Hormis les résidants de l’avenue du Mont-Cassin et les navettes pour écoliers, aucune voiture ne peut entrer lors des rues-écoles des vendredis à l’école primaire Saint-Benoît. (Photo : François Robert-Durand, JDV)

L’Association pour la mobilité active Ahuntsic-Cartierville (AMAAC) a récemment présenté une proposition pour transformer la rue Sauriol en rue-école. Trois projets pilotes basés sur ce concept ont été menés à Montréal depuis 2021, démontrant un changement des habitudes chez les usagers de ces axes où la circulation s’est retrouvée restreinte.

La sécurité des enfants aux abords des écoles s’impose comme l’enjeu majeur de nombre de citoyens dans l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville où des accidents ont récemment eu lieu, tels que la collision avec une brigadière à l’angle de la rue Prieur et du boulevard Papineau.

L’AMAAC, une association bénévole de mobilité active, présentait fin janvier sa proposition intitulée Repenser Sauriol, suggérant des solutions pour sécuriser les abords des écoles Fernand-Seguin et Louis-Colin, du Collège Regina Assumpta, mais aussi du CPE Le Pissenlit, tous situés sur cet axe.

L’association suggère ainsi l’implantation de deux rues-écoles sur la rue Sauriol, où la circulation automobile serait ainsi fermée définitivement (entre les rues Durham et Millen, mais aussi entre l’avenue Christophe-Colomb et la rue Olympia).

Le flux d’automobilistes empruntant l’axe serait redirigé par la rue Sauvé pour la circulation locale ou vers l’autoroute 19.

Projets pilotes

Le concept de rue-école n’est pas étranger à l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville puisqu’un projet pilote du Centre d’écologie urbaine de Montréal (CEUM) est mené depuis septembre 2022 sur l’avenue du Mont-Cassin.

Les abords de l’école Saint-Benoît sont interdits à la circulation automobile durant 30 minutes le matin et 45 minutes l’après-midi aux horaires d’arrivée et de sortie des élèves. Les voisins sont autorisés à sortir du secteur en automobile.

« L’objectif est d’augmenter la cadence à au moins deux jours par semaine, dès le printemps », explique Mikael St-Pierre, urbaniste au CEUM, ajoutant que la proposition de l’AMAAC est une « super initiative ».

Ce projet pilote est le troisième de l’organisme à but non lucratif, qui a la paternité du modèle de rue-école au Québec. Le premier a été mené trois jeudis consécutifs du mois de septembre 2021 dans le quartier Saint-Michel, aux abords de l’école Marie-Rivier. Le second, un projet de rue ludique, s’est établi de septembre 2021 à mars 2022 dans le quartier de Parc-Extension.

Changer les habitudes

Chaque matin, devant les écoles de l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville, les dix minutes précédant la cloche sont une cohue générale durant laquelle des comportements illégaux ou dangereux sont régulièrement commis par les automobilistes.

« S’il y a autant d’enjeux autour des écoles, c’est bien parce qu’on permet aux voitures de s’y rendre et d’y circuler », tonne Mikael St-Pierre.

Les projets pilotes menés par le CEUM ont généralement reçu des résultats très positifs. Celui mené dans le quartier Saint-Michel a par exemple démontré que 95 % des acteurs (parents, enseignants et enfants) étaient satisfaits de l’expérimentation.

Mikael St-Pierre explique que ce qu’apportent les rues-écoles, c’est bien le changement des comportements des usagers : l’expérimentation menée sur l’avenue du Mont-Cassin, dans l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville, est certes encore jeune, mais elle a toutefois contribué à une augmentation de près de 50 % des déplacements actifs! La moitié des parents a tout simplement délaissé sa voiture, sans chercher à se stationner à proximité de la zone restreinte.

Cette tendance est par ailleurs confirmée dans les études réalisées ailleurs qu’à Montréal, que ce soit à Winnipeg ou bien à Paris, où les usagers de la route choisissent alors le vélo ou la marche au profit de la voiture, qui n’a plus le monopole de l’espace.

Pas une solution miracle

Le concept de rue-école est encore tout jeune au Québec, bien qu’il soit très populaire en Europe. Les cœurs de ville européens sont d’ailleurs réinventés en vue de restreindre le plus possible la circulation automobile, comme on peut par exemple le remarquer à Bruxelles qui impose une zone de basses émissions depuis 2018.

Ici à Montréal, les projets de rues-écoles sont pour la plupart temporaires, mais il n’est pas impossible de rêver : la 9e Avenue dans l’arrondissement de Rosemont–La Petite-Patrie en est l’exemple parfait.

Pour Ahuncycle, une autre association de mobilité active de notre arrondissement, la proposition de l’AMAAC devrait prioriser d’autres secteurs  : la rue Sauriol ayant déjà subi des modifications telles que l’ajout d’une piste cyclable, il faudrait plutôt, selon l’organisme, jeter un œil du côté de Cartierville ou Youville.

Mikael St-Pierre tempère : « Il est important de ne pas voir la rue-école comme si elle s’appliquait à tous les contextes scolaires. » Pour lui, les bons outils passent aussi par l’affichage, la signalisation, la surveillance ou encore justement… l’installation de pistes cyclables.



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