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Réseau express vélo

Du REV à la réalité ?

Publié le 04/06/2019
par Philippe Rachiele

En rouge, les premiers jalons du Réseau Express Vélo (Source : Ville de Montréal)

L’axe Berri/Lajeunesse est l’un des cinq premiers sur 17 axes qui constitueront le Réseau express vélo (REV) montréalais de 124 km, à terme.  Il permettra un accès «efficace, confortable et sécuritaire» aux citoyens d’Ahuntsic-Cartierville qui voudront se rendre à vélo au centre-ville, a annoncé la mairesse Valérie Plante, le 27 mai.

Selon l’annonce faite par la mairesse Plante, le REV « transitoire » sera un « aménagement cyclable de grande largeur au niveau de la chaussée avec l’installation d’une barrière physique de séparation, sécurisation des intersections et synchronisation des feux, signature visuelle et signalétique pour les cyclistes. »

À mesure que les liens du REV deviendront permanents, il y aura surélévation de la piste, verdissement et plantation d’arbres le long du parcours. Les cinq premiers axes devraient être opérationnels en 2021. L’axe Berri/Lajeunesse devrait être accessible progressivement en 2020.

Selon Valérie Plante, permettre à plus de citoyens de se rendre à vélo de façon sécuritaire vers leur destination par l’utilisation du REV permettra de réduire un peu la pression sur le transport collectif, notamment sur la ligne orange du métro qui est souvent à saturation à l’heure de pointe.

(Source : Ville de Montréal)

Selon l’exemple proposé pour la rue Lajeunesse, la voie cyclable devrait être à gauche, sans doute pour éviter les interactions avec les autobus qui roulent à droite.  La grande largeur du réseau nécessitera cependant l’élimination d’une rangée de stationnement ou d’une voie de circulation.

La mairesse a mentionné que son équipe est en lien avec des commerçants, notamment ceux de la rue St-Denis, près du centre-ville, qui ont été éprouvés ces dernières années par des travaux majeurs. Mme Plante a souligné, par ailleurs, que des grandes entreprises, comme les épiceries Rachelle-Béry, appuient cette initiative.

Afin de rassurer les commerçants, elle a rappelé les récentes études qui démontraient des augmentations des ventes dans les commerces situées sur des nouveaux liens cyclables dans d’autres grandes villes comme Toronto et Londres.

Selon les informations  fournies par la ville de Montréal, l’implantation de pistes cyclables à New York a fait augmenté considérablement le nombre de cyclistes. Parallèlement, toujours à New-York,  ces nouveaux aménagements ont permis de réduire de 22% le nombre de blessures pour les piétons et de 17% pour les cyclistes, tout en rendant les rues plus sécuritaires pour tous.

Le réseau local d’Ahuntsic-Cartierville

« Le REV ne remplacera pas ce qui ce fait dans l’arrondissement », a confirmé Émilie Thuillier, la mairesse d’Ahuntsic-Cartierville au journaldesvoisins.com.

Mme Thuillier a souligné qu’il fallait deux ans de préparation pour que les ressources techniques puissent créer des changements importants comme des nouvelles pistes cyclables.  Le processus pour les pistes sur Prieur et Sauriol ayant débuté en 2018, on devrait donc voir les résultats en 2020, souligne t-elle.

Citoyens et commerçants

« Même si 75% de nos collaborateurs ont une voiture, c’est avec un grand enthousiasme que nous accueillons la nouvelle du REV »,  a lancé Marie-Josée Dupuis, l’une des responsables du Groupe Youville, groupe citoyens qui vise à créer une meilleure vie de quartier, en entrevue au jdv.

Selon Mme Dupuis, les citoyens du quartier se sont maintes fois exprimé pendant les consultations sur le Plan local de déplacements pour un meilleur partage de la route et une sécurisation accrue pour tous les piétons et cyclistes –incluant les enfants qui vont aux écoles Christ-Roi près de Louvain et Saint-Gérard dans Villeray.

La porte-paroles du Groupe Youville souhaite que le scénario envisagé soit une voie de circulation pour le REV, une pour les voitures et deux pour le stationnement, sauf à l’heure de pointe, alors qu’il sera peut-être nécessaire d’avoir une deuxième voie de circulation.

Mme Dupuis insiste sur le fait que cette pacification de la circulation va aider grandement à «encourager un meilleur cadre de vie dans le quartier Youville».

« Oui, cela vaut le coup, vraiment ! » déclare Gaétan, du restaurant Les Faims Finauds sur Lajeunesse, à l’occasion d’une entrevue avec journaldesvoisins.com.  Il ne voit pas de grands avantages immédiats pour son commerce, mais il invoque:

« Si cela permet d’offrir un environnement dans lequel l’individu est au centre des choses, et non les voitures, si cela permet un cadre de vie plus agréable pour les habitants du quartier, alors c’est là l’essentiel ! »  

Le propriétaire des Faims Finauds est conscient que certains commerçants, salons de coiffure notamment avec une clientèle plus âgée et habituée à venir en voiture, pourraient avoir un défi à surmonter s’il y avait une réduction du nombre de places de stationnement.

Vivre d’espoir

« Le REV, c’est beau s’ils font cela vite et qu’on ajoute les autres liens structurants rapidement», a mentionné, pour sa part, Frédéric Bataille, porte-paroles du groupe de transport actif, Ahuncycle. « Avec ce projet du REV, on n’ajoute malheureusement pas une nouvelle piste dans Ahuntsic-Cartierville, c’est la conversion d’une bande cyclable existante».

M. Bataille souligne que l’axe Berri/Lajeunesse est tout de même à proximité de la voie protégée sur Christophe-Colomb et qu’il n’y a rien pour les citoyens plus à l’ouest, hormis O’Brien.

« C’est sûr que ce lien protégé va encourager plus de citoyens de tout âge à prendre leur vélo, dit-il. Ils vont avoir un plus grand sentiment de sécurité. Cependant, si l’objectif de la Mairie est d’augmenter la part vélo de 3% à 15% en 10 ans, il va falloir que de nombreux autres liens structurants soient implantés rapidement», ajoute le porte-paroles d’Ahuncycle.

Frédéric Bataille note que ce n’est pas tout le monde qui va vers le centre-ville, précisant qu’il y a des pôles d’emplois importants à l’ouest, notamment, dans l’arrondissement de St-Laurent, et qui n’ont pas de lien cyclable sécuritaire pour s’y rendre.

« J’invite les automobilistes d’Ahuntsic à prendre le vélo pour traverser l’autoroute 15 à la hauteur de Crémazie, Sauvé ou Henri-Bourassa. Cela les aiderait à réaliser le manque de lien cyclable sécuritaire vers l’ouest » conclut Frédéric Bataille.

Même si la Ville, l’arrondissement et le groupe Ahuncycle semblent vouloir tous pédaler dans la même direction, il semble qu’il reste du chemin à faire pour qu’ils aillent, de conserve, à la même vitesse.