La rénovation du stade Gary-Carter à l’étape de la minéralisation. (Photo: François Robert-Durand, JDV)

L’arrondissement a refusé une demande citoyenne de consultation publique au sujet de la rénovation du stade de baseball Gary-Carter le 1er avril dernier, soulignant qu’elle avait déjà eu lieu. Les initiateurs de la pétition invoquaient le manque de transparence et les conséquences néfastes du projet pour l’environnement. Si les travaux répondent aux attentes des acteurs du baseball local et provincial, d’autres voix s’élèvent pour exprimer leurs réserves dans un contexte de réaménagement complet du parc Ahuntsic.

Pour comprendre cette histoire, un bref retour en arrière sur le réaménagement d’envergure du parc Ahuntsic s’impose. Deux consultations publiques rassemblant de nombreux citoyens ont été organisées par l’arrondissement respectivement en septembre 2017 et juin 2018 à la Maison de la culture d’Ahuntsic-Cartierville. C’était l’occasion pour les usagers du parc d’exprimer leurs attentes dans le cadre du projet de sa mise en valeur.

Différents points sont avancés lors de ces consultations avec en tête l’importance de limiter les zones asphaltées et d’augmenter la canopée. Le stade de baseball Gary-Carter, qui se situe au sein du parc Ahuntsic, n’est presque pas mentionné par les citoyens présents à l’exception de deux remarques : l’une sur les balles perdues qui se retrouvent dans le parc canin, et l’autre sur la nécessité de lutter contre les nuisances sonores qui en émanent.

Le stade Gary-Carter a d’ailleurs fait l’objet d’une inauguration officielle en présence de la famille de M. Carter en juin 2013, soit bien avant que ce projet de rénovation soit sur la table.

Le 23 août 2021, la Ville annonce un projet de rénovation complète du stade de baseball via un communiqué de presse. Le coût du chantier est estimé à dix millions de dollars, une somme presque aussi importante que celle allouée à la rénovation de l’ensemble des autres équipements du parc Ahuntsic.

Certains citoyens présents aux consultations publiques de 2017 et 2018 sur les rénovations générales du parc Ahuntsic sont surpris d’apprendre la nouvelle. Ils expriment leur insatisfaction sur le manque de communication autour du projet et s’inquiètent de ses conséquences pour la végétation du parc.

Les rénovations du stade Gary-Carter vues de la station Henri-Bourassa. (Photo: François Robert-Durand, JDV)

Manque de transparence ?

Pierre Lachapelle, ancien conseiller municipal du district Fleury et citoyen engagé pour la défense du parc Ahuntsic, est d’autant plus surpris qu’il suit de près les affaires municipales. Encore candidat en 2017 dans le district d’Ahuntsic sous la bannière de Coalition Montréal, le biologiste de formation n’a jamais vraiment détourné les yeux de la politique depuis « le début de l’âge adulte ». Selon lui, la Ville a voulu faire passer le projet de rénovation discrètement.

« Il y a un manque de transparence et de reddition de comptes flagrant dans ce dossier. Nous avions reçu des invitations aux soirées de consultation publique pour le parc Ahuntsic. Elles étaient annoncées dans les journaux locaux, dont le vôtre. Pour la rénovation du terrain de baseball, c’est beaucoup plus sinueux. Les outils utilisés (ndlr : une procédure de consultation écrite et d’approbation référendaire annoncée par deux avis publics, soit le 14 octobre 2020 et le 11 novembre 2020, tous deux publiés sur le site web de l’arrondissement, mais non-publiés par l’arrondissement dans les médias locaux) ont fait que le projet est passé inaperçu. »

L’ancien conseiller municipal soumet alors une demande de consultation publique à l’arrondissement après avoir obtenu le soutien d’une trentaine de citoyens du quartier.

L’arrondissement lui adresse quelques jours plus tard un avis d’irrecevabilité : une consultation écrite a déjà été menée et il est désormais trop tard pour une consultation publique, puisque des contrats ont été déjà passés par la ville auprès de l’entreprise responsable des travaux. Au nombre des raisons invoquées, outre la procédure de consultation écrite, on invoque notamment:

« Après analyse, nous constatons que le projet de réfection du stade Gary-Carter a fait l’objet d’un projet particulier de construction, de modification ou d’occupation d’un immeuble (dossier 1201066013), conformément à la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme (chapitre A-19.1) et aux arrêtés ministériels en vigueur du ministère de la Santé et des Services sociaux. (…) Également, il s’avère que divers contrats ont été octroyés dans ce dossier, notamment un contrat de services professionnels, le 6 juillet 2020 (CA20 09 0169), et un contrat d’exécution de travaux, le 23 août 2021 (CM21 0960). »

Nathalie Goulet, conseillère municipale d’Ahuntsic depuis 2017 et responsable du sport et des loisirs en 2019, est l’une des actrices majeures du projet de rénovation au niveau municipal. L’élue assume le choix de ne pas avoir organisé de consultation publique au sujet du stade Gary-Carter.

« C’était très important d’entendre les gens sur la vocation générale du parc en amont de son réaménagement, mais là il s’agit d’une partie du parc. Nous n’avons pas fait de sous-consultation pour chaque partie du parc. »

Bureaucratie municipale

Danielle Pilette, professeure de gestion municipale à l’École des sciences de la gestion (ESG) de l’UQAM, n’est pas surprise par l’absence de consultation publique dans ce dossier.

« La rénovation devait sûrement être prévue du temps de l’administration Coderre. L’ancien maire porte un grand intérêt pour le baseball. Le budget consacré aux travaux est par ailleurs relativement modeste comparé aux autres chantiers entrepris par la ville. Il s’agit d’une remise à niveau d’un équipement déjà existant et non d’un équipement nouveau. Tout ça explique sûrement pourquoi la consultation a été minimaliste. »

Chantal Chartrand, trésorière du club de baseball des Orioles de Montréal, confirme que les discussions autour du projet ont commencé sous l’administration Coderre. De plus, les dimensions insuffisantes du stade Gary-Carter sont soulignées dans le plan d’action pour le baseball de 2015 rédigée par l’équipe de l’ancien maire. Pour la bénévole engagée auprès de la division junior élite, cette rénovation était attendue.

« La bureaucratie municipale est lourde donc cela a pris du temps mais nous sommes satisfaits de ce qui a été annoncé. Nous nous entrainons sur ce terrain depuis 1994, c’est le meilleur emplacement pour nous. »

Bien que le projet ait été développé à l’origine sous l’administration Coderre, sa réalisation a été mise en oeuvre par l’administration Plante qui a accordé un financement initial de 4,5 M$ en 2018 pour la rénovation du stade.

Impacts environnementaux

Les travaux de rénovation du stade ont entraîné l’abattage de 28 arbres matures. De plus, la pelouse naturelle du terrain va être entièrement remplacée par une surface synthétique. Pour Pierre Lachapelle et les résidants qui ont appuyé la pétition, le projet va à l’encontre des engagements environnementaux pris par la Ville.

Le stade Gary-Carter en rénovation en novembre 2021. (Photo: François Robert-Durand, archives JDV)

Ces annonces font également réagir le comité Mobilisation Environnement Ahuntsic-Cartierville (MEAC). Son porte-parole, Jacques Lebleu, déplore la méthodologie utilisée par les autorités municipales.

« Deux choses à noter sur ce sujet : un, la Ville manque d’une vision systémique dans les projets qu’elle mène. On travaille toujours les projets au sein de leur périmètre sans vision d’ensemble. Deux, la Ville a tendance à remplacer un arbre abattu par un nouvel arbre. Mais on abat un arbre de 60 ans, sans savoir combien de temps va vivre son remplaçant. Cela semble avoir été pris en considération dans le plan de plantation de l’arrondissement qui a été annoncé en mars, mais pour le moment on n’a pas vu de geste concret ».

Nathalie Goulet se veut pourtant rassurante et qualifie le nouveau terrain de « durable». Selon la conseillère, la rénovation a été pensée en accord avec les engagements de transition écologique. Des experts auraient par exemple attesté que le futur terrain synthétique ne constituera pas un îlot de chaleur grâce aux matériaux utilisés.

« Quand on fait des travaux qui impliquent l’abattage d’arbres, on s’assure de le faire de manière optimale et on plante toujours plus d’arbres que ce que l’on a abattu. Une majorité d’arbres abattus étaient malades ou dépérissants. Les gens ont toujours peur quand on s’occupe des parcs mais ils sont finalement heureux du soin qu’on apporte à que ce soient les meilleurs projets possibles en lien avec la transition écologique ».

Comme le rapporte notre collègue Amine Esseghir dans son article de jeudi dernier sur le conseil d’arrondissement du 9 mai, un « point d’information virtuel » avec les citoyens sur les rénovations du parc Ahuntsic a été mis à l’agenda, prévu pour le 15 juin prochain, afin de présenter l’ensemble des rénovations dont les travaux à venir au stade Gary-Carter, alors que des représentants de la direction des sports de la Ville-centre seront présents. À suivre.

S'abonner
me prévenir de
guest
1 Commentaire
Les plus vieux d'abord
Nouveau d'Abord Avec le plus de votes
Commentaires en ligne
Voir tous les commentaires
sylvain bruneau
sylvain bruneau
1 Mois

Il serait intéressant de connaître le nombre d’heure d’utilisation de ce terrain de baseball par année. Une somme considérable investie dans un sport en décroissance. l’importance au moins de s’assurer de maximiser son utilisation et non pas juste pour l’élite du baseball.

Vous pourriez aussi aimer ces articles

Circulation : pas d’arrêt pour la politique partisane (Texte 2 de 2)

Lors du conseil du 5 juillet, le conseiller du district Saint-Sulpice, Hadrien…

COMMUNIQUÉ: Apaisement de la circulation dans Bordeaux-Cartierville :  L’équipe Thuillier va rendre la rue de Salaberry et les rues locales plus sécuritaires

La candidate de Projet Montréal à la mairie d’Ahuntsic-Cartierville, Émilie Thuillier, et…

Un nouvel incitatif pour le transport actif électrique dans le District Central

En collaboration avec Transport Actif Québec (TAQ), la SDC District Central présente…

La peinture, un déchet dangereux

Quelques semaines après la fameuse journée du déménagement, plusieurs résidants pourraient faire…