La statue d’Ahuntsic, en face de l’église de la Visitation. (Photo : François Robert-Durand, archives JDV)

Si le chemin de la réconciliation passe par la vérité, le premier pas à franchir est celui de sortir du déni et de faire face à quelques réalités douloureuses.

La tentation est forte de chercher à éloigner de nous la responsabilité collective qui nous incombe face à l’héritage colonial canadien. Ainsi, il est commode de vouloir faire porter au gouvernement fédéral – ou mieux encore à la couronne britannique! – le poids d’une histoire de dépossession brutale et d’assimilation forcée des premiers peuples.

La réalité est pourtant que les Sœurs de la Providence, une congrégation religieuse bien enracinée ici et célébrée pour ses œuvres locales, ont activement participé à la mise en œuvre du système des pensionnats autochtones. Certes, le pape a fini par présenter ses excuses lors de son récent « pèlerinage de pénitence au Canada », mais rien n’indique que l’ordre religieux ne soit disposé à faire amende honorable face à ce chapitre sombre de son passé.

(Photo : François Robert-Durand, archives JDV)

Ce silence (coupable?) ne nous avance guère loin sur le chemin de la réconciliation…

Faut-il rappeler par ailleurs qu’il n’y a pas si longtemps, on parlait encore du « Chemin des Sauvages » pour désigner le sentier utilisé par les autochtones qui occupaient, avant l’arrivée des premiers colons français, le site connu aujourd’hui comme le Fort Lorette? Il aura fallu attendre 2013 avant qu’il ne soit envisagé de revoir la toponymie du lieu. Et ce n’est qu’en 2020 qu’on a finalement donné un nom autochtone à ce sentier séculaire : Tetewaianón:ni Iakoiánaka’weh, le sentier des messagers, en langue kanien’kéha (mohawk).

Un petit pas pour la Ville, un grand bond pour la réconciliation!

Et que dire des inscriptions jugées racistes – et historiquement douteuses – qui accompagnent la statue de Nicolas Viel qu’on tergiverse toujours à remplacer? Le regretté Serge Bouchard avait pourtant souligné, il y a près de dix ans, que le récit voulant que le récollet Nicolas Viel et son acolyte Ahuntsic auraient été assassinés par de « méchants hurons » était vraisemblablement une fabrication.

La plaque sous la statue de Nicolas Viel, devant l’église de la Visitation. (Photo : François Robert-Durand, archives JDV).

« La thèse du crime sauvage arrange bien les arguments de propagande missionnaire », écrivait l’anthropologue ahuntsicois dans Québec Science.

Certes on a recouvert le texte original, mais on tarde toujours à statuer sur le sort de la plaque. Le débat est loin d’être clos. Comme si un récit apparemment fabriqué pour émouvoir les mécènes évangélisateurs du Vieux Continent avait en lui-même une valeur patrimoniale.

Un pas en avant, un pas de côté : le chemin de la réconciliation sera sinueux…

Rien ne sert de courir, mais il faut partir de quelque part. Parfois, il suffit de se confronter au malaise : comme celui qu’a ressenti la direction du Collège Ahuntsic à l’idée de voir ses équipes sportives se déplacer à bord d’autobus arborant un logo représentant un guerrier autochtone portant une coiffe de plumes et affublé du nom « Indiens » d’Ahuntsic.

N’attendant pas de faire face à une controverse, le collège s’est engagé dans un véritable processus de réflexion et de consultation, qui a pavé la voie à une démarche de décolonisation, faisant ainsi du cégep une référence en matière d’autochtonisation de l’enseignement collégial.

Voilà bien la preuve que quand on met un pied devant l’autre (et que les bottines suivent les babines), on peut avancer, lentement mais sûrement, sur le chemin de la réconciliation.

« Ahuntsic, c’est un nom autochtone qui est donné, à notre quartier, à notre territoire », rappelait Sophie Beauregard, porte-parole du collège, dans une entrevue accordée au journaldesvoisins.com l’an dernier autour de la première Journée nationale de vérité et de réconciliation.

Pour la petite histoire, c’est en 1897 que le village de Back River a pris le nom d’Ahuntsic.

Le débat reste d’ailleurs ouvert à savoir si Ahuntsic, l’acolyte de Nicolas Viel éponyme à ce petit coin de l’île de Montréal, était « un Français huronisé ou un Huron francisé ». On sait seulement que le nom Ahuntsic serait dérivé d’un mot en langue huronne, Auhaitsique, qui signifie « petit, vif et frétillant ».

Puissions-nous faire honneur à ce nom, Ahuntsic, en faisant face aux petits – et aux grands – écueils qui se dressent sur le chemin de la réconciliation, avec vivacité et sans nous laisser ralentir par les inévitables, et parfois inconfortables, frétillements jalonnant le parcours individuel et collectif qui se trouve devant nous.

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Boiteau Daniel
Boiteau Daniel
2 Mois

Ce n’est pas la première fois que vous cassez du sucre sur les communautés religieuses féminines. C’est femmes furent utilisé par les gouvernements et le clergé masculin pour faire une job d’extermination. Très dociles et croyantes ils n’avaient d’autres choix que de se plier sous peine d’être excommunier (1). Pour le mot sauvages sous le régime français ce mot désignait des hommes et femmes qui vivaient en harmonie avec la nature sauvages comme les fleurs, les fruits et les animaux. Et pour le mot sauvages associé à des êtres humains qui ne savent pas vivre ce sont les britanniques qui ont fait ce lien car pour eux ces êtres étaient des sous hommes sans aucun droit et privilège.
Salutations

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