont pas encore installés, mais Marie Dugué voit tout cela d’un bon œil :

« Pour un même dollar investi, cet aménagement vient répondre à de nombreux enjeux superposés », assure-t-elle. 

Exigences du Ministère et engagement de l’arrondissement

« On s’entend pour minimiser les impacts pour que, quand le dossier est soumis au ministère de l’Environnement, son acceptation soit assurée », confie Michel Bordeleau. 

Le Service de l’eau est tenu de connaître les demandes du Ministère. L’installation d’îlots de biorétention en est une, leur entretien en est une autre. S’ils ne sont pas entretenus et qu’une couche vient à se former, ils ne remplissent plus leur rôle de régulateur.

« La conception est une chose, mais le Ministère va exiger que la ville fasse une résolution pour s’engager à faire l’entretien », explique le chef de division.

Le promoteur immobilier, responsable du paiement des infrastructures, les cède à la Ville à l’issue du projet. Si cet accord n’est pas entériné, les autorisations ne peuvent être accordées par le Ministère. 

Lors de la réunion du conseil, le 14 septembre dernier, l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville s’est donc engagé, par l’entremise des élus, à assurer la durabilité de l’efficacité de ces installations végétalisées, à savoir leur bon entretien.

Un système novateur mais encore jeune

L’émergence du système d’îlots de biorétention remonterait aux années 1980 aux États-Unis ainsi qu’en Europe du Nord. 

Trop-plein d’eau – Bassin de biorétention situé sur l’avenue Papineau, entre la rue Louvain et la rue Barnabé Larocque, à la limite du district Saint-Sulpice (Source: Ville de Montréal )

Au Québec, plusieurs projets naissent de façon sporadique depuis une douzaine d’années. On peut observer quelques installations éparses à Montréal, dans les arrondissements Saint-Laurent, Ville-Marie, Rosemont ou encore du Sud-Ouest et plus près de nous le long de l’avenue Papineau au sud de la voie ferrée ainsi qu’au Pavillon d’accueil du parcours Gouin.

C’est par le biais du projet Crown qu’Ahuntsic-Cartierville accueillera bientôt son premier système végétal de biorétention résidentiel. 

« Ça reste des projets-pilotes », précise la spécialiste en gestion de l’eau qui souhaiterait à terme « un changement d’ADN dans la Ville de Montréal ». À ses yeux, ces infrastructures démontrent une très bonne performance environnementale. 

« Un ouvrage pluridisciplinaire »  

« On est dans quelque chose d’assez avant-gardiste avec un arrondissement très proactif pour ce genre de choses », se réjouit Marie Dugué. 

Ingénieurs, architectes de paysage, agents d’entretien… de nombreux acteurs travaillent

Mesure de la perméabilité – Bassin de biorétention situé sur l’avenue Papineau, entre la rue Louvain et la rue Barnabé Larocque, à la limite du district Saint-Sulpice (Source: Ville de Montréal )

de concert à la conception et au développement des îlots de biorétention. 

« C’est quand même embryonnaire… et nous sommes très contents de voir que le projet du 10000 Meilleur était un terreau fertile pour établir ce genre d’essai », assure Michel Bordeleau.

Selon lui, toutes les conditions seront bientôt remplies afin que le promoteur puisse obtenir les dernières autorisations nécessaires au lancement des travaux. 

« La construction, ce sera (…) au printemps prochain plutôt que cet automne », précise toutefois l’ingénieure et conseillère aux normes qui ajoute que les demandes auprès du Ministère peuvent parfois prendre six mois avant d’être traitées.

Les futurs résidants du Crown goûteront à un environnement vert et, de surcroît, d’une utilité avérée. 

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