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Nuisances aériennes

Soixante-dix citoyens demandent à la DSP de (re)faire ses devoirs

Publié le 23/02/2018
par Christiane Dupont

Alors que les Pollués de Montréal-Trudeau –ce groupe de citoyens de l’Île de Montréal créé en 2013 qui réclame, notamment, la transparence dans la gestion aéroportuaire au Canada– est en attente d’une décision de la Cour supérieure sur leur demande de recours collectif, voici que des dizaines de citoyens montent au créneau et mettent de la pression sur la Direction de la Santé publique (DSP) de Montréal en l’invitant à faire une étude scientifique sur les nuisances aériennes sonores et leurs effets sur leur santé.

Soixante-dix personnes ont, à l’initiative du groupe Les Pollués de Montréal-Trudeau, ont signé autant de lettres personnelles, adressées au directeur de la DSP de Montréal, le Docteur Richard Massé, réclamant une évaluation scientifique de l’impact des pollutions générées par les avions sur la santé des Montréalais.

Plusieurs des signataires sont originaires d’Ahuntsic-Cartierville.

Ces lettres ont été livrées le 21 février aux bureau de la DSP à Montréal, apprend-on dans un communiqué émis par le groupe de citoyens.

Dans leurs lettres, les citoyens soulignent, notamment:

« Je demande par la présente que votre Direction réalise dès cette année, une étude épidémiologique relative aux impacts sur la santé des Montréalais, des vols à basse altitude des avions, qui fréquentent l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau.»

«Je suis personnellement touché par ces pollutions et je m’interroge sur les impacts sur ma santé, du bruit insoutenable et des polluants atmosphériques générés par les mouvements aériens au-dessus de mon quartier.»

« Je me suis plaint à plusieurs reprises auprès des autorités politiques à ce sujet. J’appuie les démarches des Pollués de Montréal-Trudeau, au nombre desquelles il y a eu des  interventions auprès de votre organisation. Je suis au courant que la DSP a émis un avis de santé publique en 2014. Je demande plus qu’un avis publique (sic) fondé sur des modèles théoriques. Afin de pouvoir assurer ma santé, je dois connaître les faits. Il en est de même pour sensibiliser l’ensemble de la population et les élus. Pour ce faire des données scientifiques sont nécessaires. »

«Et ma santé?»

Les citoyens exigent que l’impact des pollutions sonore et de l’air, générées par les mouvements aériens à l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau, soient documenté par l’organisme censé défendre la santé des Montréalais.

Les signataires veulent savoir quelle partie de la population est touchée, selon quelle intensité, et avec quelles conséquences pour la santé.

Pierre Lachapelle, président du groupe de citoyens, a déclaré:

« Ces 70 demandes ne sont que la pointe de l’iceberg. Les gens qui connaissent nos actions proviennent principalement de la région située à l’Est de l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau.   Nul doute que les citoyens des villes situées à l’Ouest de l’aéroport subissent les mêmes nuisances et peut-être même de manière plus aigüe. »

Avis de la DSP en 2014

Les 70 signataires mentionnent dans leur lettre qu’ils sont au courant qu’un avis a été émis par la DSP sur le sujet, en 2014.

Il s’agissait d’un avis distinct intitulé Avis de santé publique sur les risques sanitaires associés au bruit des mouvements aériens à l’Aéroport international PierreElliott-Trudeau avait effectivement été publié par la Direction de la Santé publique de Montréal en 2014.

Les conclusions de cet avis s’étaient faites attendre. Journaldesvoisins.com n’avait eu de cesse de faire un rappel mensuel à la direction des communications de l’organisme de santé publique pendant plusieurs mois avant de finalement obtenir le document en question, fin juin 2014

Toutefois, on ne sait pas trop si a DSP a donné suite aux conclusion depuis l’été 2014.

L’avis distinct sur la question de la pollution sonore avait été fait dans une plus large étude sur les bruits de différentes sources, notamment ferroviaire, routier et aéroportuaire.

À l’époque, le président du groupe de citoyens, Antoine Bécotte, avait commenté l’avis en disant:

« L’étude n’a pas tenu compte du fait que le bruit lié aux mouvements de transport aérien s’est déporté depuis deux ans vers l’est jusqu’à plus de 10 kilomètres de l’aéroport et n’a pas porté sur des secteurs comme Ahuntsic, Mont-Royal et Villeray.»

L’avis distinct, en conclusion, suggérait de:

  • Poursuivre les efforts visant à réduire le bruit engendré par le trafic aérien en continuant à développer et à mettre en place des moyens techniques à développer sur les avions;
  • Réduire l’exposition des citoyens au bruit engendré par le trafic aérien, notamment dans le cas des nouvelles constructions;
  • Rendre publiques toutes les données sur les mouvements aériens ainsi que les données en temps;
    réel des niveaux de bruit mesurés à l’aide de sonomètres placés par ADM autour de l’aéroport;
  • Définir à l’échelle de l’agglomération montréalaise une politique régionale de lutte au bruit provenant de sources mobiles prévoyant notamment la réalisation de cartes de bruit;
  • Mettre en place un comité de concertation par la Ville, avec le ministère des transports du Québec, entreprises du domaine aéroportuaire et organismes connexes;
  • Poursuivre les études initiées (sic) par la DSP de Montréal consistant à caractériser l’impact du bruit environnemental provenant de sources mobiles sur la santé des montréalais.

Autres actions de la DSP/Réactions

Joint par journaldesvoisins.com, une porte-parole du bureau du directeur de la DSP de Montréal nous a laissé savoir que ce dernier était à l’extérieur du pays, mais que son bureau avait bien reçu les 70 lettres expédiées plus tôt ce jeudi par les citoyens, tel que mentionné par le groupe Les Pollués de Montréal-Trudeau dans leur communiqué adressé aux médias.

Il a été impossible, par ailleurs, d’obtenir quelque réaction que ce soit de la DSP de Montréal, si ce n’est un courriel en réponse à notre demande d’entrevue téléphonique:

«En réponse à votre demande d’information, le directeur régional de santé publique du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal a bien reçu la demande du comité de citoyens Les Pollués de Montréal-Trudeau et procède actuellement à son évaluation. Une réponse sera acheminée sous peu au Comité. Des entrevues pourront être accordées par la suite.»

Journaldesvoisins.com attend donc toujours un retour d’appel d’un porte-parole qui voudra bien nous parler pour commenter la démarche des signataires, pour le bénéfice de nos lecteurs. Le sujet semble un brin sensible.

Observatoire sur le bruit de Projet Montréal

Par ailleurs, rappelons que durant la récente campagne électorale municipale, Projet Montréal avait insisté sur son idée lancée précédemment de mettre sur pied un Observatoire du bruit à Montréal.

Cette idée avait d’abord été présentée au conseil municipal et rejetée par l’administration Coderre qui disait, déjà, s’atteler au problème au sein d’un comité duquel, curieusement, l’opposition officielle à l’Hôtel de ville semblait exclue.

Dans les faits, d’ailleurs, peu de nouvelles ont transpiré sur les résultats obtenus par ce comité.

En août dernier, la candidate à la mairie de Montréal, Valérie Plante, avait déclaré en présence d’Émilie Thuillier, candidate à la mairie de l’arrondissement:

« La santé des Montréalais est une priorité pour nous, c’est pourquoi nous comptons agir immédiatement en créant un observatoire du bruit qui sera situé dans Ahuntsic-Cartierville.»

La création d’un observatoire du bruit ne faisait pas partie du Plan stratégique de l’arrondissement déposé récemment, toutefois. En outre, la Ville de Montréal n’a pas mentionné la création de cet organisme dans les orientations mises de l’avant après l’élection.

Mais interrogé à ce sujet par courriel, le chef de cabinet de la mairesse d’Ahuntsic-Cartierville a déclaré que c’était toujours à l’ordre du jour, autant pour l’arrondissement que pour la Ville-centre.

«L’observatoire du bruit reste un engagement de notre équipe. Il n’apparaît pas dans le plan stratégique de l’arrondissement parce qu’il s’agit d’un engagement qui relève de la ville-centre. Il n’apparaît pas non plus au PTI parce que le projet n’est pas encore mûr pour être chiffré. C’est un dossier dont nous discutons avec nos collègues du comité exécutif. Dès que nous aurons des nouvelles à ce sujet, nous vous en informerons», nous a écrit Jean-François Desgroseilliers.

Une patate chaude politique?

Pour l’heure, le groupe Les Pollués qui a transmis les lettres des 70 citoyens au DSP de Montréal veut également inciter tous les députés de l’île de Montréal à manifester leur appui à cette demande.

Le groupe de citoyens entend également sensibiliser la ministre de la Santé publique, Lucie Charlebois, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette,  ainsi que le Premier ministre,  Philippe Couillard.

Il n’est pas certain que la classe politique, ainsi sollicitée, donnera suite à la demande des Pollués d’obtenir une étude scientifique à jour. Si le passé est garant de l’avenir, le groupe de citoyens n’a pas fini de se battre.